Entretien avec Philippe Roux, auteur de « Les corruptions religieuses »

Philippe Joutier, de son vrai nom Philippe Roux habite à Cousance où il est adjoint au maire. De par ses activités passées, il s’est intéressé aux religions quand le rapport Odin sur l’antisémitisme en milieu scolaire est paru. Ancien et nouveau testament, Bouddhisme, Islam : l’auteur compare autour de grands thèmes : les femmes, la violence le pardon, l’apostat, les sciences. Il livre son érudition et un éclairage intéressant sur ces diverses questions.

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Philippe Joutier ( photo Philippe Roux )

Philippe Roux, pouvez vous vous présenter en quelques mots ?
J’ai été Inspecteur, puis Directeur départemental au ministère de la jeunesse et des sports, j’ai travaillé dans ces différents postes en direction des cités à problème  et des populations en difficulté. Je suis également ancien auditeur de l’Institut des Hautes Études de la Défense Nationale et j’ai fait partie d’un groupe ministériel de lutte centre les sectes. « Les corruptions religieuses » est mon second livre.

Qu’est ce qui vous a donné la passion d’écrire, quel est votre livre et votre auteur préféré ?
Ma passion de la lecture, je la dois à mon père. Je crois avoir été le plus jeune lecteur de la bibliothèque de Villeurbanne. J’ai toujours aimé écrire. Mon auteur favori, si on ne veut pas tomber dans le cliché des grands auteurs est Jules Vallès, qui est pour moi un grand humaniste et un grand auteur. « L’enfant » de ce même auteur est à mon avis un pur chef d’œuvre et peut-être le seul livre qui m’est fait pleurer. J’aime également l’absurdité de Kafka et évidemment Céline dont j’aime beaucoup l’écriture

Quel est le titre de votre premier livre ? Pourquoi avoir choisi un pseudonyme ?
Mon premier livre s’appelle : « Les extras Français », il tourne en dérision la façon dont l’administration traite les problèmes de banlieue, et qui, en même temps a une espèce de tendresse pour les astuces déployées par les jeunes de quartier pour se sortir de leur situation par des moyens pas toujours et même rarement légaux. Il y a dedans beaucoup d’histoires amusantes dont une qui me vient à l’esprit:La politique de la ville finançant pendant 3 ans un garage qui n’avait jamais existé. On peut s’en insurger et se rebeller, mais dans ce livre, je rends hommage à leur ingéniosité.
Je prends un pseudonyme, Philippe Joutier par souci de discrétion.

Vous considérez-vous comme un auteur engagé ? Pourquoi cet intérêt pour les religions sur qui l’on a déjà beaucoup écrit ?
Je ne suis pas engagé politiquement, mais dire qu’on ne fait pas de politique, c’est déjà en faire. Ce que je pourfends, c’est le multiculturalisme. A partir du moment où je défends cette opinion, je suis plutôt classé à droite alors que je m’en défends idéologiquement. Je pense que les cultures ne peuvent pas cohabiter pacifiquement, elles se combattent.
Mon intérêt pour les religions vient de ma profession ou j’ai vu monter l’Islamisme radical dans les quartiers qui pourtant n’étaient pas au plus fort quand je m’occupais de la politique de la ville. Cette montée a été pointée dans le rapport OBIN de l’éducation nationale sur lequel on nous avait demandé de rester discrets
J’ai lu un livre qui date des années 1990 de Peroncel- Hugoz, journaliste au Monde : « Le radeau de Mahomet » qui dénonçait la violence de l’Islam et qui s’était fait conspuer. Je me suis alors posé la question de la place des religions dans nos cultures.

Votre livre les corruptions religieuses semble être un réquisitoire à charge contre les religions, aucune ne semble trouver grâce à vos yeux ?
Ce que je ne pardonne pas aux religions, même au Bouddhisme, c’est la destruction de la femme, je ne connais pas de religion qui magnifie la femme, c’est un pur scandale, et là je suis à charge. Philosophiquement, ce que je reproche aux religions, c’est qu’elles apportent une certitude, le doute qui apparait avec la science est dérangeant. C’est pour cela que les églises se vident et que les sectes font le plein. Les gens ont besoin de certitudes, alors que maintenant le doute est admis, par exemple dans la religion catholique. Les extrémistes de tout bord vont quant à eux jusqu’à combattre les certitudes de l’autre.
Il n’y a pas si longtemps, il y avait ce clivage entre la République et les Catholiques que certains d’entre eux appelaient la gueuse. Donc on dit que la religion musulmane est violente, mais laissons le temps au temps et souvenons nous que dans le passé, nous avons été confronté aux problèmes du même type. Je trouve quand même que chez les Chrétiens, la critique semble plus facile et ce depuis le Moyen Âge où de grandes voies se sont élevées contre la guerre par exemple.

Vous semblez avoir une vue pessimiste, n’y a-t-il pas des motifs d’espoir ?
Le monde n’est pas blanc ou noir. je vois quand même deux avantages dans les religions, d’abord d’avoir amené des règles sociales comme l’interdiction du crime gratuit, le sadisme…. L’Islam définit des règles d’ailleurs très lourdes pour mettre à mort quelqu’un. On ne tue pas sans motif. Toutes les religions ont créé du droit pénal et du droit civil, la succession, la propriété… qui a créé une forme de morale qui dans la vie sont devenues des règles éthiques. Il y a eu une forme de régulation sociale portée par les religions. Je considère que l’Islam est une religion morale mais avec un système de valeurs différentes.
Les deux aspects intéressants, peut-être pas assez soulignés dans mon livre, sont pour moi la régulation sociale et l’espoir. Fondamentalement la religion c’est l’espoir mais au prix de certitudes qui combattent la critique. L’idée de mon livre, c’est que si on veut aider l’Islam à se séculariser il ne faut pas lui projeter comme des certitudes avérés notre système de valeurs. On ne peut pas dire que toutes les cultures se valent et imposer la nôtre, mais on doit faire comprendre que dans le pays ou l’on vit, on a un corpus de valeurs qui a vocation à être imposé dans le pays ou l’on vit.

Pour vous les sociétés occidentales et en particulier la France sont trop dans la repentance, dans votre livre vous dites : « L’expiation reste unilatérale, nous pensons qu’à force de les aimer, ils nous le rendront bien un jour », une pensée très chrétienne ?
Je pense, par exemple, que parler de crime contre l’humanité en parlant de la colonisation, car il y avait une part d’exploitation de l’être humain est juste, mais nous avions en face de nous des gens qui n’avaient rien à nous envier. Il y a une différence de perception dans le corpus de valeurs que chaque culture véhicule. La repentance est une valeur chrétienne, Il faut rappeler que les premiers esclavagistes étaient Musulmans. Il y a une relecture de l’histoire, les croisades par exemple.
On développe un sentiment de culpabilité, l’idée générale est que si nous même nous reconnaissons nos fautes, en contrepartie, eux reconnaitrons les leurs et on pourra les convaincre que les torts sont partagés. Je pense que c’est une mauvaise vision des choses.

Est-il facile d’être publié ?
Le principal enjeu d’un écrivain est de se faire connaître, et l’envie d’être lu. C’est le fait de diffuser ses écrits qui est difficile, notamment pour les écrivains à compte d’auteur. Personnellement, je n’ai pas eu de difficultés pour être publié, je me suis fait rejeter 4 fois, mais 2 maisons d’édition étaient intéressés dont 1 qui me demandait des corrections. J’ai naturellement pris la deuxième. En fait, ce n’est pas l’édition qui coûte cher, mais la distribution avec le retour des invendus. Quand on se fait rejeter un manuscrit, cela ne veut pas dire forcément qu’il est mauvais mais que l’éditeur craint que la diffusion ne lui reste sur les bras.

Quel sera le sujet de votre prochain livre ?
Je prépare un nouveau livre sur les trucages de la pensée. Je voulais faire un livre comique sur les sectes avec un type qui va faire plusieurs tentatives pour être gourou et va finir par gagner beaucoup d’argent. Je n’ai pas eu l’accord de l’éditeur
Je m’intéresse beaucoup à la manipulation de l’opinion publique que Noam Chomsky a dénoncé dans son livre : « la fabrique du consentement ». Il y a un spectre très large entre les vrais manipulations qui existent et la théorie du complot. Effectivement on est là dans l’effet inverse qui confine dans le ridicule.
Mais se moquer des théoriciens du complot, c’est oublier les vrais manipulations. Il y a les manipulations avérées et objectives de l’histoire qui ont parfois des effets positives, la plus connue étant celle que les alliés ont fait au niveau du lieu du débarquement. Le titre sera : « la pensée  truquée », car on se trouve volontairement ou involontairement avec des idées fausses. Je pense que de plus en plus les gens manquent d’esprit critique. Les gens déstabilisés entre les manipulations et la théorie du complot ne savent plus qui croire, et étant en manque de certitude se replient vers les sectes. Mais c’est un travail de longue haleine.

Les corruptions religieuses.
Philippe Joutier
Dualpha éditions

Les corruptions religieuses ( photo Philippe Roux )