Grands mots… Grands remèdes…

Charivari

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Gérard Bouvier.

Pour évoquer la sérénité, le calme, la paix nous avons des mots simples aux racines facilement traçables : serenitas, kauma, pax.
Mais pour désigner l’agitation, le désordre, la pagaille et la cohue qui règnent dans nos médias parmi les déclarations de nos politiques et scientifiques, il faut faire appel à des mots plus complexes et aux origines souvent exotiques. Ces mots ne manquent pas d’allure et je vous en confie quelques-uns.
Le tohu-bohu nous vient d’une locution hébraïque employée dans la Genèse pour désigner le chaos qui régnait avant la création du monde. Comme si la création du monde avait mis fin au chaos !
Le brouhaha était au XVIème siècle le cri du diable pour provoquer la terreur.
Le tintamarre résulte vers 1490 des bruits obtenus en frappant des tambours et des poêles. C’est ce que faisaient nuitamment nos ancêtres à la chasse aux ramiers pour les étourdir par ce tapage nocturne, cet esclandre, cette pétaudière, ce raffut.
Sous d’autres cieux, sont nées d’autres pratiques. Le ramdam, le barouf, le souk, le boucan et tout le fourbi nous montrent que d’autres savent aussi mettre le bazar et le foutoir.
Mais dans tout ce remue-ménage, cette cacophonie, ce pataquès, ce grabuge on ne nous enlèvera pas -à nous autres comtois- que nous sommes, depuis plusieurs siècles, maitres dans l’art et l’usage du charivari ©.
Après la Révolution, Jouffroy, député de Pontarlier fut la cible de la vindicte populaire et d’un mémorable charivari qui mobilisa 200 soldats pour le faire taire. Las ! Les trublions encartés à qui l’on avait appris un peu vite à crier : « à bas le doctrinaire ! », crièrent : « à bas le poitrinaire ! ».
On avait échappé de bien peu à : « à bas le dictionnaire ! ».
L’erreur fit grand bruit. Mais n’est-ce pas la vocation d’un charivari ?