La banque alimentaire du Jura pousse les murs

L’association basée à Champagnole alimente 80 à 90 % d’une cinquantaine d’organismes caritatifs, ce qui permet à 7.000 familles jurassiennes en difficulté de pouvoir vivre

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1.072.000 € sont investis dans la nouvelle plateforme a expliqué David Dussouillez, conseiller communautaire (au milieu).

C’est une sorte de « petite entreprise » qui ne connait pas la crise : la banque alimentaire (B.A.) du Jura a collecté en 2018 pas moins de 314 tonnes de denrées alimentaires, mais aussi de produits d’hygiène ou d’entretien a retracé sa présidente Maryse Johann, lors de l’assemblée générale qui s’est tenue à Champagnole le 11 avril.
Même si l’association est composée de 60 bénévoles (un appel est lancé pour compléter l’équipe), « nous essayons d’être aussi professionnels qu’une PME » a expliqué la présidente : tous les jours, des poids lourds affluent à Champagnole pour y déposer des produits issus par exemple de dons européens (15% du total des dons, soit 53 tonnes). « Le Fonds européen d’aide aux plus démunis (FEAD) mène une action exemplaire, vitale » reconnait Maryse Johann.

Bénéficiaires : tendance à la stabilité

Viennent ensuite les dons récoltés dans les grandes et moyennes surfaces (109 tonnes, soit 31% du total) : depuis la loi du député (PS) Guillaume Garot votée en 2015, celles –ci ont l’obligation de valoriser les surplus alimentaires (destinés auparavant à leur destruction, la fameuse « javellisation » par exemple).
« On en mesure maintenant vraiment l’effet positif, d’autant plus que ces dons leur permettent une défiscalisation » explique la patronne de la B.A. L’état (7% des dons, en forte baisse -13.5 tonnes), les particuliers (via la collecte nationale : 65 tonnes en 2018, soit 19% du total), et les industriels (Bel, Bouvard et Clavière principalement pour 26 tonnes, en nette augmentation) complètent les ressources, puisque la B.A « n’achète rien », et sert seulement d’intermédiaire entre collectes et redistributions. A ce titre, la B.A. fournit 80 à 90% des rayons des épiceries sociales, de la Croix Rouge, du Secours Catholique, de Saint-Vincent de Paul, etc. (en tout une 58 associations ou organismes caritatifs jurassiens).
Pas moins de 1.138.760 € de produits ont ainsi été distribués en 2018. Un chiffre assez stable par rapport à 2017, car le volume de bénéficiaires évolue peu selon Maryse Johann (6.775 pour le Jura).
En revanche, leur composition change : « De plus en plus de travailleurs pauvres (à temps partiel), de retraités pauvres et de familles monoparentales ».
Des bénéficiaires qui pourront remercier les investisseurs du projet d’extension des locaux…

Une nouvelle plateforme champagnolaise

Jusqu’à présent la B.A. (ainsi que les restos du Cœur du Jura) étaient hébergés (à conditions avantageuses) par la ville de Champagnole, à côté de l’espace associatif de la ville. Un lieu où se côtoyaient poids lourds, enfants (centre de loisirs), lycéens (LEP mitoyen) et usagers du centre associatif. Une dangereuse cohabitation qui a conduit la communauté de communes Champagnole Nozeroy Jura (CCCNJ) à porter ce dossier et à investir 214.542 € (20%) dans la réhabilitation de l’ex usine de décolletage Morel, située en zone industrielle. Une immense surface (1627m2) qui est en train d’être aménagée : isolation de la toiture, montage de cloisons, etc. Le conseil départemental du Jura, présidée par Clément Pernot (également président de la CCCNJ) a également apporté une subvention de 429.085 € (40%) pour rendre l’ensemble fonctionnel et apte à irriguer tout le Jura (les 40% restants étant apportés par l’état). « L’action de la banque alimentaire du Jura est indispensable à la vie de nombreux jurassiens en difficulté. L’action associative est fondamentale » aux côtés des institutions publiques a exposé le président du Conseil départemental. Seront créés ex-nihilo une salle de tri réfrigérée, une salle de préparation aussi réfrigérée, des bureaux, ainsi qu’un entrepôt surgelé et un autre frigorisé qui permettront aux « bénévoles de travailler dans des conditions idéales, et dans le respect des normes en vigueur » a conclu Clément Pernot. L’ex usine Morel sera divisée en deux pour permettre au Restos du cœur du Jura d’utiliser l’autre moitié pour des fins similaires. Les travaux vont bon train, et l’emménagement prévu avant le début de la campagne hivernale des deux associations.