Il y a 130 ans dans le Jura… l’enterrement grandiose de Jules Grévy

Né en 1807 et inhumé en 1891 à Mont-sous-Vaudrey (Jura), Jules Grévy fut le troisième président de la IIIe République et le premier président républicain de l’Histoire de France. Ce Jurassien concourut véritablement à l’affirmation de la République durant un siècle où les divisions politiques étaient nombreuses. Élu président de la République française le 30 janvier 1879, il dut démissionner au cours de son second mandat présidentiel, le 2 décembre 1887, à cause du scandale politico-financier des décorations dans lequel était impliqué Daniel Wilson, son gendre. Il décéda dans son village natal le 9 septembre 1891.

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Dessin d’après nature d’Albert Cussy. Collection privée.

Deux mois avant son décès, Jules Grévy vint se reposer, comme « toutes les années, même durant sa présidence, […] au milieu de ses concitoyens, qui n’ont cessé d’avoir pour lui la plus affectueuse vénération » (Le Petit Comtois, 11 septembre 1891, année 9, numéro 2953, p. 1.). Son état de santé était alors assez bon, bien qu’il était déjà âgé de quatre-vingt-quatre ans.

Le dimanche 6 septembre 1891, il se leva assez tôt comme il en avait l’habitude, mais « dans l’après-midi, il se plaignit d’un grand malaise » (idem). Le docteur Fortunat Pactet, ancien maire de Mont-sous-Vaudrey de 1878 à 1888, se déplaça et remarqua sa fièvre. Le docteur Ligier de Poligny et le docteur Lombard de Dole firent ensuite leur diagnostic. « Les docteurs reconnurent que le malade était atteint d’une congestion pulmonaire et, vu son grand âge, ils appréhendaient un dénouement fatal prochain » (idem). Un autre médecin de Paris fit une auscultation de Jules Grévy le 8 septembre. Les espoirs de sauver l’ancien président s’amoindrirent.

Dans la nuit du 8 au 9 septembre, vers deux heures du matin, Jules Grévy fit une syncope, si bien que « l’on crut un moment qu’il était mort » (idem). Le Monde illustré, qui fit sa une du 19 septembre sur l’enterrement de Jules Grévy note que « La veille de sa mort, une paralysie générale se déclara. M. le curé de Mont-sous-Vaudrey, appelé par la famille, a administré l’extrême-onction au mourant, qui, du reste, avait manifesté le désir de recevoir les secours de la religion à ses derniers moments ». La mort intervint au petit matin du mercredi 9 septembre 1891. Vers sept heures, François Jules Paul Grévy décéda dans son château de Mont-sous-Vaudrey.

La salle d’armes transformée en chapelle ardente où était exposé le corps de Jules Grévy. Publié dans l’Illustration du 19 septembre 1891. Collection privée.

Des funérailles nationales

Aussitôt après sa mort, la nouvelle se répandit à l’échelle internationale. Bien que la Franche-Comté, journal politique de la région explique que « la mort de M. Grévy se voit presque réduite aux proportions d’un fait divers », de nombreux journaux nationaux relayèrent le décès de celui qui fut le premier élu par Congrès (chambre des Députés + Sénat) à Versailles président de la République française.

Des funérailles nationales furent bientôt décidées. Celles-ci furent prévues pour le lundi 14 septembre. Dans l’intervalle, le corps de Jules Grévy était exposé dans une chapelle ardente, dans sa propriété, dans la salle d’armes, à gauche en entrant dans la cour du château.

Le 14 septembre, de nombreuses personnalités investirent les rues de Mont-sous-Vaudrey. Pour l’occasion, le village était pavoisé, notamment de drapeaux tricolores. Les convives arrivèrent grâce à la voie ferrée reliant Dole à Poligny par exemple.

À dix heures du matin, le cortège se rendit du château à l’église alors qu’une pluie diluvienne tombait, le tout avec du tonnerre – ce qui dut créer une atmosphère très particulière. Le ciel se dégagea néanmoins rapidement. « En tête du cortège marchait un escadron de hussards encadrant le général Segretain, gouverneur de Briançon, qui précédait immédiatement le char dont les cordons étaient tenus par le président du Sénat, le président de la Chambre, le garde des sceaux, le ministre des finances, MM. Thurel et Oudet, sénateurs ; Bourgeois, député, et le docteur Pactet, ami intime du défunt » (Le Monde illustré, 19 septembre 1891). Non présent, Sadi Carnot, le président de la République depuis 1887, s’était fait représenter par le général Brugère. De réels personnages historiques étaient ainsi présents à Mont-sous-Vaudrey lors de cet enterrement, comme Jules Ferry, René Goblet ou Armand Fallières (qui fut ensuite élu président de la République française de 1906 à 1913).

La une du Monde illustré du 19 septembre 1891. D’après nature par Louis Tinayre. Collection Amaous.

La foule suivant ou attendant le passage du cortège et du char funéraire, attelé à quatre chevaux noirs, était considérable. Des personnes se seraient même trouvées dans les arbres. De nombreuses couronnes funéraires accompagnaient le défunt vers sa dernière demeure. Dans l’édition du 15 septembre 1891 du Petit Comtois, il est indiqué que « le nombre peut, sans exagération, être évalué à plus de quinze mille [personnes] ». Bien qu’il soit complexe d’être précis, ce chiffre est tout à fait vraisemblable. Toutes ces personnes ne purent naturellement pas se rendre dans l’église, décorée pour cet événement. « La gare, la mairie, l’église, depuis le portail jusqu’à la pointe du clocher, sont décorées de tentures tricolores, sur lesquelles le crêpe de deuil est jeté » (Le Petit Comtois, 15 septembre 1891, numéro 2957, p. 1.). Dans l’église, à droite du catafalque prenaient place les membres du gouvernement et à gauche, la famille du défunt. L’absoute fut donnée par l’évêque de Saint-Claude. Des chants furent également entendus.

Vers midi, le cortège se dirigea vers le cimetière.

Cimetière, discours et caveau

Le catafalque devant le cimetière de Mont-sous-Vaudrey le 14 septembre 1891. Dessin de Louis Girardin, d’après les croquis de M. L. Tinayre. Collection Amaous.

Le cimetière de Mont-sous-Vaudrey était, et demeure, bien trop exigu pour accueillir une foule aussi importante. Il était aussi intolérable de fouler à plusieurs milliers de personnes le sol de ceux qui reposaient dans ce cimetière. « En conséquence, un catafalque immense avait été dressé entre le [cimetière] et la route, et le corps y a été déposé tandis que l’artillerie faisait sonner ses canons » (Le Monde illustré, 19 septembre 1891).

Les discours autour du catafalque. D’après des photographies de M. Abéniacar. Représentation publiée dans l’Illustration du 19 septembre 1891. Collection privée.

Des discours se sont ensuite enchaînés. Charles de Freycinet prit la parole en premier au nom du gouvernement, puisque président du Conseil. S’ensuivit des discours de M. Thurel, sénateur, M. Pactet, ancien maire, M. Du Buit, bâtonnier récemment élu de l’ordre des avocats du barreau de Paris, M. Bourgeois, député, M. Ligier, ancien camarade du défunt du collège de Poligny. « Avec le dernier discours, la pompe de l’enterrement officiel finissait » (L’Illustration, 19 septembre 1891).

Dessin du caveau abritant Jules Grévy, publié dans Le Monde illustré le 19 septembre 1891. Dessin de Louis Girardin, d’après les croquis de M. L. Tinayre. Collection Amaous.

Après les discours, les troupes défilèrent devant le corps de Jules Grévy. Puis, la famille, quelques intimes de Jules Grévy et des membres de la presse entrèrent dans le cimetière. L’ancien président fut alors descendu dans le caveau pour lequel il avait surveillé la construction. Depuis 130 ans, il y repose. Comme le remarquait un rédacteur du Petit Comtois dans l’édition du 15 septembre, « La mort dans ces conditions devient une apothéose ».

Pour aller plus loin

►AMAOUS (association), Jules Grévy un Jurassien président, Dole, DMODMO… éditions, 2007, pp. 204-219.

►GALODE Guilhem, Les perceptions de la mort de Jules Grévy à travers la presse, Université lumière Lyon 2, [travail universitaire d’Affaires publiques – 4ème année], sous la direction de M. Bruno Benoît et de M. Gilles Vergnon, soutenance du 5 septembre 2011.

►JEAMBRUN Pierre, Jules Grévy ou la République debout, Paris, Tallandier, 1991, pp. 420-429.