Groupe Coopératif Demain, une entreprise au cœur de l’humain

Le Groupe Coopératif Demain basé à Conliège, nouvelle appellation commune de l’entreprise Juratri et pionnier du recyclage depuis plus de 25 ans se décline maintenant en 5 pôles et porte un triple projet : social, environnemental et coopératif. C’est un acteur majeur de l’économie sociale et solidaire dont le Jura est historiquement un précurseur. Nous avons rencontré Mathieu Grosset, directeur général qui nous a parlé avec passion de son entreprise « pas comme les autres ».

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Mathieu Grosset, pouvez-vous nous tracer un bref historique de votre entreprise ?
Le groupe Coopératif Demain, anciennement Juratri est né en 1993. Le centre de tri des poubelles bleues allait se créer et nous sommes nés autour d’une triple innovation.
Le centre de tri de Lons était le deuxième en France et le Jura était le premier à mettre en marche le tri sélectif, la seconde était une innovation sociale qui est de proposer des emplois à des personnes qui en sont éloignées durablement, et ce avec un emploi industriel avec des logiques de productivité, la troisième innovation était économique puisque créée avec trois partenaires industriels spécialisées dans le recyclage.
On a alors proposé un nouveau service au service du territoire, de ses habitants les plus fragiles, et du monde économique qui a besoin de matières recyclées. L’entreprise a grandi, on a racheté les bâtiments à Conliège en 2002 pour se développer autour du déchet d’équipements électroniques. Ce sont des produits à haute valeur ajoutée dont on récupère les éléments. L’objectif est de dépolluer et de valoriser. Notre taux de dépollution et de valorisation est un des meilleurs de France. Notre métier et nos prestations se sont élargies autour de l’environnement qui vont de la collecte, du démantèlement, à la préparation de matière pour le recyclage.

Matthieu Grosset.

Quelles sont maintenant les activités du groupe ?
Nous avons deux centres de tri où nous traitons toutes sortes de déchets, électroniques, plastiques, du bâtiment…
Depuis, plusieurs autres projets ont pris forme à côté comme Altera intérim qui est une société d’intérim dédié à des personnes éloignées de l’emploi en prenant le pari qu’on peut amener ces personnes à l’emploi. Pari réussi puisque 80% des personnes qui passent par Altera trouvent un emploi pérenne sur le territoire. Nous accueillons un public très spécifique que nous accompagnons durant leur mission. Il y a deux ans, nous avons créé Demain Habitat spécialisée dans la rénovation énergétique des bâtiments à partir de matériaux naturels. Notre chiffre d’affaire au niveau du groupe a été de 10 millions en 2019. Il est à noter que les subventions que nous recevons représentent seulement 7% du chiffre d’affaire.

Vous êtes une entreprise de l’ESS (Économie Sociale et Solidaire), comment vous différenciez vous des autres entreprises ?
Nous sommes une SCOP SA dont je suis le directeur nommé par mes collègues. Une de nos particularités est que toutes les personnes en CDI peuvent prendre une part dans l’entreprise dont le prix est fixé à 50 euros. Ces personnes vont élire un conseil d’administration composé de salariés, 1 personne égale une voix. Le président du CA est un salarié associé. C’est un outil de bonne gestion qui aide à prendre les bonnes décisions. Les changements que nous avons apportés en interne n’auraient pas été acceptés si les décisions n’avaient pas été prises collectivement.
L’idée reçue est que nous ne sommes pas une vraie entreprise, que nous n’offrons pas de vrais métiers. Il est vrai que le travail n’est pas facile, mais il est rémunéré avec des avantages sociaux. Et puis chez nous, les travailleurs sont considérés.
La première considération est de ne pas se dire que la personne est différente quelque soit son profil. On recrute de manière permanente. Nous avons 160 personnes qui travaillent dans le groupe dont la moitié en CDI.
Nous avons une stratégie de qualité qui vient par rapport au projet social de l’entreprise. Ces hommes et ces femmes que personne ne voulaient sont capables de fournir un travail de qualité et de créer de la valeur sur le territoire et derrière de se réinsérer durablement dans des emplois pérennes.
Il y a tout un écosystème de prescripteurs qui vont envoyer ces gens chez nous et même des personnes qui viennent en candidature spontanée. Nous sommes aussi attentifs à ne pas proposer une expérience qui soit dévalorisante pour la personne…

Vous définiriez vous comme une entreprise écologique ?
Le message qu’on s’est donné est de “permettre l’avenir”.
Il peut se décliner de plusieurs manières : d’abord préserver les ressources et permettre l’avenir des personnes en insertion, car pour nous, il n’y pas de personnes inemployables, il n’y a que des personne inemployées. Ainsi, notre enjeu est de montrer à tout le monde qu’il est possible d’employer ces gens et de se développer avec du résultat. Ce qui est atteignable pour tout le monde…
La coopération irrigue notre territoire historiquement et c’est une philosophie d’action d’avenir : “Tout seul, on va plus vite, ensemble on va plus loin” (proverbe africain).
Pour moi le territoire est un écosystème où il faut de la diversité, donc des entreprises différentes dont l’ESS fait parti. Il suffit de discuter avec des chefs d’entreprise pour voir que nous partageons certaines valeurs, quelque soit le statut de l’entreprise qui en lui même ne garantit rien. Nous nous sommes donnés comme moyen d’action la coopération et de montrer que tout le monde a sa place sur le marché de l’emploi et que l’entreprise peut être un facteur fort de la transition énergétique.

Vous avez un discours optimiste sur l’écologie qui tranche avec le discours ambiant qui est plutôt anxiogène…
Je suis chef d’entreprise, quand la science me dit que telle chose est recyclable à 100%  ou qu’on ne peut pas le recycler, je dis, vous avez raison et je suis persuadé que si on ne fait rien, on court à la catastrophe. Je crois donc au quasi consensus scientifique.
Mais il y a deux solutions par rapport à ça : soit on subit, soit on agit.
Notre entreprise est née de gens qui refusaient de subir la fatalité. Le Jura et notre territoire ont toujours refusé la fatalité. Par exemple quand les fermiers s’unissent en coopérative pour vendre le lait, ils se donnent des moyens d’agir et la capacité de transformer le monde. Quand dans notre métier on valorise 90% des déchets, ce n’est pas pour dire “on est les meilleurs”, c’est pour dire “c’est possible”.
Il faut dépasser le stade de faire des constats et donner l’envie d’agir par les gens et pour le territoire.
Il faut donner adopter un discours de vérité et donner des armes pour le comprendre et pour agir. Il faut donner une vraie valeur aux choses. Par exemple le prix du carburant ne reflète pas le coût de toute la pollution qu’il engendre. On entend dire que le recyclage coûte cher, oui car il y a des gens qui travaillent sur des process de recyclage. Mais combien ça rapporte de ne pas extraire de nouvelles ressources du sol, de ne pas creuser plus profond dans les mines ? Il faut donner le vrai prix des choses et se l’approprier. Il faut expliquer ce qui est possible et ce qui ne l’est pas. Chacun a un rôle à jouer.

Quelles sont vos perspectives d’avenir ?
Nous avons un cœur de métier et voulons développer l’existant, le but n’est pas de grandir pour grandir mais de s’améliorer, et faire mieux les choses. Comme pour l’insertion, mieux intégrer les gens. Un des gros enjeux est les déchets du bâtiment et ce que nous pouvons  proposer dans ce secteur qui va nous permettre de créer de l’emploi en préservant l’environnement. Nous allons aussi continuer de porter ce message fort de l’entreprise ESS. Nous faisons un métier qui n’est pas délocalisable mais qui est copiable, nous adorerions être copiés…
Nous ouvrons nos portes aux écoles, aux entreprises et aux collectivités pour faire constater que nous sommes dans un monde qui produit beaucoup de déchets. Demain nous irons peut-être vers la réparation.

Finalement, quel message voudriez-vous faire passer ?
Notre métier a du sens, les gens travaillent dans des conditions optimales, dans des cabines, à l’abri des poussières, avec des équipements de protection. Nous ne sommes pas là pour dégrader la santé des gens qui travaillent pour nous. On a intérêt à donner du sens au travail et à expliquer que ce n’est pas juste trier, mais c’est éviter l’extraction de nouvelles ressources. Tout ce qui est recyclé a un impact très fort !
Par exemple les déchets électroniques sont des mines urbaines car il y a plus de concentration de métaux précieux que dans les mines. Rentrer dans des logiques circulaires est important. La responsabilité est aussi l’éco-conception qui fait que les machines sont faciles à réparer ou à recycler. On est là pour monter que c’est possible.
Nous sommes attachés à notre territoire qui est un bien commun que l’on partage, on a tous envie qu’il aille mieux et de travailler ensemble pour l’intérêt général.

Quelques chiffres :
-160 employés
-Chiffre d’affaire : 10 millions
-40 000 tonnes de déchets traitées par an
-1000 personnes accompagnées depuis 1993 dont 64% ont retrouvé un emploi durable
-Un site industriel de 22 00 m2 dont 16 000 couverts

Photos : Groupe Coopératif Demain