Jura : les réfugiés seront mieux accueillis

Une convention rassemblant tous les acteurs du Jura a été signée pour intégrer au mieux les bénéficiaires du droit d'asile. Ce qui passera par un doublement des moyens financiers et des cours de français entre autres.

595
Richard Vignon (à droite) et Alain Régnier ont signé une convention d'intégration des réfugiés.

C’est une première dans le Jura, mais presque aussi en France. Une convention liant tous les acteurs (services publics et acteurs privés) s’occupant des réfugiés a été signée dernièrement sous la houlette du préfet du Jura, Richard Vignon, et du délégué interministériel à l’accueil et à l’intégration des réfugiés, Alain Régnier.
Comme l’a expliqué Richard Vignon, cette convention permettra de coordonner tous les moyens mis en œuvre et de fédérer les actions, jusqu’ici menées à droite et à gauche. La stratégie départementale d’intégration des réfugiés sera fondée sur 5 piliers : le logement (garantir l’accès à celui-ci), la santé, la formation et l’emploi, l’action sociale, et l’apprentissage de la langue française.
A ce dernier sujet, les heures seront doublées à compter du 1er mars 2019. Selon l’Office français de l’immigration et de l’intégration (OFII) Jura, les modules qui comprennent actuellement 50, 100 ou 200 heures ne sont pas adaptés et passeront en parcours de 6 mois. Le budget consacré aux réfugiés sera lui aussi doublé, passant de 200 à 400 millions € par an : il faut dire que le nombre de réfugiés accueillis s’accroit. + 8% en 2017 dans le Jura et +23% en France selon les chiffres officiels, qui prennent seulement en compte les personnes qui bénéficient du droit d’asile (et non les “sans papiers”).

Le nombre de mineurs non accompagnés a bondi de 67% en 2017 dans le Jura.

De nouveaux parrains (civils)

Des “sans papiers” déboutés du droit d’asile nombreux en métropole, selon les dires des acteurs concernés. A l’inverse, les personnes qui sont reconnues comme étant en danger dans leur pays bénéficieront de cette convention qui leur permettra de trouver une place dans notre société. Les réfugiés bénéficieront donc de la garantie jeunes (parcours contractualisé d’accompagnement vers l’emploi et l’autonomie), du développement de projets de colocations mixtes (1 réfugié, 1 français), tandis que la reconnaissance des permis de conduire et l’ouverture de comptes bancaires sont aussi étudiés.
Autre piste concernant la santé et le social : des bilans de santé, la diffusion du guide d’accès aux soins traduit en 15 langues, le rapprochement de la CAF pour solvabiliser, faciliter et accélérer l’accès au logement, à la garde d’enfants, etc.
La nouveauté viendra aussi d’un programme de parrainage civil. Le gouvernement souhaite désormais que les maires nomment un « parrain » (sur la base du volontariat) qui sera l’interface entre les réfugiés et la France, voire même « un confident pour aider à régler les problèmes » et créer du lien.

« Des problèmes liés à la santé mentale »

Encore faudrait-il que les maires ne découvrent pas « le vendredi pour le lundi » qu’ils vont accueillir des réfugiés dans leur commune. Selon Bernard Mamet, président de l’association des maires du jura (AMJ), ce cas de figure n’est pas rare. Et pourtant quoi de pire que ce « parachutage » pour éveiller un sentiment de rejet par la population locale ?
La santé psychique de certains réfugiés pose aussi question à ce sujet. Sylvie Laroche, directrice générale du centre Coop-agir (Dole) a confié : “Les politiques psychologiques de droit commun ne répondent pas à leurs problématiques”. D’après elle (qui est en première ligne), il peut s’agir pour certains de personnes très dégradées sur le plan psychologique, en situation post-traumatique après ce qu’ils ont vécu dans leurs pays d’origine. De l’aveu même d’Alain Régnier, la santé psychique sera un enjeu car « il existe beaucoup de problèmes liés à la santé mentale », à des décompensations suite à des post-traumas.
Mais comment comprendre par exemple des arabophones, des afghans, des soudanais ? Des moyens supplémentaires pourraient être débloqués pour adjoindre des interprètes aux psychologues ou aux psychiatres.

 

Les réfugiés dans le Jura

500 réfugiés dont 117 nouveaux (+ 8%) en 2017 (+ 23% en France)
+ 67% de mineurs non accompagnés (MNA) en 2017.
+ 15% de demandes d’asile en 2017.
360 places en CADA (Centre d’accueil de demandeurs d’asile)
80 places en HUDA (Hébergement d’Urgence pour demandeurs d’asile)
60 places en CAO (Centre d’accueil et d’orientation).

Depuis 2018, le Jura bénéficie d’un CPH – Centre provisoire d’Hébergement. Désormais, 50 places accueillent les publics réfugiés dits vulnérables sur Dole et les communes alentours.

Immigration clandestine et OQTF

La France bénéficie d’une politique exemplaire en matière de droits de l’homme : Richard Vignon a rappelé que la France reste une terre d’accueil. Selon lui, les demandes d’asile sont donc examinées avec le plus grand soin et dans le détail, et en cas de décision défavorable un recours peut être intenté auprès de la Cour Nationale du Droit d’Asile. A contrario, lorsque les demandeurs sont déboutés, une obligation de quitter le territoire français (OQTF) peut être prise. Les allégations selon lesquelles des familles sous OQTF seraient en danger sont donc erronées a rappelé la préfecture. De même Marie-Christine Chauvin, sénatrice du Jura, a fait le parallèle entre « être fort pour lutter contre l’immigration clandestine » et « mieux accueillir les personnes qui bénéficient du statut de réfugiés ».