Il est passé par ici, il repassera par là…

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Le Tour de France et le Jura semblent profiter depuis plusieurs années, d’une attirance réciproque. Une belle aventure sportive, mais surtout festive, populaire et colorée, bien partie pour durer…

Le Jura, terre promise pour la Grande Boucle
Après quelques passages très épisodiques (2004 à Lons le Saunier, puis 2010 aux Rousses), la présence de la Grand Boucle s’est nettement affirmée dans le département lors des dernières années.
D’abord en 2016 avec l’étape Moirans-en-Montagne – Berne, ensuite en 2017 avec la fameuse étape “100 % Made in Jura”, orchestrée entre Dole et les Rousses, et enfin ce vendredi, avec la traversée remarquée du Triangle d’Or.
Or, nous nous sommes laissés dire que la Grande Boucle pourrait vraisemblablement revenir dès l’année prochaine en terre jurassienne. Peut-être même s’y arrêter…
Et qui de mieux que le président du Conseil départemental, par ailleurs référent Tour de France pour l’association des départements de France, pour éclairer notre lanterne ?
La proximité du premier élu jurassien avec le directeur du Tour, Christian Prudhomme, (qui était d’ailleurs présent à l’inauguration du dernier salon Made in Jura), n’étant plus à prouver, cela peut légitimement aider à influencer sur certaines décisions…
“L’organisateur du Tour de France, Amaury Sport Organisation, signe tous les 3 ans une convention avec les départements de France pour organiser la sécurité lors du déroulement de la course. 95% des routes empruntées sont des départementales. Une redevance revient ainsi aux départements qui mettent à disposition les équipes d’agents des routes” indique Clément Pernot, qui a accepté de revenir sur la construction des plus récentes étapes jurassiennes.

Le déroulement des faits…

“En septembre 2015, Christian Prudhomme m’a demandé quelle ville suffisamment proche de Bourg en Bresse serait susceptible d’accueillir un départ d’étape. Spontanément, j’ai proposé Moirans-en-Montagne, car le lien avec le musée du Jouet me semblait intéressant à évoquer. 10 minutes après, il me rappelait pour me confirmer que c’était validé !
A moins d’un mois de la présentation officielle du Tour en Octobre, j’étais très surpris que l’on puisse encore désigner une ville étape” se remémore le président du Conseil départemental.
Ce premier épisode fut donc la première étape de l’étape “Made in Jura”, planifiée entre Dole et les Rousses. Le révélateur d’une envie de Jura, en quelque sorte…
Amusé, Clément Pernot relate :
“A Moirans, dans la voiture de direction de la course, Dominique Bussereau, le président des départements de France, s’est étonné de cette ferveur populaire, particulièrement visible avec les drapeaux “Made in Jura”. Et de me demander : “Qu’est-ce donc que ce Made in Jura ?”. Je lui ai expliqué le concept de marketing territorial et lui ai fait part qu’une étape “Made in Jura” serait idéale. Ce à quoi l’équipe organisatrice m’a répondu que c’était envisageable, mais que pour cela, il nous revenait d’organiser, et de penser cette étape, en prenant en compte les cinq candidatures : Dole, Arbois, Champagnole, St Claude, Les Rousses”.

 

L’élaboration et le coût du parcours

Une stratégie à laquelle se sont immédiatement attelés les services du département.
Ainsi, Dole – Les Rousses s’est imposé. Avec la traversée de la plaine, du premier plateau, de la région des lacs, et des sommets du Haut-Jura. Un itinéraire résolument rural…
Quelques semaines plus tard, Thierry Gouvenou, ancien coureur et directeur technique des épreuves de Amaury Sport Organisation, validait le parcours, et découvrait avec enchantement l’itinéraire proposé et élaboré par Joël Simon et ses équipes.
“Ce fût une grande fête populaire, qui a vu une implication très forte des habitants, des élus, des associatifs…
Ce fut aussi une étape dynamique, qui a vu la victoire de Calmejane aux Rousses, un jeune espoir du cyclisme français. Bref, une merveilleuse journée” se souvient, avec émotion Clément Pernot.
Quant au coût, pointé souvent du doigt par quelques grincheux, il fut exactement de 60 000 euros pour le départ, et de 120 000 euros pour l’arrivée.
Une somme à laquelle Dole, le Grand Dole, Les Rousses et la Région ont aussi participé financièrement.
“Le coût final pour le Département est de 100 000 euros. Au regard de la mobilisation des Jurassiens, de la notoriété apportée aux Rousses et à Dole, et des retombées économiques (difficilement quantifiables mais estimées à “au moins 10 fois plus que l’investissement initial” selon certains spécialistes économiques), c’est très peu”.

Les Jurassiens ont encore répondu présents, en masse, ce vendredi.

De 2019 à 2020

En 2018, l’est de l’Hexagone ne pouvait être parcouru, car il fallait l’année dernière privilégier l’Ouest et la façade atlantique.
“Pour 2019, nous avons abordé le sujet en différentes occasions bien qu’initialement, le parcours ne prévoyait pas de passage dans le Jura. Mais ma collègue Christine Bouquin, présidente du Département du Doubs, m’a demandé d’insister auprès de Christian Prudhomme pour “suggérer” un passage à Ornans, afin d’y célébrer le bicentenaire de la naissance de Gustave Courbet.
Pour consolider le dossier, je n’ai pas manqué de préciser que puisque c’était la célébration du centième anniversaire du maillot jaune, il était judicieux de passer en Arbois, terre du vin jaune” poursuit Clément Pernot.
Des propos qui ont d’ailleurs été repris lors de la présentation officielle d’octobre dernier, devant les caméras de télévision de centaines de chaînes du monde entier.
Force est de reconnaître que cette double argumentation a convaincu le directeur du Tour, qui n’a pas hésité à rajouter quelques kilomètres Belfort-Chalon. Du coup, avec la boucle opérée par Ornans et le Triangle d’Or, cette 7ème étape a été la plus longue du Tour 2019, avec pas moins de 230 kilomètres au compteur !

“Une arrivée serait sympathique…”

“Nous sommes évidemment très heureux que l’on ait accédé à notre demande. Comme à leur habitude, les Jurassiens ont répondu avec l’esprit festif et populaire qui les caractérise.
Nul doute que cette nouvelle démonstration des habitants soit un argument fort pour envisager à nouveau le tour dans le Jura. Une arrivée serait sympathique…” laisse entendre malicieusement le président du Conseil départemental.
Si l’amour du Tour de France pour le Jura (et réciproquement) est indiscutable depuis les dernières années (deux villes départ, une ville arrivée, un passage remarqué), tout laisse à penser qu’une nouvelle aventure jurassienne puisse s’écrire dès l’année prochaine.
Alors quelle est la recette (miracle) d’obtention ?
“Pour cela il faut être patient, parce que la demande doit être portée en cohérence avec le circuit programmé dans tout le pays. Il faut surtout, ne pas être trop bavard, la discrétion est un élément essentiel du process de désignation puisque tout le monde doit garder sa langue jusqu’au jour de la présentation officielle. ASO tient énormément à ce que ces règles soient respectées, le succès commercial et sportif en dépend…” conclut Clément Pernot.
Comme quoi pour se rapprocher d’un objectif ambitieux, il faut parfois savoir tenir sa langue, et apprendre à lire entre les lignes…

Clément Pernot et Christian Prudhomme en reconnaissance pour 2020…