Grands mots… Grands remèdes…

Youpi !

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Gérard Bouvier.

Je sortais, enjoué, du Centre de vaccination. « Youpi ! Une bonne chose de faite ! ».
Je venais de clamer in petto et pour mon seul usage ce « Youpi ! » et j’en fus le premier surpris ! Qui oserait encore en 2021 utiliser ce cri étrange pour témoigner d’une satisfaction bien naïve. L’exclamation est démodée et il n’est guère étonnant que celui qui la bredouille en soit à sa troisième dose. Celle suggérée aux anciens au prétexte de la sénescence… de leur immunité.
Je cherchais à ce « youpi ! » d’un autre temps une alternative plus tendance et qui serait mieux en accord avec les progrès scientifiques contemporains. Mais, hélas, les mots sont comme ceux qui les prononcent : ils vieillissent et se dérobent les uns après les autres, inexorablement… Et le vaccin anti-âge n’existe pas.
J’aurais pu dire chouette ! Mais quelle est grande la distance, à vol d’oiseau, entre un vaccin à ARN-messager et notre rapace nocturne !
Ou alors formidable ! Devenu après 1968 très en vogue et couramment utilisée chez les jeunes. Mais 68 est bien loin, les jeunes sont en EHPAD et le mot a sombré depuis longtemps dans les commodes, buffets ou confituriers de leurs grands-mères.
Au poil ! ne manquerait pas de piquant. Car le poil -et le quart de poil plus encore- évoquent la perfection et la précision d’une tâche menée à bien…
Toutes ces interjections ont des relents du passé.
Vouaille ! est un régionalisme séduisant qui marque l’admiration teintée de surprise.
Mais difficile encore d’échapper à son image vieillotte et surannée.
Il faut te résigner à des substituts anglo-saxons, me souffle mon petit-fils : cool ! nice !… feront grave l’affaire.
Ou bien oouaais ! À condition de faire taire son correcteur orthographique et de l’accompagner d’un geste du bras ferme et de haut en bas, poing fermé.
Les mots me manquent. Les bras m’en tombent.