Invité du trimestre : Christophe Beving

Dans la chaîne du médicament, la répartition pharmaceutique permet de garantir le bon approvisionnement des pharmacies au quotidien. Christophe Beving est le directeur de la CERP de Lons, qui intervient majoritairement sur tout le Jura. Un métier atypique et confronté à une évolution qui met en évidence l’urgence d’une réforme.

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Vous êtes le directeur de la CERP à Lons-le-Saunier, chargé de la répartition pharmaceutique. Quel est ce métier ?

Nous sommes des « grossistes-répartiteurs », situés à l’interface entre les laboratoires pharmaceutiques et les officines de pharmacies que nous livrons. Notre rôle est multiple. Notre existence permet de préserver la liberté de prescription du médecin et la liberté de délivrance du pharmacien. Nous garantissons la qualité des produits délivrés sur le territoire. Enfin, nous assurons une équité d’accès aux médicaments à toutes les pharmacies. Notre métier est très ancien, pour exemple, la CERP fête ses cent ans d’existence cette année.

Entre l’achat, la gestion et la livraison, vous êtes aussi un précieux gestionnaire de stocks pour les pharmacies…

En effet, nous avons 11 000 références à Lons, l’équivalent de 3 millions d’euros de stocks. Il faut savoir que trois quarts des médicaments ne sont vendus qu’une fois par mois dans une pharmacie. Notre mission est de faire en sorte que neuf dixièmes des médicaments puissent être disponibles pour nos clients dans les 24 heures. C’est une des exigences que l’Etat nous donne dans le cadre de notre délégation de service public.

Qui sont vos concurrents ?

Deux Américains, OCP et Alliance santé, et un Allemand, Phoenix. La CERP est le seul répartiteur indépendant français. Il existe 196 établissements de répartition en France. L’objectif de la CERP est de garder une stratégie d’animation du territoire et de proximité. Autrement dit, la richesse que nous confient les pharmaciens, nous l’ancrons dans leur territoire en créant de l’emploi local. Nous sommes le seul établissement de répartition dans le Jura.

Combien de salariés vos clients pharmaciens dans le Jura, un peu en Saône-et-Loire et dans l’Ain, vous permettent-ils d’employer ?

Une cinquantaine. A la CERP de Lons, il y a un directeur, un responsable d’exploitation, un pharmacien délégué, un commercial, une dizaine de chauffeurs, une trentaine de préparateurs logistiques, une équipe de réception et une équipe de rangement.

Comment travaillez-vous ?

Du lundi au samedi après-midi. Nous livrons chaque pharmacie deux fois par jour. Les pharmaciens peuvent passer des commandes entre 11 h et 13 h et entre 18 h et 19 h 15. Ce qui explique la rapidité d’accès au médicament par le patient.

Quelles sont les compétences pour travailler chez vous ?

Les candidats doivent être rigoureux, structurés, savoir dans quel environnement ils interviennent. Les équipes participent pleinement à la chaine du médicament. C’est un métier atypique.

Etes-vous vigilant sur les conditions de travail de vos chauffeurs ?

Pour être embauché comme chauffeur à la CERP, il faut avoir trois ans de permis minimum. Nos camions sont Euro 5 pour limiter la pollution. Ils sont révisés régulièrement. La sécurité des biens et des personnes est un inconditionnel de notre métier et nous faisons des campagnes de sensibilisation aux risques routiers plusieurs fois par mois.

Comment évoluer pour être plus écologique ?

La CERP Rhin Rhône Méditerranée fait quelques tests dans les villes sur l’électrique. Nous sommes très regardants sur la technologie qui va prendre le dessus.

Pouvez-vous nous décrire votre outil de travail ?

Nous nous trouvons dans la zone industrielle dans un bâtiment de 3 000 m2. Il y a la partie administrative, le sas de réception des médicaments, la chambre froide, la partie stockage des médicaments, un sas de décontamination. Nous abritons aussi notre filière de maintien à domicile, Pharmat’, un métier complexe qui permet d’accompagner le pharmacien dans la prise en charge des personnes souhaitant vivre leur maladie à domicile (canne, lit médicalisé, fauteuil roulant… à la location et la vente).

Quand on connaît le prix du médicament, comment faites-vous pour gagner votre vie ?

Nous avons une toute petite marge sur chaque produit donc c’est le volume qui nous fait gagner notre vie. Nous sommes un métier de petits gestes et de beaucoup d’efficience.

Comment se porte votre économie ?

La répartition pharmaceutique est un secteur en proie à des difficultés économiques par un système de rémunération inadapté aux missions que nous devons assumer.

De plus, lors de la période Covid, le secteur a subi un autre choc avec l’impact brutal de l’effondrement des consultations médicales qui a eu pour effet une chute massive des prescriptions et, par conséquent, une baisse très significative de l’activité des pharmaciens.
Nous avons pourtant assumé pleinement notre mission en assurant la distribution des masques, des gels hydroalcooliques, les vaccins anti grippes ou encore les vaccins Covid. Les répartiteurs pharmaceutiques ont systématiquement trouvé des solutions pour mener ces actions de santé publique dans les meilleures conditions.
Pourtant, d’un point de vue économique, les niveaux d’indemnisation alloués par les pouvoirs publics aux entreprises de la répartition sont insuffisants pour couvrir les frais engagés.

Nous sommes restés au service de nos concitoyens pendant cette période et les pouvoirs publics peuvent compter sur les professionnels de la répartition qui continueront de s’acquitter de leur mission avec professionnalisme, efficacité et dévouement.

Votre personnel, discrètement, a eu comme d’autres métiers une grande importance dans la gestion de la crise…

Oui, je tiens à leur rendre hommage. Dans le contexte sanitaire que nous connaissons tous, nos équipes de CERP Lons ont su être présentes avec parfois beaucoup d’abnégation. Cela fait un an qu’elles sont sur le pont, au service des patients et aux côtés des pharmaciens. Je suis très fier d’elles.