Jura. Lons-le-Saunier. Hôpital de Lons : “Nous avons le cœur brisé”

Après 7 mois de grève, une partie du personnel attend toujours « de l’argent et des lits » pour l’hôpital public. De l’argent et des lits attribués non pas à eux, mais à des cliniques privées qui vont s’installer au cœur de l’hôpital…

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Une centaine de manifestants ont déclaré leur flamme à l'hôpital public, un hôpital "vendu" au secteur privé selon eux.

Une partie du personnel de l’hôpital de Lons-le-Saunier a choisi le 14 février, jour de la Saint-Valentin, pour faire part de son désarroi. Attachés à leur hôpital, mais en grève pour certains depuis 13 mois, ils demandent toujours des moyens décents pour ne pas générer “7 ou 8 h d’attente aux urgences ces derniers jours” par exemple. En signe de solidarité, une centaine de manifestants ont attaché aux grilles de l’hôpital des messages tels que : “J’aime mon hôpital public” ou “Stop à la maltraitance institutionnelle”. L’intersyndicale AMUF-CGT-FO a insisté sur des situations indignes lors de pics de fréquentation, avec  « des lits couloirs, des lits bureaux, des lits salles de bains, des chambres à trois lits ».
Selon une infirmière « trois lits dans une chambre de deux, cela signifie pour un patient pas de sonnette ou de prise à oxygène disponibles. Pour effectuer les toilettes dans un espace aussi réduit, il faut parfois sortir un patient dans le couloir durant celles-ci ». Autre grief selon elle : « il n’y a plus de brancardiers après 15h30 pendant les vacances scolaires, et après 18h le reste du temps ». Comme l’hôpital fonctionne H 24, « ce sont les infirmières ou les aides-soignantes qui s’y mettent ».

“J’aime mon hôpital public”, “Stop à la maltraitance institutionnelle”, ou encore “Davantage de lits” ont fleuri sur les grilles de l’hôpital.

« 14 millions € d’argent public pour privatiser »

Malgré les annonces (nos précédentes éditions) réalisées par Guillaume Ducolomb, directeur du centre hospitalier, l’intersyndicale estime que l’argent public frais ne servira qu’une cause principale : celle de cliniques qui vont s’implanter au cœur de l’hôpital. Selon Rachid Hiebous, secrétaire CGT du centre hospitalier, « Guillaume Ducolomb a privatisé en 2 ans plus qu’en 28 ans avant : IRM, scanners, scintigraphie, nettoyage des services, etc. ». Une privatisation qui s’étendrait  à « 2 étages de dialyse, 2 étages de psychiatrie, une unité d’addictologie et deux blocs opératoires privés », avec « 14 millions € de deniers publics » débloqués par l’Agence régionale de santé. Ceci alors qu’ « on demande depuis des années que nos deux blocs opératoires soient agrandis » : faute de place, des patients y sont en effet refusés. Idem pour l’addictologie selon Eric Loupiac, délégué 39 de l’AMUF (Association des Médecins Urgentiste de France) : « On enlève des lits au Dr Sorgue pour favoriser l’ADLCA de Bletterans ». Malgré les mots d’ordre de « sauver l’hôpital » lancés par tous les candidats aux élections municipales, seules deux listes étaient apparemment représentées : « Changer de cap » (Jean Yves Ravier) et « Lons en commun » (Géraldine Revy).