Fred Mazuir : un artiste en manque de reconnaissance

Sa peinture lui ressemble. Elle a de l’envergure, de la puissance, de la couleur, de la rigueur aussi. Elle est passée, comme lui, par beaucoup de courants, de mouvements, d’idéaux, d’expériences. Sa sculpture aussi ! Il faut le découvrir. Nécessairement.

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Tout le monde ne pousse pas la porte du petit atelier de Fred Mazuir. Il s’agit d’une pièce dans sa maison de Longchaumois, dans laquelle il exerce sa passion pendant des heures. Mais son rêve serait qu’une ancienne usine désaffectée soit mise à sa disposition, afin de faciliter son travail.

Fred Mazuir apprécierait ce geste, lui qui souffre tant d’un manque de reconnaissance. Entier, passionné, l’artiste en oublie d’écouter les louanges des trop rares Jurassiens qui s’intéressent à son œuvre.

Un fonctionnement par séries

Ses œuvres, devrait-on dire. Car Fred Mazuir a cela de surprenant qu’il excelle aussi bien en peinture qu’en sculpture et qu’il se refuse à avoir un style. Il fonctionne par séries. Il a enchaîné les périodes : figurative, très figurative, pop art, marouflage (du papier froissé, collé et peint), peinture en 3D, peinture au ciseau, peinture sur résine, copies de maîtres.

Le Haut-Jurassien a démarré en 1950, à l’âge de 6 ans. « Mon père me disait : « Prends un crayon et dessine ! » et c’est comme cela que j’ai pris goût au dessin. » Le septuagénaire raconte ses débuts. En peinture, du traditionnel : natures mortes, portraits, marines. En sculpture, présenté au titre des Meilleurs ouvriers de France : inspiration gothique (moines, vierges, pleurants) puis après des critiques (« tu fais du religieux ») des sculptures inspirées par l’Américain Moore. Ses grands thèmes : la famille, le couple, l’enfant, l’amour…

Sa peinture fut d’abord très figurative, ensuite pop art d’après ses dessins, puis Fred Mazuir commença le contemporain pendant quelques années, revint à ses premiers amours à savoir le figuratif, tout en lui ajoutant sur ses petits bonhommes de la résine pour donner du relief.

« Effectivement, après un grave accident où je perdis un œil et restai aveugle quelques mois à l’hôpital, j’appris le braille et je promis aux enfants, aveugles comme moi, que dès que je sortirais de l’hôpital, je leur ferais leurs tableaux. Ce qui fut fait », explique-t-il.

Après de nombreux prix et de nombreuses critiques positives, Fred Mazuir décida de se libérer. C’est ainsi qu’il a créé plus de 300 dessins contemporains. « J’avais déjà une première tranche de 3 000 dessins en archives. Je terminerai certainement ma vie sur des toiles contemporaines », conclut l’artiste, qui s’inquiète de laisser après lui des centaines de toiles, des centaines de dessins, ainsi que des collections privées comme 120 aquarelles sur les animaux du Jura.

Il veut transmettre…

Rentrer dans son atelier, c’est en découvrir une infime partie et repartir pourtant tellement riche. Des œuvres ont bien sûr été achetées. « Quand je vois partir un tableau, c’est un peu de moi qui s’en va », soupire-t-il. Il faut absolument voir Fred Mazuir à son travail (qu’il partage en musique), imaginer ce qui lui passe par l’esprit, observer son visage, son geste, ressentir sa puissance…

Transmettre son savoir, tel est son objectif. Cet autodidacte a rencontré une foule de personnages importants : Dali, Buffet, Folon, Toffoli, Mick Michel… Il a été remarqué par l’Académie « Greci Marino » de Milan qui l’a nommé « Chevalier Officiel Académique » et par l’Académie « Marzocco » de Florence qui l’a nommé « Académicien avec Grand Collier ». Fred Mazuir reste en attente de reconnaissance. L’Art Show Paris 2019, duquel il a ramené une médaille d’or, ne lui a pas suffi. Fred Mazuir se sent trop petit. Il est trop grand !