Il sauve une femme prisonnière d’un lac gelé

Théo Monnet, 22 ans, a reçu la médaille du courage et du dévouement pour son acte héroïque. Une belle histoire qui se finit bien.

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Le préfet du Jura (à d.) a remercié Théo Monnet (au centre) et Bruno Ragot, maire de Châtelneuf.

« Au péril de ta vie, tu as sauvé ma femme. On te sera éternellement reconnaissants » : plusieurs jours après, Patrice Ragot, le mari de la victime, était encore ému de l’incroyable histoire qui s’est déroulée le 25 février dans les eaux glacées du lac du Fioget. Un lac sauvage, situé sur la commune de Chatelneuf (non loin d’un autre lac plus connu, celui de Narlay), sur lequel le jeune chien d’Isabelle Ragot s’était élancé pour rejoindre des promeneurs situés sur l’autre rive. Au bout de 150 mètres, la glace rompt et la pauvre bête se trouve précipitée dans une eau avoisinant les 1°C. Sa maitresse, une vaillante sexagénaire, se lance alors tant bien que mal à sa rescousse sur un instable canoë qui chavire au milieu du lac.
Et comble du désespoir, la voilà désormais prisonnière d’un piège létal, tandis que son chien parvient à se hisser sur la glace et à rejoindre Marie Ragot (la sœur de la victime), qui assiste horrifiée à la scène depuis la berge. Les secours sont rapidement prévenus, « mais les sapeurs pompiers plongeurs basés à Lons nous ont demandé de gagner du temps » a relaté Patrice Ragot. En d’autres termes de faire avec les moyens du bord pour maintenir la victime à flots. Le maire et les conseillers municipaux…dont fait partie le père de Théo Monnet sont alertés. Premier coup du sort : « Mon père avait oublié son portable à la maison, c’est donc ma mère qui a décroché et m’a fait part de la situation » explique le vaillant jeune homme qui réside au hameau du Fioget. « Je me suis aussitôt rendu sur place, car je savais que mon père avait laissé sa planche à voile sur la berge » explique-t-il.

Une grave hypothermie et un infarctus

Armé d’une planche de bois pour casser la glace et se propulser à sa surface, voilà le sauveteur n’écoutant que son courage, parti sur son frêle esquif pour rejoindre Isabelle Ragot. « Ca a été le moment le plus difficile, car la glace s’épaississait à mesure que j’avançais, jusqu’à atteindre 10 cm  par endroits » relate l’intéressé. Malgré cela, il rassure la victime avant de la hisser sans trop de peine sur la planche à voile, qui se retrouve cependant peu manoeuvrante. « C’est alors que j’ai vu 3 pompiers plongeurs se mettre à l’eau et nous rejoindre. Munis de leurs palmes, ils ont emprunté les chenaux d’eau libre pour nous ramener au bord » explique le héros du jour. Alors qu’Isabelle Ragot perd connaissance, les secours la prennent efficacement en charge et la voilà héliportée au CHU de Besançon…où sa température corporelle est tombée à seulement 26°C. Mais cette grave hypothermie cache un deuxième coup du sort : « Ma femme a fait un infarctus, car elle avait 3 plaques d’athérome » a révélé Patrice Ragot, des plaques qui en d’autres circonstances aurait pu lui être fatales. « C’est donc un mal pour un bien » relativise-t-il, puisque sa femme a été aussitôt opérée, et 3 stents posés juste avant son retour à domicile, où elle se remet doucement au coin du feu…devant le lac du Fioget.  Le couple peut s’estimer miraculé, puisque victime d’un grave accident professionnel dans les Alpes, Patrice Ragot avait lui aussi été héliporté et sauvé in extrémis. Après avoir vivement remercié Théo Monnet et la chaîne des secours, il ne leur reste plus désormais qu’à remercier leur bonne étoile, qui a veillé sans faillir sur eux…et sur leur fougueux chien.

« C’était normal »

Un peu intimidé par les honneurs rendus en préfecture le vendredi 1er mars, Théo Monet a confié exercer comme moniteur de sports en eaux-vives (hydrospeed, kayak, rafting) au pays basque en été. « Des disciplines où on pratique régulièrement -presque chaque mois- un sauvetage ». « C’était normal d’intervenir » a-t-il déclaré devant le préfet du Jura, qui lui a remis le 1er mars la médaille du courage et du dévouement en présence de sa famille et des forces de l’ordre. « Si vous n’aviez pas été là, nous serions en train de déplorer un drame » a déclaré Richard Vignon. Le jeune homme suit actuellement un cursus pour devenir moniteur de ski et travailler à l’année comme saisonnier.