Grands mots… Grands remèdes…

La vie des mots

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Gérard Bouvier.

Nos mots évoluent. Certains ont déçu et sont déchus. D’autres apparaissent qui les remplacent, les complètent, ou les nuancent. Parfois nos mots se perdent dans le courant du temps qui passe, et reviennent s’échouer quelques siècles plus tard, méconnaissables et dans un état d’usure qui fait peine à entendre.

Le mot cluster, tellement utilisé de nos jours, nous vient d’Angleterre. Du temps de la libre circulation ! Il est construit sur une vieille racine latine d’enfermement cl- qui a essaimé en Europe : les klöster sont des couvents en Allemagne, klister c’est la colle en suédois et klioutch c’est notre clé dans la langue de Pouchkine et Poutine.

En français nous avons le cloître, lieu clos, devenu chez les francs un monastère. Mais aussi la clôture, les claustras, la cloison, l’écluse.

Mais les expressions évoluent aussi. Et même notre compréhension s’affine et se précise.

Je viens d’un siècle où nous disions « je ne comprends pas que… ». C’était un aveu de faiblesse. Nous le disions en baissant les yeux et en sollicitant timidement une explication. Ne pas comprendre c’était être, au sens latin du terme, un imbécile. Celui à qui manque (im-) une béquille où s’appuyer (bequillus), une explication pour comprendre. L’imbequillus devint l’imbécile. Et nous tentions de cacher la boiterie de notre pensée.

Aujourd’hui sur les plateaux télé les « je ne comprends pas que… » d’experts auto-proclamés déferlent entre deux furets point com. L’expression a perdu toute modestie et se déclame sur le ton de la colère. Le sens de la locution s’est inversé. Celui qui ne comprend pas c’est celui à qui des imbéciles ont dit des balivernes.

Au moins, la confiance en soi progresse.