Etat d’urgence aux urgences

Tandis que le SMUR 2 Jura-sud organise une manifestation massive pour sa survie, d’autres services d’urgences traversent de grandes difficultés. Un grand débat à Dole a permis de faire le point sur cet enjeu vital de santé publique.

2503
La réalité : un couloir des urgences où 19 brancards s’alignent façon « Tétris ».

 

L’urgence d’un meilleur avenir

Les urgences ? Dernière planche de salut, dernier espoir pour beaucoup : « Il n’y a pas d’avance de frais, et il y a toujours de la lumière » 365 jours par an et 24h sur 24 ajoute Sylvain Gibey, chef des urgences de l’hôpital de Dole. Pourtant, ces urgences qui soignent, qui sauvent n’ont jamais été aussi malmenées, menacées, voire supprimées. Dans le cadre du grand débat national, 200 citoyens, professionnels de santé et élus ont fait le point à Dolexpo sur leur présent et surtout leur avenir. Explications.

Trop de patients admis

Pour Thibaut Demestre, chef des urgences du CHRU de Besançon, « Le service est victime de son succès ». En cause, le manque de solutions alternatives : coopération avec d’autres structures, d’autres professionnels, création de maisons de santé, etc. A ce sujet, Sylvain Gibey a donné en exemple la maison médicale de garde accolée au service des urgences à l’hôpital de Lons-le-Saunier. « J’aimerais avoir la même » a-t-il souhaité, mais les négociations avec les médecins généralistes ont achoppé sur les tours de garde… Un généraliste de Dole a même confié (hors débat) : “Tant que des maisons de santé avec un ou plusieurs médecins de ville de permanence ne seront pas ouvertes 24h/24, les urgences seront dans cet état de surcharge. Le problème c’est que personne (élus, syndicat de médecins, propriétaires fonciers) ne prend le taureau par les cornes, et que la situation pourrit depuis 25 ans… » .

La régulation et les nœuds gordiens

Face à des moyens qui se réduisent, il revient à la régulation (centre 15) basée à Besançon la lourde responsabilité de résoudre la « quadrature du cercle ». Estimer en 5 minutes la nature et le degré d’une urgence, envoyer les moyens adéquats, etc. Un exercice qui risque de devenir critique dans le Jura sud, puisque l’ARS (agence régionale de santé) souhaite faire disparaitre un équipage de SMUR (SMUR 2), pour des raisons financières selon les urgentistes concernés. « La régulation n’aura qu’une seule cartouche à tirer » explique Sylvain Gibey. Elle sera peut-être donc moins encline à faire sortir le seul et unique SMUR estime le patron des urgences…mais il y a toujours un responsable médico-légal devant la justice en cas de faute avérée. Le patron des urgences de Dole soutient donc ses collègues de Lons : « Le SMUR Jura sud doit avoir 2 lignes compte tenu de ses spécificités géographique, et de sa position d’hôpital support pour Morez, Saint-Claude, Champagnole, etc. ». A l’inverse, il a décrit Dole comme un secteur plus facile à couvrir : Dole est à 30 minutes de deux CHRU et l’hôpital jouit selon lui d’une position centrale au sein de son secteur, à forte densité de population.

Donner sa vie pour celle des autres

Urgentiste n’est pas un métier : une vocation. Selon Thibaut Demestre, « c’est un choix de vie. Il faut accepter des contraintes très fortes. La mort aux urgences, on n’y est pas préparés ». D’autant plus que les gardes peuvent atteindre 24 h : un marathon qui exige des capacités physiques, morales, psychologiques à toute épreuve. Alors parfois certains craquent, comme cette urgentiste à l’hôpital de Lons confrontée à trois décès successifs (accident de la route très violent, décès d’un enfant, etc…). Ou une interne aux urgences d’un autre hôpital qui aurait eu à choisir « qui elle devait sauver ». « Ce jour là, elle a presque failli abandonner sa vocation » a témoigné son ami au cours des débats. Les infirmiers et les brancardiers aussi sont mis à rude épreuve : l’un d’eux, dolois, a fait remarquer une dégradation permanente des conditions de travail depuis plusieurs années. Des citoyens et des élus se mobilisent donc pour leur venir en aide, avant qu’il ne soit trop tard.

A suivre : « Sauvons le SMUR 2 Jura sud ». Manifestation devant l’ARS de Dijon (2 Place des Savoirs) le vendredi 5 avril à 15 h.

 

L’avis de Pascal Jobez, médecin généraliste et adjoint au maire chargé de la santé…

 

Pascal Jobez

Pascal Jobez, depuis des dizaines d’années, qu’il s’agisse des soignants ou des patients, les services d’urgence subissent une dégradation constante… Pourquoi rien n’est réellement entrepris afin de pallier à cet effroyable état de fait ?
Je pense qu’effectivement la situation s’est progressivement dégradée au cours des 30 dernières années, car d’un côté, comme le dit le chef de service des Urgences du CHU Besançon, les Urgences ont été victimes de leur succès, et dans le même temps on n’a pas “filtré ” les entrées. Ainsi on peut très bien se rendre aux Urgences pour une gastro comme pour un AVC ! L’AVC a évidemment son passage obligé aux Urgences, pas la gastro. Une colique néphrétique doit être admise, pas la cystite, qui devrait être soignée en ville. Et l’on peut multiplier les exemples.
La quinzaine de chefs de service (de grands hôpitaux) qui souhaitent un grand plan en faveur des Urgences demandent que soit étudiée la possibilité de filtrer les accès aux Urgences. Je me souviens d’un dimanche d’hiver à Dole, j’étais de garde et il y avait une épidémie de gastro-entérite. J’ai du voir 5 ou 6 cas dans la journée alors que de nombreux patients surpris par cette gastro se sont rendus aux Urgences !
Je crois que tout le monde a compris qu’il fallait faire quelque chose pour désengorger les Urgences mais effectivement personne ne prend le taureau par les cornes… Il faut plus que jamais une coordination active entre tous les acteurs : les soignants, tant au sein de l’hôpital qu’en ville, les élus, la collectivité, les Conseils Départementaux de l’Ordre des Médecins et bien sûr l’État par ses représentants régionaux que sont les ARS (Agence Régionale de Santé). Jusqu’à présent, il n’y a pas eu de Comité réunissant les représentants de ces différents acteurs…

En tant qu’élu en charge de la santé, quelles solutions alternatives proposez-vous ?
Les solutions alternatives sont plutôt côté ville. Je citerai les principales :
– La maison médicale de garde (MMG), avec un accueil de 8H à minuit : pour cela, il faut que tous les généralistes du secteur concerné soit d’accord d’une part sur l’emplacement de cette maison et d’autre part sur le planning à assurer. Le travail avance en ce sens…
– La possibilité pour la collectivité (Dole ou Grand Dole ) de mettre à disposition un transport dédié pour patients non mobilisables, afin qu’ils puissent se rendre sur un point fixe de consultation.
– Développer la communication auprès du grand public sur l’Urgence (points fixes de consultation, horaires, numéros d’appel, etc…) : dans le Jura, on demande le médecin de garde en composant le 3966. (les jours fériés de 8H à minuit et en semaine de 20H à minuit)
– Enfin, favoriser le renforcement de la participation à la permanence des soins en incluant les médecins salariés.