La musicothérapie adoucit les mœurs (et la vie)

François Grange utilise la musique pour soigner les âmes, grâce à ce langage universel touchant chacun au plus profond de lui-même...quelles que soient ses capacités physiques ou cognitives.

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François Grange et ses étonnants instruments venus du monde entier.

Belle revanche ou plutôt belle résilience que celle de François Grange, musicothérapeute de son état. Tout d’abord envers son ex-prof de musique qui « m’interdisait de jouer au collège, comme je jouais faux ». Ensuite et surtout sur un accident de la vie qui à une trentaine d’années le cloue sur un lit d’hôpital et le paralyse durant de longs mois.
Une expérience qui transforme celui qui, gamin, rêvait d’être marchand de glaces : « j’ai eu besoin de faire vibrer mon corps ». Même s’il n’était alors musicien ni de près ni de loin, le voici au diapason de ce langage émotionnel universel : la musique. « Même les personnes n’ayant plus toutes leurs capacités la ressentent, et peuvent aussi s’en servir pour exprimer leurs émotions » assure le thérapeute.
De fait, il intervient régulièrement à travers le Jura auprès de publics privés de parole : « Les enfants et les bébés dès l’âge de 3 mois sous forme d’une exploration sonore » qui les accueille avec harmonie dans notre monde. Mais aussi les seniors, qu’ils soient en foyer logement, en EHPAD, ou même en institutions spécialisées (lire encadré).
Des profils très divers, auxquels son certificat de l’AMB (Atelier de Musicothérapie de Bourgogne) permet de s’adapter totalement : « certains ne peuvent que taper un rythme et je les suis avec un instrument ». Parfois des moments d’éternité illuminent un quotidien bien sombre : une personne absente ou diminuée s’éveille, une communication s’établit à travers les sons d’instruments (toujours en « live », jamais de supports pré-enregistrés), des aînés se surprennent à siffloter de concert dans un foyer-logement.

« Tout est vibration et musique »

Le soin par la musique peut aussi se pratiquer individuellement et à domicile, comme chez cet ancien musicien frappé d’une pathologie neuro-dégénérative. Sur un thème toujours personnalisé, une osmose peut naître, permettant aux bénéficiaires de se relaxer (effet le plus immédiat), de s’ouvrir, de s’épanouir, de retrouver la joie et le sourire.
Un sérieux coup porté au ‘complexe du musicien’ évoqué par François Grange : « souvent on pense que seuls sont musiciens ceux qui ont fait le conservatoire ou lisent le solfège ». Une sorte de mur du son brisé par le jurassien : « Tout est musique, la vie est musique, dès le battement de cœur du fœtus ! ».
Cerise sur le gâteau, la musicothérapie vous permet de voyager sans quitter votre fauteuil : il suffit de fermer les yeux pour entendre la pluie tomber, le tonnerre gronder, la mer danser, un temple indou s’ouvrir, ou une plage brésilienne s’offrir.
Un beau cadeau pour tous ceux qui n’en ont pas forcément les moyens, et plus généralement pour vibrer, encore et toujours.

Contact : François Grange 06 41 51 17 14/ acorpsdessons@gmail.com/ www.acorpsdessons.jimdofree.com/

Un duo improvisé au ‘hang’ (instrument venu du Brésil) entre une résidente d’un Ehpad lédonien, Marie Claude Saget, et François Grange, musicothérapeute.

Quand la musique est bonne…même en Ehpad

Bâton de pluie, bols tibétains, tambour océan, didjeridoo, djembé, hang : de drôles instruments de musique pour une drôle d’invitation. Au gré de ceux-ci, douze résidents de l’Ehpad Edilys, à Lons-Le- Saunier, naviguent deux fois par semaine dans un univers musical qui rompt avec un quotidien marqué par la maladie d’Alzheimer.
Comme l’explique Benjamin Meunier, coordinateur d’animations au pôle gérontologique du CCAS de Lons, la maladie d’Alzheimer entraîne des troubles cognitifs parfois majeurs, tels que pertes de mémoire, désorientation, perte d’autonomie, etc. « Ces ateliers qui se déroulent deux fois par semaine depuis un an visent entre autres à freiner la perte d’autonomie.
On ne laisse personne de côté » explique-t-il, quant bien même certains résidents semblent absents ou endormis. Si le corps défaille, l’audition permet encore d’éprouver des sensations agréables ou surprenantes.
« J’adore la musicothérapie, je jouais du piano alors… Les bols tibétains permettent de ressentir des vibrations dans tout le corps » confie Marie-Claude Saget, alerte résidente toujours bien maquillée, qui n’hésite pas à jouer du hang en duo avec François Grange.
Avec d’autres résidents, les échanges sont plus limités mais ils semblent plus apaisés selon Benjamin Meunier, et attendent ce rendez-vous avec impatience.

Les bols tibétains, pour faire le plein de bonnes vibrations.