Les banques centrales à la rescousse de l’économie

Pourquoi votre panier de courses ou votre prêt -qu’il soit destiné à un particulier ou une entreprise- peut-il varier ? Face aux notions de hausse des prix mais aussi relance de l’économie, la Banque de France apporte des éléments de réponse.

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Face aux craintes de tout un chacun de voir les prix s’envoler, et le panier de la ménagère avec lui, la Banque de France fait œuvre de pédagogie. Sa directrice générale de la stabilité financière et des opérations, Nathalie Aufauvre, s’explique : « Notre premier mandat, c’est la stabilité des prix, c’est ce sur quoi porte en premier lieu la politique monétaire. La stabilité des prix, on la définit comme une hausse inférieure à 2%, mais quand même proche de 2%. Une légère hausse des prix, c’est comme si vous mettiez un tout petit peu d’huile dans les rouages ». « Si le taux d’inflation devient négatif, vous n’avez plus de raisons de consommer. Si vous voulez acheter une voiture, et que dans 3 mois elle sera moins chère car les prix baissent, vous avez tendance à attendre 3 mois. Pour l’immobilier, c’est pareil…/… L’ensemble de l’activité économique se grippe » explique t-elle à propos du ‘ni trop, ni trop peu’. Pour lutter à tout prix contre le spectre de la déflation (qui peut donner naissance au cercle vicieux de la récession), les banques centrales ont déployé des politiques non conventionnelles, à commencer par des taux d’intérêt négatifs : négatifs, car ils étaient déjà très bas avant la crise du Covid, et car il fallait aller encore plus loin…

Une inflation réelle plus élevée ?

« Ce taux d’intérêt, ce sont les conditions de financement auxquelles les banques empruntent auprès de la Banque centrale » explicite la directrice. « Quand la Banque centrale baisse ses taux d’intérêt auxquels elle prête aux banques, à leur tour les banques vont baisser les taux d’intérêt » auxquels elles prêtent aux entreprises et aux particuliers. « A l’inverse, s’il y a une surchauffe, on va avoir tendance à augmenter les taux d’intérêt, durcir les conditions de financement de l’économie, et freiner la croissance » poursuit-elle. Comme les entreprises empruntent aussi directement sur les marchés financiers, la Banque de France a également acheté en masse des titres de dettes (le ‘Quantitative easing’ en bon français) pour favoriser une baisse des taux d’intérêts à long terme (10 ans), proches eux aussi de 0%. Au final, tous les efforts de la Banque de France et de la Banque Centrale Européenne tendent vers un idéal : donner confiance et rassurer. Selon certains économistes toutefois, l’inflation mesurée par l’INSEE diffère quelque peu de l’inflation réelle, qui pourrait atteindre jusqu’à 2 points de plus. 2% ou 3, voire 4%, voilà qui n’est plus la même… Des consommateurs constatent une hausse des prix, par exemple sur les fruits et légumes, grâce à des comparatifs avec l’année dernière, précise ainsi le Centre technique régional de la consommation Bourgogne Franche-Comté, et sa présidente, Colette Sautière.

Stéphane Hovaere

« On va détruire de la monnaie »

Comment rembourser tous ces milliards ? Nathalie Aufauvre fait le distinguo entre la politique de l’Etat (qui s’est aussi endetté) et la politique des banques centrales (Banque de France ou  BCE). Si l’Etat mise semble –t il sur la croissance future pour espérer rembourser les milliards qui ne font que pleuvoir depuis plus d’un an, la Banque de France jouit d’une autre vision. « Les titres de dettes qu’on a acheté sur le marché, émis par les entreprises mais aussi par l’Etat nous seront remboursés.  Quand ils arriveront à échéance la taille de notre bilan va se réduire…/…c’est-à-dire qu’on va détruire de la monnaie à ce moment là. Ce n’est pas une création monétaire pour toujours, c’est une création monétaire pour faire face à la crise ».

Une inflation « transitoire »

Comme ses homologues américains, Nathalie Aufauvre suppute que « L’inflation est transitoire ». « Ce que nous disent nos modèles…/… c’est que ces hausses de prix sont liées à un redémarrage assez brutal de la demande » ayant créé des goulets d’étranglements. « A l’horizon 2023-2024, on resterait à un taux d’inflation inférieur à 2% ».