Enfermés dans une cave d’enfer

Les péripéties vécues dans nos caves jurassiennes sont nombreuses (et sont loin d’être toutes désagréables). En 1479, l’une d’entre elle a servi d’abri à plusieurs Dolois, les combattants de Louis XI ayant mis à sac la ville. Quand des Dolois s’enfermaient dans une cave, voyage au crépuscule du Moyen Âge…

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Localisée au n°53 de l’actuelle rue Besançon, une inscription du XIXe siècle rappelle fièrement la résistance doloise.

Dole outragé ! Dole brisé ! Dole martyrisé !

Le 5 janvier 1477, durant la bataille de Nancy, le duc et comte de Bourgogne Charles le Téméraire trépasse. Aussitôt, le roi de France Louis XI (1461-1483) souhaite s’approprier le comté de Bourgogne (qui correspond très grossièrement à l’ancienne région Franche-Comté). Dole reconnaît alors ce monarque. Néanmoins, assez rapidement, Marie de Bourgogne, la fille du défunt duc, revendique ce territoire. La cité se révolte alors contre l’autorité de Louis XI.

Furieux, celui-ci décide en cette année 1477 d’assiéger Dole. Subissant un échec cuisant, l’humiliation pour le roi de France est considérable. En 1479, l’Universelle Aragne assiège une nouvelle fois la capitale comtoise afin d’affirmer son autorité après avoir notamment passé un contrat avec Marie de Bourgogne.

L’historien Adrien Carbonnet explique qu’en mai 1479, Dole « est détruite presque entièrement par le roi de France Louis XI », celui-ci « se trouv[ant] face à un risque intérieur et extérieur. […] En faisant le sacrifice d’une ville, le roi s’assure la paix dans les nombreuses villes du front bourguignon ». Les pillages et les massacres s’enchaînent alors.

La rue d’Enfer à Dole.

Une galerie derrière un mur

Localisée au n°53 de l’actuelle rue Besançon, une inscription du XIXe siècle rappelle fièrement la résistance doloise. « DOLE […] EVST-PRINSE-TRAISTREVSEMENT-PAR-L ARMEE-DE-LOÏS-XI ENSVISTE-BRVSLEE-ET-DESTRVITE QVELQVES-HABITANS-SE-RETIRERENT-DANS-CESTE-CAVE » peut-on lire sur la plaque commémorative en marbre.

« On prétend que quelques hommes, cachés dans une cave de la rue de Besançon, firent un feu si vif contre l’ennemi, qu’on ne put les en déloger » précise Alphonse Rousset. Selon la légende, Charles d’Amboise, un guerrier combattant pour le roi de France, face à l’ardeur des résistants dans cette cave aurait même tourné les talons.

Pernelle Marchand, serveuse chez les Tontons Bringueurs dévoile qu’ « apparemment, ils ont mis le feu et les réfugiés se sont enfuis par les souterrains. Si on casserait un mur dans la cave, on aurait accès à une galerie qui mènerait jusqu’au Mont Roland, galerie que les survivants ont utilisé pour fuir ». Toutefois, les versions sur cet épisode diffèrent les unes des autres.

L’histoire étant entremêlée au mythe, il est malheureusement difficile de connaître de façon sûre et précise le sort connu par ces personnes. Une chose est certaine, depuis cet affront, cet endroit est appelé la Cave d’Enfer.