Grands mots, grands remèdes…

Ultracrépidarianisme

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Un prix Nobel sait-il réussir un œuf mollet ?
La question m’obsède ce matin.
Quitte à décevoir je ne détaillerais pas la règle des 3/6/9 : 3 minutes pour un œuf à la coque, 6 minutes pour un œuf mollet et 9 pour un œuf dur.
Où l’on voit bien que les choses les plus simples demandent de les avoir étudiées. Pour les choses plus compliquées c’est bien pire encore.

En ces temps périlleux nous avons rencontré sur nos médias des prophètes venus nous détailler longuement le comment faire. Beaucoup avait étudié la médecine et ses spécialités en peu de quarts d’heure et nous enseignaient, sans timidité, la meilleure solution pour la survie pérenne et douillette de nos peuples si mal gouvernés que ç’en est une pitié.

En l’an 77 de notre ère, Pline l’Ancien nous le raconte. Un cordonnier s’approche du peintre Apelle et lui signale une erreur dans sa représentation d’une sandale. Fort de ce succès, il dérive sur d’autres aspects de la peinture et conseille encore. Le voilà qui s’éloigne de son domaine de compétence.
Le peintre, piqué au vif, rétorque : ne supra crepidam sutor iudicaret (un cordonnier ne devrait pas donner son avis au-delà de la chaussure). En comtois : « Vois-le-moi ce bécasu ! Un dadoulet qui n’y comprend goutte et qu’est là de douiller… et qui se croit, en plus du reste ! »
Il est dommage que ce lointain et latin conseil ne soit pas plus souvent adopté. Et singulièrement sur les plateaux télé.

Crepida étant la sandale on appelle maintenant ultracrépidarianisme cet excès de confiance qui nous pousse à parler doctement des sujets dont nous ignorons l’essentiel.

Mais je n’en dis pas plus de peur -à mon tour- de m’outrepasser la chaussure.