Jura Nature Environnement : au nom de l’intérêt général

Si pour beaucoup le Jura est considéré comme un « écrin vert et sauvage », c’est aussi parce que bon nombre d'individus se sont battus pour transmettre jusqu’à maintenant des espaces authentiques et protégés. Malgré cela, le changement de nos pratiques et de nos modes de vie ainsi que le changement climatique affectent l’environnement. Delphine Durin, de Jura Nature Environnement nous explique comment son association veut faire perdurer cette diversité faunistique et floristique.

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Les jardins partagés.

Pouvez- vous présenter votre association ?
En 1970, plusieurs naturalistes créent la Fédération de protection de la nature du Jura. Devenue Jura nature environnement en 2000, notre fédération est composée de plus d’une vingtaine d’associations diversifiées regroupant environ 2500 adhérents. Nous n’avons ni président, ni directeur, mais un conseil collégial qui se réunit. Cinq salariés et une équipe de bénévoles aux ressources variées, compétents et engagés travaillent sur la protection de l’environnement. Nous sommes indépendants de la maison mère, nous fonctionnons en réseaux en s’aidant au maximum sur les échanges d’informations. Nous nous regroupons pour avoir une assise plus importante au niveau des pouvoirs publics.

Visite au parcAntier. (photo JNE)

Quels sont les objectifs de JNE ?
Notre association propose une vision globale et non lobbyiste des enjeux et la prise en compte de l’intérêt général. Le but premier est la protection de l’environnement, de la nature et du cadre de vie.  La thématique environnement regroupe l’eau, le sol, les nuisances, la nature. En ville, la perméabilisation des sols.
A l’époque de notre création, seuls les milieux autorisés parlaient d’environnement, dont les sociétés d’histoire naturelle, qui commençaient un peu à s’interroger sur le fait de la destruction de certains milieux. Nous avons évolué au fil des décennies avec la mise en place de la médiation environnementale, la coordination d’actions se déclarant du débat public, le travail en concertation avec les collectivités sont alors en cohérence avec la manière de voir l’évolution et le développement de notre société. Nous restons cependant vigilants quant au respect de la réglementation et nous nous gardons la possibilité d’intervenir sur nos fonds propres  en cas d’impact conséquent et de destruction de l’environnement ou d’espèces protégées.

Débat public. (photo JNE)

Comment allier économie et écologie, n’êtes vous pas perçu par certains comme des fossoyeurs de l’emploi local, concernant le Central parc par exemple ?
Il sera difficile de concilier les deux, il y aura toujours l’un qui sera prioritaire sur l’autre. Pour le Center Parc de Poligny par exemple, nous trouvons que les questions ne sont pas bien posées par rapport à ce projet. Nous ne sommes pas contre l’emploi local, mais pour de vrais emplois durables. Si on se questionne comment ces entités fonctionnent, ce sont souvent des emplois mal payés avec des horaires décalés. De plus, le gros problème était l’eau ainsi que la consommation d’énergie pour chauffer, surtout l’hiver. Il y avait aussi  tous les gites qui existent dans le jura avec des offres de qualité qui avaient peur de cette concurrence et ne voyaient pas ce que cette « petite bulle tropicale » allait amener.
Par contre, nous sommes pour le développement de la zone de loisirs de Desnes qui est un projet local en adéquation avec l’environnement.

Replantage de haies. (photos JNE)

N’y aurait-il pas une opposition presque systématique de certaines associations, jouant souvent sur le facteur temps pour parvenir à leur fin ?
C’est vrai qu’il y a des projets qui mériteraient d’aller plus vite. Par contre, pour d’autres, le temps de la réflexion a été suffisamment long pour aboutir à un projet cohérent, comme le parc éolien de Chamolles. Il faut savoir que l’état est en train de préparer des textes qui vont dans le sens d’une simplification pour éviter tous ces recours, il est vrai qu’il sont nombreux.
Pour les éoliennes, il faut mesurer l’impact sur la faune, oiseaux, chauves souris qui peuvent être exterminés avec le phénomène d’aspiration, donc, ne pas être dans les couloirs de migration. Ce sont souvent des promoteurs extérieurs.
L’exemple typique, ce sont les communes du haut plateau qui se sont fait démarcher par  ces promoteurs qui sont là pour vous vendre un produit en n’avançant que le côté financier de la chose. Si tout le monde avait dit oui, l’ensemble du Revermont se retrouvait couvert d’éoliennes. Notre rôle a été de faire du débat public avec des associations qui étaient contre, avec une volonté de transmettre les informations.

Ralisation d’aménagements. (photo JNE)

Quels sont vos rapports avec les chasseurs ?
Nous n’avons pas une vocation d’opposants, mais par contre nous sommes très réservés sur les questions de régulation, sangliers, chevreuil….
Pour nous, on ne réglera jamais le problème en tirant sur des bêtes. Mais la loi le tolère. Certains diront que les conditions d’abattage ne sont pas pires et même meilleures que dans les abattoirs, ce qui est vrai. Nous avons des actions communes avec les fédérations de chasse, comme la replantation de haies ou la restauration de milieux aquatiques. Nos relations dépendent de la manière dont ils se positionnent sur certaines choses. Nous trouvons qu’ils ont un poids énorme dans le monde rural par rapport au fait que des gens ne sont pas d’accord d’avoir des chasseurs autour d’eux, mais qui ne font rien, car ils ne se sentent pas en sécurité s’ils le disent. Certains pensent que les chasseurs se sentent un peu chez eux partout. Ils ont un certain poids politique et certaines fois d’intimidation. Nous ne sommes pas contre la chasse, mais sur certaines attitudes et sur la place trop importante qu’elle prend.

Tri d’essences végétales. (photo JNE)

Quel est l’impact du réchauffement climatique dans le Jura ?
Le premier est sur la qualité de l’eau, la chaleur et la sécheresse font qu’il y a un développement des algues beaucoup plus marqué, donc une dégradation de la végétation des cours d’eau et par conséquence, un empoisonnement toxique de l’eau qui n’arrive plus à s’oxygéner avec un impact important sur la faune aquatique.
Les forêts sont également touchées, il n’y qu’à simplement se promener pour constater les dégâts. L’impact sur la faune est importante, si certaines espèces réapparaissent, comme le Guépier d’Europe, il y en a d’autres qu’on ne voit quasiment plus. Il y a toujours un nombre d’oiseaux important mais avec une diversité beaucoup moins grandes. Cela est du en grande partie aux traitements et les polluants qui font  diminuer le nombre d’insectes, ce qui est une tragédie qui perturbe  grandement la chaine alimentaire.

Delphine Durin.

Que peut-on faire au niveau individuel ?
Pour quelqu’un qui habite en ville, qui n’a pas de jardin, il peut être vigilant sur la façon dont il se nourrit en consommant local et de qualité, en s’intéressant si ce qu’il achète a été plus ou moins traité. Si on valorise une agriculture de qualité, on protège la nature et de ce fait, l’environnement. On peut aussi limiter la production de déchets. Il faut également laisser de la place aux oiseaux, ne pas détruire les nids par exemple.
Pour ceux qui ont un espace vert, on peut éviter de tondre trop souvent pour laisser les espèces de graminées se développer. La possibilité de laisser un petit mur en pierres pour les lézards, un petit abri à hérisson, de faire pousser ses légumes soi même. On peut également creuser une petite mare pour les grenouilles. Les amphibiens disparaissent. Chacun peut faire à son échelle et participer à son niveau à la préservation de l’environnement.

Quels sont vos projets à plus ou moins long terme ?
Nous continuons à être très actifs sur le terrain en informant et en sensibilisant le grand public par l’organisation de chantiers éco-citoyens pour nettoyer, entretenir, planter, restaurer aménager et inventorier. Nous organisons également des évènement sous forme de formations techniques, de soirées d’information, de débats et tables rondes sur des thèmes d’actualité aussi variés que l’eau, l’agriculture, l’aménagement du territoire, les déchets, l’énergie….
Plus concrètement, nous restons vigilants, par exemple sur le projet de la liaison Poligny-Vallorbe qui avait été étudié en 1999. Cette liaison rapide vers la Suisse qui met la RN5 à 2 fois deux voies reprend corps. C’est la qu’on voit que rien n’est acquit et que les projets sont rarement abandonnés entièrement. Nous travaillons aussi sur la création et la restauration de mares et zones humides, nous proposons, en partenariat avec las communes, des actions visant à restaurer ou recréer des points d’eau.

Restez-vous quand même optimistes pour l’avenir ?
Si nous n’étions pas optimistes, nous baisserions les bras et ne ferions rien. Mais, c’est un optimisme raisonné, car les freins sont nombreux et importants. Il faudrait inventer une économie très verte et on en est loin. Il faudrait par exemple que, quand une entreprise s’installe, que l’on mesure l’impact environnemental. Si cet impact dépasse l’intérêt général qu’elle peut avoir sur la société, il ne faut pas la créer. Pour le transport, favoriser le train et moins d’avions. Pour ceux qui disent que c’est impossible, je réponds que si on avait réfléchi à 15 ou 20 ans à des plans différents, d’orienter les gens vers des filières vertes, nous n’en serions certainement pas là. Et surtout, il faut voir ce que l’on peut faire à notre échelle et ne pas attendre que tout vienne du haut.
Plus que jamais, nous devons redoubler d’attention pour éviter que ce lien que nous avons tissé avec la nature au fil des siècles se dénoue de façon irréversible.

Jura Nature Environnement.
Tel : 03 84 47 24 11
WWW.JNE.ASSO.FR