Éditorial

Fracture socioculturelle

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A en observer les résultats des élections européennes de dimanche dernier, plusieurs constats s’imposent.
D’abord et l’on s’y attendait, celui d’une profonde recomposition de l’échiquier politique qui vient confirmer la déliquescence des deux partis historiques “classiques” qui se sont partagé le pouvoir durant des décennies (depuis trop longtemps visiblement) : la droite et la gauche.
Une recomposition qui voue d’ailleurs probablement les chancelants LR et PS, sinon à leur disparition, au moins à la raréfaction programmée de leurs élus étiquetés, lors des prochaines échéances électorales…
Mais surtout, ce qui ressort de ce scrutin, c’est bien cette fâcheuse tendance négativiste, sceptique, pessimiste, révélatrice de l’état d’esprit partagé par une majorité d’individus qui consiste soit à s’en balancer complètement (49% d’abstention), soit à systématiquement “être contre”…
En effet, mis à part peut-être pour le vote écologiste qui, lui, traduit un message d’espoir, d’implication et d’optimisme pour un avenir plus sain, le principal leitmotiv qui a conduit l’essentiel des électeurs à glisser leur bulletin de vote dans l’urne dimanche, est d’y exprimer un refus, un rejet, pour ne pas dire une stigmatisation voire même une condamnation des multiples maux de notre époque.
On ne vote plus pour une idéologie, des valeurs, ou un idéal, mais contre. Que ce soit “contre l’Europe”, “contre Macron” ou “contre les gilets jaunes”…
Conséquence logique, l’on observe ensuite, au soir de l’élection, des talk-show “live” organisant des débats clivants et délétères entre les vegans contre les chasseurs, les féministes contre les hommes, les ruraux des campagnes isolées contre les urbains des grandes métropoles, les progressistes contre les populistes, les patriotes contre les mondialistes… C’est la grande foire d’empoigne, course au buzz, stérile et grotesque.
Ainsi, le bulletin de vote, au lieu de matérialiser son adhésion (affirmative et positive) à un courant de pensée, se métamorphose aujourd’hui en message réquisitoire : un exutoire au mal-être, à l’insatisfaction, à la frustration, à l’angoisse de l’avenir, dont on se sert pour déverser tout ce lot d’injustices personnellement subies, et auxquelles le pouvoir politique semble rester sourd depuis trop longtemps.
L’antagonisme entretenu entre l’électorat des deux principales formations politiques du pays que sont le Rassemblement National (5 269 559 voix) et LREM (5 018 676 voix) illustre parfaitement cette fracture socioculturelle qui ronge sournoisement deux moitiés de France qui se côtoient quotidiennement, mais ni ne se parlent, ni ne se comprennent.
Pire elles se rejettent, se méprisent, se haïssent, se montrent du doigt…
Clivage binaire entre différents géotypes économiques, sociologiques, territoriaux, culturels, qui n’augure rien de bon pour demain.
Pourtant, tous prétendent viser un seul et même objectif : des jours meilleurs…
Plus sérieusement, plus concrètement, à l’amélioration de cet avenir collectif, seule issue possible face aux inquiétantes turpitudes qui nous guettent en cas contraire, on s’y met quand ?
Car l’Europe a d’abord été créée pour cela…