Jacques Pélissard tire sa révérence à l’issue d’un parcours hors-norme

L'ex-maire de Lons-Le-Saunier fût aussi président d'Ecla, président de l'association des maires de France (AMF) durant 10 ans et député durant 24 ans. Retour sur le parcours hors norme d'un homme aux multiples facettes.

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Jacques Pélissard (au centre, costume bleu) a connu la consécration suprême à l'Elysée le 6 décembre 2019, entouré de sa famille.

Le 22 mars aura pour Jacques Pélissard un goût à nul autre pareil, sans doute mêlé de fierté du devoir accompli et de la nostalgie d’en avoir terminé avec une vie politique menée à 100 à l’heure. Un parcours hors-norme, salué par Emmanuel Macron lui-même lorsqu’il l’a décoré de la légion d’honneur fin 2019. Et qui mieux que le chef de l’Ėtat pour revenir sur ce parcours exceptionnel ?

Le droit, fil rouge de toute une vie

Après une enfance passée sur les bords du Rhône et de la Saône (lire encadré), Jacques Pélissard y commence sa carrière d’avocat d’affaires lors d’une certaine année 1968, enseignant en parallèle le droit économique à l’Ecole supérieure de commerce (ESC) Lyon. Il faudra attendre près de 20 ans, pour que l’avocat visse sa plaque dans la préfecture du Jura. Une ville que le jeune Pélissard connait bien : la ville natale de son père, la ville au doux parfum de vacances enfantines…
Un retour aux sources en 1987 d’une fulgurante évidence : le lyonnais tombe amoureux de cette ville…et elle le lui rend bien. Deux ans plus tard à peine, dès 1989, Jacques Pélissard réussit l’exploit de détrôner Henri Auger (PCF), alors maire de Lons depuis 12 ans : le début d’une aventure qui durera -excusez du peu- 31 ans.

Après Rouget de l’Isle, De Gaulle et Robespierre…

Il était donc une fois ce jeune maire plein de projets, voire de visions. Une hauteur de vue politique que n’auraient pas reniés ses mentors spirituels : Robespierre, “l’homme de vertu et de rigueur, l’incorruptible, l’immarcescible” selon le discours d’Emmanuel Macron, et Napoléon “l’homme d’action, la puissance du courage”. S’ensuivront de multiples réalisations au profit du bassin de vie lédonien.
François Mitterrand bâtit sa Pyramide du Louvre, Jacques Pélissard édifia : la médiathèque des Cordeliers, le centre nautique Aqua’Rel, le dojo départemental, le Boeuf sur le toit, le centre d’étude et de conservation René Rémond, la résidence pour aînés Les Tanneurs, etc. Sans oublier les deniers nés de la famille : Juraparc II et la maison de santé. Mais aussi le restaurant municipal et sa filière bio locale, témoins d’une politique de développement durable avant-gardiste.

Mutualiser ou périr

Ce qui restera au crédit du maire de Lons-Le-Saunier tient aussi en quelques grands principes : une gestion particulièrement rigoureuse des deniers publics, avec à la clé désendettement et baisse de la pression fiscale. Doublée par la fameuse “mutualisation” gravée dans la “loi Pélissard” du 16 mars 2015, et une “approche globale et cohérente” chère au maire lédonien.

Jacques Pélissard était entouré à l’Elysée de nombreux invités prestigieux, comme Bernard et Catherine Riac (dirigeants du groupe Valvital).

Cinq mandats de député et la voix des maires de France

Réélu cinq fois maire (avec des scores sans appel), Jacques Pélissard a égalé sa performance avec cinq mandats de député, de 1993 à 2017. “Très actif au palais Bourbon, vous avez déposé de nombreux amendements et projets de loi” remarque le président de la République. “Et en même temps” selon la formule chère à ce dernier, le député-maire -également président d’Ecla- s’investit dès 1989 dans l’Association des maires de France. Il y gravit tous les échelons, jusqu’à être élu président en 2004, à plus de 66% des voix. “Reconnu et apprécié pour votre maitrise des dossiers, votre charisme, et votre capacité à faire entendre une voix puissante et transpartisane, vous avez été très confortablement réélu jusqu’à votre départ en 2014, que les maires ont salué par une standing ovation” relate Emmanuel Macron.
“Chaque fois que vous étiez tiraillé entre les revendications des maires et votre fidélité au Président de la République, vous avez choisi le camp des maires” reconnaît ce dernier. On le sait moins, mais il fût aussi président de la Maison européenne des pouvoirs locaux français (MEPLF), et président du Conseil d’administration de l’Agence France Locale (AFL). Pair et “père” spirituel de tous les maires de France, Jacques Pélissard fait entendre via l’AMF “une voix forte, unie, indépendante des appartenances politiques : une grande voix républicaine”.

La fin d’une vie entière par et pour la politique

“Pour toutes ces raisons, vous êtes de ceux qui honorent la politique, lui donnent du sens et de la dignité, et contribuent à la réussite de notre pays” conclut Emmanuel Macron. “Aujourd’hui, après 30 années sans trêve ni répit, vous portez votre témoin à la main, prêt à le transmettre. Vous êtes trop conscient que les heures et les jours -parfois les nuits- que la politique, en vampire invisible, prélève avidement dans la vie des hommes et des femmes qui la servent, sont souvent volés à leurs familles, leurs proches, leurs amis”. Des propos qui sont allés droit au cœur de Jacques Pélissard « très ému » par cette décoration présidentielle exceptionnelle, mais aussi de sa femme Hélène, et de leurs quatre enfants : Camille, Martin, Marie-Alix et Maximilien. Une page se tourne désormais pour la ville préfecture du Jura…

Stéphane Hovaere

Un gône plein d’ambition passe un contrat avec la réussite

Tout commence dans l’ex-capitale des Gaulles, avec un père “lui aussi homme de droite et de droit, grand avocat de Lyon” souligne Emmanuel Macron. Un père avec qui Jacques Pélissard signe dès ses 7 ans un des premiers contrats de sa vie : “davantage travailler les mathématiques, avec bonus ou malus d’argent de poche à la clé, pour passer un peu moins de passionnantes heures de lecture dans la bibliothèque” familiale. Comment avec de tels augures ne pas entreprendre de brillantes études ? Jacques Pelissard s’en acquitera sans coup férir : DESS de droit “par goût familial”, licence de lettres “par goût personnel”, puis Sciences Po Paris. La politique déjà… Emmanuel Macron dépeint aussi le portrait d’un jeune homme ambitieux, qui “à seulement 18 ans, lance son entreprise de vente de sapins de Noël. Des sapins que vous avez commencé par couper vous-même et que vous vendiez sur les marchés, avant de pouvoir industrialiser le processus”. Peut-être déjà “un irrésistible appel de la forêt et de la montagne” à la jurassienne pour un tout jeune homme promis à un bel avenir ?

La cravate coupée du dimanche

Tout comme son père avant lui, Jacques Pélissard a éduqué ses quatres enfants à une culture juridique non dénué d’humour. “Ainsi m’a-t-on dit que, chez vous, un contrat familial stipulait que si vous aviez encore une cravate après 13h le dimanche, vos enfants avaient le droit de vous en punir en la coupant à votre arrivée. C’est arrivé, je crois, une ou deux fois !” s’en amuse Emmanuel Macron. Des cravates habilement immolées sur l’autel de la vie familiale, car négociées avec d’autres plus anciennes… Au détour du long discours du Président Macron (pas moins de 14 pages), on apprend aussi que Jacques Pélissard bricole à ses minutes perdues : “des bancs qui ornent le salon, des meubles, des objets”. Un violon d’Ingres que l’intéressé aura désormais le loisir d’assouvir, tout comme son rôle de mari, père, grand-père, ainsi que ses mandats parisiens, à l’Agence France Locale en particulier.