Françoise Desbiez, la plume aux quatre vents…

Des figures du Grandvaux aux artistes, des chats aux sapins, des rivières aux maisons, Françoise Desbiez c’est tout un art du récit et de la description, qui vous fait rentrer tout ce joli monde chez vous par la magie de la lecture.

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Dans le Jura, le Grandvaux est un territoire littéraire. Auguste Bailly y laboura les caractères du pays, André Besson est passé par là (Les Rouliers de la Bérézina), Bernard Clavel aussi (Meurtre sur le Grandvaux). On évoque aussi Numa Magnin. L’héritage littéraire du lieu, et d’autres contrées du pays jurassien, s’écrit avec Françoise Desbiez dont le destin s’est envolé un jour de 1998 où fut publié Terre et gens du Jura. Un récit peuplé de personnages (vrais) que même Marcel Aymé n’aurait pu inventer. Il y avait le Raymond, le Saturnin, le Napoléon, le comte de Choquet et bien d’autres… sans oublier Louis, patron de l’extravagant café du Casino des Chauvins, ce genre de lieu qu’aucun radar de l’INSEE ne pouvait répertorier dans des normes connues.

Françoise Desbiez : « Tout le monde me disait qu’il ne fallait pas écrire sur des gens vivants ». ©DR

Dans la vie de Françoise Desbiez, il y a eu un avant et un après ce livre. Elle se souvient : « Tout le monde me disait qu’il ne fallait pas écrire sur des gens vivants et je craignais les réactions des ‘modèles’. Peut-être qu’ils s’attendaient à pire, peut-être qu’ils n’étaient pas fâchés d’exister dans un livre, ‘’Tu vas gagner l’immortalité’’ les exhortait le Louis. Il y a eu les pisse-froid qui disaient que le Casino n’était pas le centre du Grandvaux, ce qui n’est pas faux. Mais le Casino à l’époque, c’était la chaleur humaine, et c’est ce que je voulais raconter. Il y a eu avant et après Terre et gens, disons qu’après, j’ai trouvé ma place en ce monde. La vie était plus riche, de rencontres, d’émotions, de passions. J’ai fait d’autres livres, sur d’autres sujets parce que je ne voulais surtout pas me laisser enfermer sous une étiquette ».

Quand on aime le Jura et les chats, voilà un livre très recommandé à l’heure de choisir des cadeaux de Noël.

Vous allez mieux la connaître à travers un questionnaire à la manière de Marcel Proust ou Bernard Pivot. Une rencontre avec un écrivain qui aime le vent et laisse toujours joliment s’envoler ses mots, ses phrases aux quatre vents. Laissez les se glisser sous votre porte ou entrer par les fenêtres.

Jean-Claude Barbeaux

 

Encadré 1

 

Le questionnaire du Mag39

 

Une des dates que vous n’oublierez pas ?

Printemps 1977 dans le hameau des Chauvins à Grande-Rivière, on s’abrite de la pluie dans une ferme abandonnée, une vraie ferme d’antan avec une charpente comme une cathédrale, et je tombe amoureuse de cette maison. Quelques mois plus tard, je suis assise dans la cuisine de cette maison, sur les marches de l’escalier (raide) et je l’imagine blanche et lumineuse (avec presque pas de murs, comme dirait Brel). Elle ne sera jamais blanche, pour cause de fumée, et lumineuse non plus, jusqu’à l’arrivée de la véranda. Mais c’est le début d’une folle aventure avec les gens d’ici, et les chats. La maison m’a appris l’obstination.

Les personnalités littéraires qui vous ont influencée ?

Louis-Ferdinand Céline, Boris Vian, Pierre Gascar, Léo Ferré. On peut dire Jacques Brel et Brassens aussi.

La première émotion littéraire ?

Baudelaire, Les fleurs du mal, parce que ce n’était pas vraiment interdit mais mal vu à la maison.

Quels classiques de la littérature auriez-vous aimé écrire ?

Voyage au bout de la nuit , de Céline, L’écume des jours de Boris Vian, Le livre de ma mère d’Albert Cohen, L’amie prodigieuse d’Elena Ferrante et plein d’autres.

Mots préférés ?

Hurlevent, Engoulevent, j’aime les mots où il y a le vent.

Des mots d’antan ou des expressions que vous aimez ?

Les neiges d’antan, c’est joli et il y a tous les mots de la Comté : s’émeiller, se momicher, aller en champs les vaches, un murger, une arsouille, etc.

Les films que vous aimez revoir ?

Autant en emporte le vent, bien sûr, Les amis de Peter de Kenneth Branagh, La vie est belle de Frank Capra.

Une devise, phrase ou citation que vous aimez ?

« Demain, le soleil brillera encore » dit Scarlett O’Hara, ou « demain est un autre jour », cela dépend des versions. Il y avait une chanson de Mort Shuman qui disait « Si tu ne renonces jamais à rien, tu ne vieilliras pas, c’est certain ». La vérité, c’est qu’on est obligé de renoncer parfois, alors on vieillit, mais c’est un bon principe.

Votre juron, gros mot favori ?

Vingt-dious !

Le son, le bruit que vous aimez ?

La cloche du Casino, les cloches des vaches, les cloches en général, parce qu’elles racontent l’ambiance, la vie. La cloche du Casino est chez moi maintenant et j’en connais qui viennent juste pour l’écouter ! Mais il y a aussi le vent dans les sapins, le bruit de la mer, la voix d’Amstrong qui chante « What a wonderful World »

Le son, le bruit que vous détestez ?

Le bruit des avions qui passent le mur du son, celui des fusils, des portes de prison. Il y a aussi le beuglement du taureau la nuit, quand vous êtes au milieu des bois sous une petite tente de camping et que vous croyez entendre un ours.

Couleur préférée ?

Bleu.

La plante, l’arbre ou l’animal dans lequel vous aimeriez être réincarné ?

Mais je ne veux pas être réincarnée ! Ou alors en humain qui est après tout une sorte d’animal

Une artiste du Jura à découvrir ou à redécouvrir ?

Josette Coras

Si on donnait le nom d’un symbole du Jura (arbre, cépage, lieu…) à un signe du zodiaque, lequel choisiriez-vous et pourquoi ?

Le sapin, parce que quelqu’un m’a dit « grâce à toi, je sais pourquoi j’aime les sapins ». C’est peut-être cela le boulot de l’écrivain : raconter le pourquoi des choses.

Cancoillotte nature ou à l’ail ?

À l’ail !

 

Encadré 2

 

Bibliographie

-Terre et Gens du Jura*, Édition Cabédita. 1998. Prix Louis Pergaud 1999

-Des Sapins dans la Tête*, Édition Cabédita. 2000

-Le Bois dans le Paysage*, Éditions Arts et Littérature. 2000

-Balade Ferroviaire à travers le Jura*, Éditions Arts et Littérature. 2001

-Troubles à Froidecombe, Éditions Arts et Littérature. 2002

-À table avec le Comté, Ouvrage collectif. Editions Tigibus. 2002

-La Bienne (avec Emmanuelle Brémond), Éditions Tigibus. 2004

-Châteaux de Franche-Comté : Jura*, Éditions Arts et Littérature. 2004

-Terre de couleurs, Reverchon Éditions. 2006

-Le jouet, histoire d’un objet de rêve*, Edition Cabédita. 2007

-Histoires d’un médecin jurassien : François Perrodin, Presses du Belvédère. 2009

-De sable, de mer et de vent*, Edition Siloé. 2010

-Jean de Watteville : l’abbé aux mille visages, Edition Cabédita. 2010

-Balade Ferroviaire à travers le Jura*, Réédition Cabédita. 2010

-La maison dans le paysage*, éditions Mon Village. 2011

-Il est si joli le parler de la Comté, édition Cabedita, 2011

-Il était une fois le Casino des Chauvins*, éditions Engoulevent, 2011

-Josette Coras, une artiste à Baume-les-Messieurs*, éditions Engoulevent, 2012

-Des familles comtoises, Desbiez, Reverchon, Gerrier, Lecourbe*, éditions Engoulevent, 2014

-L’île des trois Pachydermes (pour enfants)*, éditions Engoulevent, 2014

-Chats du Jura, éditions Engoulevent*, 2016

*Avec des photos et des illustrations d’Alain Michaud.

Contact : francoise.desbiez0783@orange.fr