Emploi, pénuries : les freins à la reprise se cumulent

Alors que la croissance française devrait atteindre 5,75% en 2021, des feux orange, voire rouge s’allument. Liés en partie à des pénuries mondiales de matières premières qui font flamber les prix.

0
195

Ils sont devenus la bête noire des chefs d’entreprises. « Ils » se sont tous ces candidats qui manquent à l’appel pour répondre à une demande de plus en plus soutenue. Dans ses dernières prévisions, la Banque de France a relevé sa prévision annuelle de croissance pour 2021 à 5,75%. Toutefois la réalité suivra t-elle la théorie ? Selon de nombreux chefs d’entreprise, ça coince du côté des embauches. Toujours selon la Banque de France, « 47 % des entreprises du bâtiment, 40% des entreprises des services, et 25% des entreprises de l’industrie » ont été confrontées à une pénurie de main d’œuvre. Ceci alors que le taux de chômage s’établit à 8,1 % selon les chiffres de l’INSEE publiés le 30 juin dernier…
Selon Pôle emploi, plusieurs causes ‘classiques’ pourraient expliquer ces difficultés : la pénurie de profils qualifiés (métiers du bâtiment, du numérique, etc.), et à l’inverse les emplois peu qualifiés qui rebutent, du fait de leurs conditions de travail (salaire, horaires, temps partiel imposé, etc). En lien avec cette dernière catégorie, 100.000 postes étaient à pourvoir en mai dans les cafés hôtels restaurants de tout le pays. Des métiers où on travaille tard et les week-ends, certains ex-employés n’en veulent plus « quand ils ont connu durant des mois le chômage partiel, le confort d’être chez soi, de profiter de leur famille  » émettent certains économistes français. Selon eux, certes le rebond économique, plus vif que prévu, a surpris; mais il devrait se tasser au cours du second semestre, d’où un retour à davantage de normalité sur le marché de l’emploi. La persistance de pénuries pourrait toutefois conduire à des tensions haussières sur les salaires. De quoi donner davantage de substance au spectre d’une inflation sensible dans les mois à venir.

La production à l’arrêt faute de matériaux

Deux chantiers à l’arrêt dans sa ville : selon Guy Saillard, maire de Champagnole, voilà des exemples d’un manque de matières premières. Avec des problèmes inattendus, comme ce manque de papier fixé sur un côté des plaques de placo-platre… Un peu partout, des décideurs constatent qu’il faut désormais jongler pour faire avancer les chantiers en cours. Toutes les matières premières ont flambé : bois, acier, métaux industriels (cuivre) ou précieux (palladium), mousse, etc. D’après une enquête réalisée par la CPME en mai auprès de 2.000 dirigeants, « 59% des entreprises sont impactées par la hausse du prix des matières premières » mais « seule la moitié envisage de répercuter la hausse sur les prix de vente »…pour l’instant du moins.
L’industrie est la première touchée, à commencer par l’automobile (où le manque de semi-conducteurs n’arrange rien), la plastique, l’agro-alimentaire ou le bâtiment. Face à l’envolée des cours, certains artisans confient que « ce n’est pas une année pour construire ». Non seulement la construction d’une maison coûtera plus cher, mais aussi elle durera bien plus longtemps. Pour se « couvrir » un minimum face à cette situation inédite, ils recourent à des devis à durée limitée, par exemple deux semaines pour accepter ou pas la construction d’une maison. Mais comment faire face à un phénomène plus inquiétant : des annulations de livraisons de matériaux, bien que les acheteurs aient passé leur commande en bonne et due forme ? Afin de se protéger, des entreprises mettent en place un « dual sourcing » : la fourniture des matières premières indispensables auprès de deux prestataires, et non plus un seul. Une manière de pallier aux aléas et de faire jouer la concurrence, au moins en théorie… Au final, tous ces manques cumulés pourraient freiner une économie française et mondiale…qui ne demande qu’à se relever de ses cendres.

Stéphane Hovaere