Grands mots… Grands remèdes…

Qui portera les cabas ?

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En 1876, le dessinateur Reiber propose à Larousse la fleur de pissenlit comme emblème des dictionnaires qui feront sa fortune. Les akènes du vocabulaire se sèment à tout vent sous le souffle de La Semeuse. Les mots sont légers et sont faits pour saupoudrer nos discours.
C’était avant.
En 1978, apparait, inventé par Jean Cau, cette devise de Paris-Match, « le poids des mots, le choc des photos ».
On l’ignorait encore, mais nos mots allaient devenir de plus en plus pesants. Jusqu’à devenir des fardeaux.
Comparez le port du masque à celui de l’étoile jaune et vous aurez un article d’une demi page dans le journal avec votre photo pour illustrer ce propos héroïque. Traitez les policiers de nazis et voilà un sous-titre au 20 heures. Proposez des habitudes de consommation plus prudentes pour la prévention des morts évitables, et vous serez les ayatollahs du système de santé. Ou les talibans, ou les khmers… C’est selon les arrivages.
Tuer et violer en douzième récidive n’est pas très élégant et pourrait donner lieu à reproche, mais que dire de celui qui fait feu de tout bois et saisit l’occasion pour évoquer des « sauvageons » ou suggérer un « d’ensauvagement ». Là ça n’est plus l’attitude inadaptée d’un violeur opiniâtre, c’est carrément une stigmatisation abominablement outrancière et apocalyptique. Vous voilà cloué aux piloris des bien-pensants !
Et peu importe que ces mots viennent d’ « ensalvagir », dès le XIIème siècle, quand émergea notre belle langue.
Mettons-nous à l’abri du reproche. Adoptons la langue des signes. Le marché du jeudi gagnera en pittoresque.
Mais qui portera les cabas ?