« Les urgences sont en train d’exploser »

100% du SMUR Jura-sud a été fermé et les urgences sont exsangues : une situation grave et inédite due à l’absence d’un personnel « au bout du bout ». Et au pourrissement du conflit lié à la mort programmée du SMUR 2 Jura sud.

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Les soignants des urgences Jura sud ont mis en scène le suicide collectif auquel on les pousse. Un appel au secours désespéré.

Il ne fait pas bon avoir un accident ou être en détresse vitale depuis le 28 mai, dans tout le secteur du sud Jura ! De Poligny à Saint-Amour et de Doucier à Louhans, aucun SMUR Jura-sud à l’horizon. Et pour cause, les deux équipages (sur deux) ont été fermés par la direction de l’hôpital de Lons face à une situation exceptionnelle. Selon Eric Loupiac, délégué de l’AMUF 39 (association des médecins urgentistes), 2 des 3 médecins de garde étaient en arrêt de travail, un sous-effectif également patent chez les infirmières. Conséquence, les potentielles situations de détresse ont du être confiées à des SMUR extérieurs au secteur (Champagnole, Saint-Claude, Bourg, Dole…) d’où une mise en danger pour la vie des dizaines de milliers de jurassiens protégés habituellement par ces 2 SMUR. « Je vous laisse imaginer les délais d’intervention » s’est emporté Eric Loupiac, ajoutant le surlendemain que : « Les SMUR de Champagnole et Dole ne sont pas venus, car ils sont eux-mêmes sous tension ». La situation de crise du centre hospitalier Jura sud fait tache d’huile, comme en témoigne, fait nouveau, « un mouvement de grève aux urgences de Champagnole ». Sur la plan régional la CGT “Santé et Action Sociale” Bourgogne Franche-Comté estime que “la situation est catastrophique dans les services d’urgences, SAMU et SMUR de : Chalon, Mâcon, Montceau, Autun, Le Creusot, Auxerre, Lons le Saunier, Saint-Claude, Besançon, Pontarlier”. La maison SMUR brûle, mais c’est l’immeuble urgences qui s’embrase. En plus du SMUR fermé à 100%, les urgences elles-mêmes ont failli fermer par manque de personnel encore valide. « Les urgences du Jura sud sont en train d’exploser ! » résume Eric Loupiac qui a demandé au nom de l’Intersyndicale AMUF-CGT-FO, « l’ouverture immédiate de négociations sous l’égide d’une médiation du Ministère des Solidarités et de la Santé ». Une demande que l’Agence Régionale de Santé (ARS) Bourgogne Franche-Comté traite selon Eric Loupiac par le plus grand mépris. Chaque appel au secours des urgentistes Jura-sud se heurte à un véritable mur. La grève des médecins urgentistes qui dure depuis le 7 décembre 2018 (soit plus de 6 mois) n’a débouché sur aucune proposition de nature à assurer la sécurité des patients selon Eric Loupiac. Hormis un éventuel hélicoptère déjà très sollicité et qui ne vole pas en cas de brouillard, de fort vent, de neige : aucune avancée.

Et si demain, plus personne ne vous soignait ?

Jour après jour, la situation ne fait donc que pourrir et s’envenimer : « Le personnel maltraité est de plus en plus démotivé, voire dégoûté de venir au travail » témoigne Eric Loupiac. « Tout le monde s’en va, il y a un malaise général qui -fait nouveau- affecte même des administratifs » renchérit Rachid Hiebous, secrétaire départemental CGT, citant en exemple plusieurs départs prématurés. « Ce sont les patients qui en pâtissent » ajoute-t-il, car les rangées de brancards parqués en épis (« ça prend moins de place ») dans les couloirs des urgences de Lons révoltent les soignants. Au-delà de ce couloir de la honte, tout le monde pense au pire : les décès de patients qui ne manqueront pas de survenir dans ce contexte (voire qui sait le ou les suicides au sein d’un personnel à bout). Et si demain, plus personne ne soignait vos enfants, vos parents, vos proches ? Et si les souffrances et la mort étaient demain le lot commun d’une société qui s’enorgueillit par ailleurs d’être toujours plus « civilisée » ? Une question abyssale qui mérite d’être posée et débattue. Malgré le silence assourdissant de certains politiques, les urgentistes et le personnel se battent comme des lions et appellent la population à ne pas être complice de « crimes » évalués à environ 40 morts par an (pour la seule fermeture du SMUR 2).

Des médecins réquisitionnés par le préfet

Face à la gravité de la situation, l’ARS Bourgogne Franche-Comté a répondu par communiqué que « des mesures de réquisitions de personnels ont dû être prises par le préfet dès le 28 mai pour faire fonctionner le service des urgences…/… et garantir la permanence des soins. Ce service reste accessible 24 heures sur 24. La couverture SMUR du territoire est assurée avec les moyens des SMUR limitrophes et les moyens d’intervention » des pompiers du Jura qui ont été renforcés en conséquence. De son côté, la direction du centre hospitalier Jura sud a expliqué le 31 mai « qu’elle a prévu un nouveau temps d’échange avec les personnels pour trouver dans les plus brefs délais une issue favorable. La maison médicale de garde, dont les effectifs ont été renforcés, reste ouverte de 10 heures à 22 heures. Il est rappelé qu’avant tout déplacement vers le service des urgences, les patients sont invités à composer le 15 ».

A suivre, « Le Jura de bas en haut »

Défi multisports (date à préciser) visant à relier le point le plus bas (grotte) et le plus haut du massif jurassien (crêt Pela). Les relais seraient effectués par des personnes sauvées par le SMUR ou des volontaires  en spéléo, à pied, à vélo, en canoë-kayak, roller, cheval, escalade, voile, etc.  Des goodies sont également en vente auprès de l’association « Du blanc pour sauver des vies » afin de financer ses nombreuses actions.

Contact : Facebook « Du blanc pour sauver des vies »/ Twitter « Patients Jura ».
Pour signer la pétition « Contre la fermeture de la deuxième ligne du SAMU de Lons-le-Saunier » : www.change.org