Jean Bavilley (1725-1801), le défenseur des bois de Mont-sous-Vaudrey

Né à Mont-sous-Vaudrey vers 1725, Jean Bavilley est aujourd’hui célèbre pour avoir défendu infatigablement les bois de cette localité contre les ambitions du seigneur Domet de Mont. Dans une remarquable volonté, il se serait alors rendu à Paris, en sabots, afin de demander justice à la Convention. Néanmoins, le référent en la question, Luc Duboz, avoue douter de la véracité de cette histoire. Quand un cultivateur s’attaquait à un seigneur, retour vers un passé idéalisé…

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En 2011, une statue de bois rendant hommage à Jean Bavilley fut érigée. (Coll. Amaous).

Un homme dévoué à son village

Se faisant élire échevin* en 1755, Jean Bavilley fut un cultivateur totalement dévoué à son village. Toutefois, comme le signale Luc Duboz, « Jean Bavilley ne fut élu qu’une seule fois échevin, les habitants l’ayant sûrement trouvé plus utile en tant que procureur spécial pour les actions du village en justice ». Nommé au moins 20 fois, entre 1757 et 1789, procureur spécial de Mont-sous-Vaudrey, cet altruiste zélé était véritablement une personnalité éminente du village.

Soulignant les probables capacités intellectuelles de Jean Bavilley, Luc Duboz précise que « dès le début, les bois ont été le cheval de bataille de cette généreuse personne » avant d’ajouter que « pendant plus de 40 ans, Jean Bavilley s’est occupé du village, il a pris de son temps, il n’a cessé d’être en action pour le bon droit de Mont-sous-Vaudrey. C’est quelqu’un qui était dévoué à sa communauté et rien que pour ça, on peut lui en être reconnaissant ».

Cultivateur versus seigneur

À la fin du XVIIe siècle, la famille Domet achète une partie de la seigneurie de Mont. Assez rapidement, le seigneur refuse de payer certains impôts. Bientôt il allait s’emparer d’une partie de la forêt de Mont-sous-Vaudrey. Jean Bavilley se battit alors à tous les niveaux afin de récupérer les bois que s’était approprié ce précédent puissant, bois qui était une richesse considérable pour les habitants.

Mettant des bâtons dans les roues du seigneur de Mont, Jean Bavilley aurait, selon une source de la fin du XIXe siècle, subit des tentatives d’intimidation : « dans le passé la tradition raconte qu’un jour Domet de Mont revenant de la chasse daigna s’arrêter près de [Jean Bavilley] qui se trouvait devant sa maison, [il] lui dit : « Jean si tu veux abandonner ton procès, ta fortune est faite ». Il lui répondit « Mr [le seigneur,] je ne l’abandonnerai pas pour toute votre fortune ». Souhaitant montrer de quel bois il se chauffe, Jean Bavilley se serait ensuite mis en route, chaussé de sabots, en direction de Paris, afin de porter devant la Convention le dossier.

Signature de Jean Bavilley.

Le périple de Jean Bavilley est-il une simple légende ?

Luc Duboz souligne alors que « la Révolution déclenche vraiment l’affaire, ce qui permet de véritablement attaquer le seigneur et ainsi de récupérer les bois. Toutefois, je pense que le périple de Jean Bavilley en sabots vers Paris est une légende. En effet, il a probablement soit loué un cheval, soit il a profité d’une voiture. De plus, un relais de diligences fut installé à Mont-sous-Vaudrey en 1761, ce qui serait d’autant plus étonnant s’il s’était rendu à Paris à pieds. Aucune preuve ne confirme aussi le fait qu’il soit allé à Paris durant la Révolution française (1789-1799) ». L’histoire de ce marcheur (avant l’heure) semble alors fondée sur un mythe. Cependant, la remarquable énergie déployée dans les engagements de cet homme afin de sauver les bois de Mont-sous-Vaudrey est incontestable. En 1799, l’affaire n’était toujours pas réglée. Décédant deux ans plus tard, nul ne peut aujourd’hui affirmer si Jean Bavilley pu admirer le fruit de son travail. Nonobstant, la restitution des bois accaparés par les Domet de Mont fut actée, ceux-ci appartenant aujourd’hui à la commune.

Cette histoire opposant un pot de terre contre un pot de fer connut une considérable postérité. En 2011, une statue en bois rendant hommage à Jean Bavilley fut érigée dans le parc Biot (parc de la mairie). Néanmoins, ne connaissant pas les traits physiques de ce cultivateur, les investigateurs de ce projet imaginèrent cet individu. À ce jour, cette monumentale représentation est en cours de restauration.

« Je cherche encore ! un ami devrait m’envoyer un acte des archives nationales » indique Luc Duboz avant d’expliquer que de nombreux mystères demeurent. Les recherches continuent…

*Magistrat de la communauté d’habitants.