Éditorial

Double première

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Le fil de l’actualité s’est enflammé mercredi matin d’une subite foire aux superlatifs, au sujet de l’élection du nouveau maire de Chicago.
“C’est une double première. Les habitants de Chicago ont élu mardi une femme noire et ouvertement lesbienne à la tête de leur ville. Une première historique dans cette cité marquée par les inégalités sociales et la violence due aux armes à feu. Lori Lightfoot, 56 ans, démocrate, ancienne procureure fédérale, l’a largement emporté face à Toni Preckwinkle, démocrate et Afro-Américaine comme elle” précisait 20 minutes.
Plutôt que d’insister sur un genre, une orientation sexuelle ou une appartenance ethnique, ne serait-il pas préférable d’évoquer l’essentiel ? A savoir, ce pour quoi la quinquagénaire a été élue, c’est à dire l’ensemble de ses compétences à endosser les responsabilités liées à sa nouvelle fonction…
Quelques minutes plus tard, L’Obs renchérissait avec un flash info :
” C’est une première historique ! L’ancienne procureure fédérale, qui a obtenu 74 % des voix, va diriger la troisième ville des États-Unis. Lori Lightfoot, femme noire et homosexuelle, devient maire de Chicago !”
Immédiatement un internaute faisait remarquer :
“Voilà les effets dévastateurs de la presse et des médias. Les journalistes devraient relire Hannah Arendt, cela ne leur ferait pas de mal et développerait leurs connaissances. Nos sociétés ont besoin d’exploiter ce type de clivages sous la pression des lobbyistes minoritaires qui utilisent en permanence la doctrine victimaire. Raz le bol ! Ce qu’on demande à cette femme c’est d’assurer sa fonction et d’être un bon maire. Ce n’est pas un Totem !”.
Dans la foulée, mais d’un ton plus mitigé, le Huffpost titrait quant à lui : “Chicago a élu Lori Lightfoot, maire noire et homosexuelle, une première pour la ville”.
Un commentaire fut déposé sous l’article en moins d’une minute :
“A notre époque on se sent obligé de propulser sous les feux médiatiques des individus «issus des minorités», juste pour montrer qu’on ne les discrimine pas. Mais en précisant les origines ou l’orientation sexuelle, justement cela les discrimine… et pourrait laisser à penser qu’on ne les a pas élus, simplement pour leurs compétences !”
Il est vrai que ce goût du buzz communautariste et du clic clientéliste a de quoi laisser perplexe.
Car pas plus tard que l’avant-veille au soir, alors qu’une femme transgenre était insultée et frappée en marge d’un rassemblement contre Abdelaziz Bouteflika, au niveau de la place de la République à Paris (tout un symbole…), et que la vidéo de cette agression, devenue virale, suscitait l’indignation des responsables politiques, associations (bien-pensantes) habituelles et autres commentateurs moralistes demeuraient pour leur part, étrangement silencieux…
Eux qui sont pourtant toujours si prompts à dégainer leurs tirades “contre l’intolérance” et la “stigmatisation” sur le ton victimaire qu’ils maîtrisent si bien lorsqu’il s’agit de la “Manif (pacifiste et démocratique) pour tous”, auraient-ils brusquement perdu leur voix ?
Ou se retrouveraient-ils, une fois de plus, pris en flagrant délit de condamnation à géométrie variable ?
Le doute est permis…