Grands mots… Grands remèdes…

À vos souhaits !

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Gérard Bouvier

Si nous avons été nombreux à nous la souhaiter bonne et heureuse ! Et la santé aussi !
Quelques hypocrites nous l’ont souhaitée « bissextile ». Un vœu biaisé qui cache bien des embarras et des simagrées.

Mais je sais pourquoi je hais nos souhaits !

Ce mot tarabiscoté, ces trois syllabes heurtées et bien mal enchaînées : « sou-hai-ter » ; entendez-le ce mot qui nait dans la dissonance et la cacophonie alors qu’il se veut porteur de promesses ; « sou-hai-ter » ce mot né au forceps qui résonne si mal et déraisonne si bien… Ce mot qui se vrille, convulse, plane et finit par s’étiaffer sur une joue glabre et bien aimable. Et vous de même.

Tous ces vœux s’envolent au vent de janvier avant que les préoccupations ordinaires, l’indifférence obscène, la conjoncture décevante et les bouleversements climatiques ne reprennent leurs droits et devoirs.

Mais je sais pourquoi je hais nos souhaits !

Malheur à celui qui éternue ! Il prendra de plein fouet les éclaboussures d’autres souhaits encore !
Quand j’avais cinq ans et que les pollens me taquinaient les narines jusqu’à l’éternuement, ma grand-mère disait : « Que Dieu te bénisse ! Qu’il te donne cinq sous et à moi dix !» Et pour peu que je l’aie mérité elle ajoutait « qu’il te fasse le nez comme j’ai la cuisse ! »

La cuisse de ma grand-mère visible comme le nez au milieu de ma figure ! Et grâce à Dieu ? À cinq ans ? L’âge du besoin d’être reconnu, d’être aimé. Mon nez devenu plus qu’un cap, plus qu’une péninsule… Mon nez devenu une cuisse de ma grand-mère !

Je sais pourquoi je hais nos souhaits.