Hiver noir pour les stations du ski du haut-Jura

Alors que l’or blanc coule à flots, les remontées mécaniques restent désespérément closes, que ce soit aux Rousses, mais également à Morbier ou à Foncine. Terre d’Absurdistan, le haut-Jura se trouve privé de sa principale source de revenus à la veille des vacances. Réactions et analyses.

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Malgré 10 millions € investis, le domaine alpin de Jura sur Léman restera fermé, tout comme celui de Foncine ou des Gentianes à Morbier. Crédit photo : Stéphane Godin/Jura Tourisme

Pour Gérôme Fassenet, président de Jura Tourisme : « C’est le ski alpin qui fait vivre la station des Rousses ».
Une locomotive qui fera cruellement défaut, même si le Jura comparativement aux Alpes présente l’avantage d’un terrain de jeu adapté à d’autres activités : ski nordique, raquette, ski de randonnée, luge… Il dénonce l’arbitraire de la décision de fermeture : « Nous aurions pu faire tourner les télésièges avec une place sur deux », par exemple.
Jean-Pascal Chopard, directeur de Jura Tourisme, enfonce le clou : « Les vacances de février représentent environ 50 % des retombées économiques » pour la saison d’hiver.
Selon lui, les compensations mises en place par l’État ne remplaceront en rien les recettes exceptionnelles qu’un hiver non moins exceptionnel aurait pu produire.
« Il fallait renflouer les caisses, et profiter de l’effet nouveauté du domaine Jura sur Léman ».

Aucune chance de voir cette année Luc Alphand sur le télésiège du Balancier. Photo : Guy Monneret.

 

« On est tous KO, les 5% d’espoir qui nous restaient ont été éliminés »

Laurent Mermet, directeur marketing de la Sogestar, se veut quant à lui, tout aussi désabusé : « On est tous KO, les 5% d’espoir qui nous restaient ont été éliminés ».
« La Sogestar tire l’essentiel de ses ressources du ski alpin, des ressources qui permettent également de financer une partie des activités d’été. Beaucoup de questions se posent sur la pérennité de nos activités. Les loueurs de meublés continueront t-ils à attendre les touristes ? Ne préféreront-ils pas louer à des frontaliers ? Nos 140 saisonniers seront-ils tous fidèles les prochaines années ? Alors que nous faisons depuis longtemps des efforts pour les former et les pérenniser. Les moniteurs de ski seront-ils aussi nombreux ? Les clients qui ont vécu un hiver sans ski vont-ils revenir ? Toute une belle dynamique risque de s’enrayer, alors que 10 millions € viennent d’être investis dans le domaine de Jura sur Léman (deux nouveaux télésièges N.D.L.R.). Tout le monde à travaillé d’arrache pied pour livrer ce domaine à temps. Heureusement, notre office du tourisme a reçu beaucoup d’appels aux Rousses pour les vacances de février ce qui témoigne d’un intérêt, d’un besoin d’oxygène et de grands espaces ».

« Les grands espaces, c’est chez nous que ça se passe »

Et de poursuivre :
« Justement, les grands espaces, c’est chez nous que ça se passe (10.000 ha disponibles). Nous avons de ce fait été pris d’assaut à Noël, un des meilleurs que nous ayons connus en termes de remplissage. Le Jura est terre Nordique par excellence, nous espérons bénéficier d’un report d’activité. Cela ne compensera pas le manque à gagner : 1 € dépensé dans un forfait de ski alpin génère 6 € de retombées pour le territoire. Le ski nordique représente normalement 500.000 € de chiffre d’affaire contre 5 million € pour l’alpin : un rapport de 1 à 10 ! Tout un écosystème dépend du ski alpin : hôtels, locations immobilières, location de matériel, artisans chargé de l’entretien du parc immobilier, personnel chargé du ménage, magasins d’alimentation, de souvenirs, commerçants, etc…
On comptera les morts à la fin ».

Aux Jouvencelles aussi, c’est l’incompréhension totale. Le nouveau télésiège flambant neuf restera vide toute la saison. Photo archive Guy Monneret.

« On est dans le noir alors qu’il y a du blanc partout »

John Bailly Bazin, directeur de l’école du ski français des Rousses, possède pour sa part le sens de la formule.
« On est dans le noir alors qu’il y a du blanc partout. C’est l’incompréhension totale. Nous employons 40 moniteurs titulaires, et 95 moniteurs en tout pendant les vacances de février ».
A Lamoura, 15 moniteurs titulaires, et 50 moniteurs en tout employés durant les vacances de février. Que vont-ils devenir ?
« Les moniteurs titulaires sous contrat auront de quoi couvrir temporairement leurs frais, mais pas une saison ».
En effet, leur chiffre d’affaires hors-taxe est en moyenne estimé à environ 20.000 € par an. Quant aux moniteurs sans contrat, ils n’auraient droit à rien…si ce n’est de trouver un autre job.
Sur la fin janvier, 600 personnes avaient réservé des cours pour les 4 semaines de vacances contre 1.500 par semaine en temps normal. Un différentiel énorme qui ne simplifie pas pour autant la tâche d’organisation.
« Nous pouvons utiliser le tapis neige, mais ni le fil neige ni notre mini téléski » tempête John Bailly Salins.
Une situation ubuesque qui marquera les montagnards pour longtemps.

Un vide abyssal au Balancier, comme dans toutes les stations de France. Photo : Guy Monneret.