Intelligence artificielle : la nouvelle révolution sociétale

A plus ou moins long terme, 40% des métiers disparaitront, remplacés par des machines. Alors que sont-elles déjà capables de dire, de faire, ou de comprendre ? Le point avec Frédéric Brouard, co dirigeant de BSA inox. "Un très bon médecin pose un bon diagnostic dans 65% des cas, contre 90% pour l’IA"

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Frédéric Brouard (à g.) et Fabien Feuvrier ont parlé "IA" à l'initiative du Centre des Jeunes Dirigeants.

Passionné par les nouvelles technologies, Fabien Feuvrier et Frédéric Brouard, tous deux chefs d’entreprises ont évoqué celles-ci à la demande du Centre des jeunes dirigeants du Jura pour informer d’autres patrons.
L’intelligence artificielle (IA) suscite en effet nombre d’interrogations, voire de craintes. A commencer par la peur de perdre son travail : selon Frédéric Brouard, “40% des métiers actuels” disparaitront à moyen terme.
Après la robotisation galopante dans l’industrie, ce sont les professions supérieures qui seront touchées : avocats, logisticiens, ressources humaines, et même médecins !
“Un très bon médecin pose un bon diagnostic dans 65% des cas, contre 90% pour l’IA” affirme Frédéric Brouard.
Selon lui, les entreprises seront fortement impactées : comptabilité (élimination des tâches de saisie), prévention de la fraude (détection des demandes non ordinaires), recouvrement (adaptation et automatisation), trésorerie (optimisation automatique du cash), achats (analyse des dépenses, contractualisation automatique, etc.), juridique (analyse, révision et production des contrats, traitement des contentieux sur la base des décisions de justice existantes, conformité réglementaire, support juridique interne de premier niveau), ressources humaines (recrutement : sélection de 95 à 98 % des candidats, contrôle de paye, etc.), vente (qualification des prospects, relation client par Chatbot, etc.), sans oublier les achats ou la production (par exemple de contrôles qualité produits automatisés au lieu du contrôle à l’œil).
En fait, « les secteurs attaqués en premier seront ceux où le retour sur investissement sera le plus rapide » résume le patron qui dirige une entreprise de chaudronnerie inox.

Les GAFA sont “l’OPEP du numérique”

Autres certitudes : « Les voitures, les camions, les trains, les bateaux se conduiront seuls », mais aussi « les robots se programmeront tous seuls » !
Ce qui leur donnera accès à un univers jusque là apanage de l’homme.
D’ores et déjà, de nombreux usages sont en cours : reconnaissance d’image, traduction automatique, voiture autonome, recommandations personnalisées, modération automatique des réseaux sociaux, etc.
C’est ainsi que sont apparus les « Chatbots », ces robots censés dialoguer avec vous lors de l’utilisation d’un site internet. Des robots pas très futés, puisque « Je ne comprends pas votre demande » ne tarde pas à surgir régulièrement…
D’après Frédéric Brouard, ils se développeront malgré tout pour les interactions de niveau 1 et même 2, les humains étant « relégués » en niveau 3, c’est-à-dire pour des expertises pointues. Les machines seraient déjà en effet capables de voir, comprendre, entendre, parler, réécrire, etc.
Le tout grâce à l’utilisation de vos données personnelles, car comme le disent les spécialistes « Si c’est gratuit, c’est vous le produit ». Si l’OPEP contrôle le marché de l’or noir, ce sont les quelques géants (américains) du numérique qui font la pluie et le beau temps sur le web. Une situation monopolistique qui pose des questions existentielles sur le devenir de l’homme et du monde (lire encadré). Allons-nous vers Matrix ou Big Brother ?

La fin d’un modèle social ?

Si l’intelligence artificielle supplante de plus en plus l’homme, quelle sera sa place dans le monde ? Si seuls 20% d’entre eux sont nécessaires un jour pour assurer les fonctions de production, qu’adviendra-t-il des 80% restants ? Selon Frédéric Brouard, un autre monde verra le jour où le travail ne sera plus forcément la valeur centrale. Les loisirs prendront forcément le dessus, mais les hommes pourraient aussi être réaffectés aux relations entre humains. Rassurant ?

Matrix ou Big Brother ?

Seuls les GAFA (Goggle, Amazon, Facebook, Apple) disposent des « big datas » indispensables à l’éducation de l’intelligence artificielle. Pour reconnaitre par exemple un chat à 97%, il faut que les ordinateurs analysent 1 million de photos de chats. Par conséquent : « Toutes vos données personnelles sont stockées et analysées » sur internet avertit Frédéric Brouard, ceci alors que le « droit à l’oubli » n’offre guère de garanties.
Tous les géants d’internet (tous américains) utilisent déjà aux USA les données personnelles des internautes : « En fonction de ce que vous regardez, consommez, mangez, ces informations sont vendues à des banques ou des assureurs pour définir votre profil ». Une perspective glaçante que seules des lois européennes peuvent pour l’instant protéger…
Mais qu’adviendra-t-il lorsque des états mettront la main sur ces entreprises ? (comme la Chine pour Huawei). Entre de mauvaises mains, l’IA pourrait-elle devenir le pire des maux et détruire l’humanité ?
Pour Frédéric Brouard, il y a peu de chances que « Matrix » voit le jour, en revanche « 1984 » de Georges Orwell pourrait, à l’avenir, devenir notre monde si l’on n’y prend garde…

Saviez-vous qu’il y a parfois des robots derrière votre beurrier, ou d’autres produits de Lacroix emballages ?

Le Jura à l’heure de la robotique

Si l’intelligence artificielle semble plutôt l’apanage des géants du numérique ou de l’industrie (Airbus par exemple), nombre d’entreprises prospèrent grâce à la robotisation : Guignard robotisation par exemple qui depuis Viry (à la « frontière » de l’Ain avec Dortan) construit des robots spécialisés entre autres dans la production pharmaceutique, certains opérant même en salle « blanche » (salles à température, pression et atmosphère régulées) voire stériles.
D’autres entreprises comme Machines Pagès sont spécialisées dans la conception et la fabrication de robots pour les secteurs de l’agroalimentaire, du cosmétique et du médical (injection plastique). Dans ce secteur de l’injection, Lacroix emballages conçoit aussi  dans le Jura (à Champagnole et Bois d’Amont) des systèmes automatisés déployés autour de presses à injecter, explique Michel Lacroix, un des dirigeants de l’entreprise familiale, désormais leader dans une douzaine de pays à travers le monde.
« Ces robots servent par exemple à poser des étiquettes, empiler les produits, les conditionner automatiquement dans des cartons d’expédition, etc. ».
D’autres robots six axes sont aussi utilisés dans les unités de production :
« Il y a 2 ans, lors des championnats de France de ski alpin à Lélex, de tels robots avaient fait une petite démonstration : tirer au sort les dossards et les donner aux coureurs » se souvient avec amusement Michel Lacroix.