Éditorial

C'est pas d'ma faute

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edito

Dès son premier jour d’examen, mardi dernier, le projet de loi visant à retoucher le régime de la responsabilité pénale (réforme législative impulsée après la vive émotion suscitée par l’absence de procès dans l’affaire Sarah Halimi), a provoqué de vifs échanges entre le Garde des Sceaux Eric Dupond-Moretti et certains parlementaires issus des rangs des différentes oppositions.
Un climat de tension, d’affrontements, qui illustre bien qu’entre la crise des sous-marins, la primaire écologiste, ou encore l’ascension fulgurante d’Éric Zemmour dans les sondages, l’actualité française vacille, s’emballe et vient encore prouver si besoin le nécessitait que la tendance du moment à la radicalisation effrénée, conduit indubitablement à la fragmentation non seulement de la population mais aussi, et c’est encore plus inquiétant, des respectables élus nationaux censés la représenter.
Ainsi, comme souvent, comme trop souvent, des postures dogmatiques se font jour, ne faisant qu’apporter de l’eau au moulin des caricatures idéologiques.
Par exemple, concernant la notion de responsabilité pénale, la droite considère que le texte ne va pas assez loin, alors que la gauche estime qu’il « agite des peurs sécuritaires ».
De quel côté trouve-t-on le plus de « bouffées délirantes » ?
Peu importe puisque de toute façon, comme le rappelle Eric Dupond-Moretti : « On ne juge pas les fous ».
Sauf que désormais de nouvelles exceptions doivent être intégrées à l’arsenal judiciaire qui n’avait pas besoin de ces notions supplémentaires, pour s’avérer particulièrement complexe à discerner.
Comme de « réprimer le fait pour une personne d’avoir consommé des produits psychoactifs, comme stupéfiants ou alcool, en sachant que cela pouvait la conduire à des violences ou un homicide dont elle a été déclarée irresponsable ».
« Il ne s’agit pas de réprimer l’acte commis mais l’absorption volontaire de psychotropes » précise à ce sujet le ministre de la Justice.
Idem concernant la seconde exception « très limitée » à l’irresponsabilité pénale : lorsque l’abolition du discernement résulte de la consommation proche de psychotropes dans le but de commettre une infraction.
Ce que le législateur semble oublier, c’est que dans notre époque formidable où l’individualisme singulier (même s’il est ultra-minoritaire) l’emporte désormais sur le principe de concorde collective, d’harmonie et d’uniformité, ce n’est jamais la faute de quiconque ! Pourquoi ? Car chacun est en permanence victime de « l’autre ».
Toutes les bonnes excuses peuvent donc être mises en avant pour justifier le besoin d’évasion ou de fuite vers les multiples paradis artificiels, d’un individu s’estimant fragilisé. Et, de fait, rendre presque légitimes ses débordements.
Par conséquent, tout ce qui pourrait conduire vers davantage de responsabilisation et de verticalité appartient à des principes qualifiés de désuets par la bienpensance progressiste.
La preuve, combien ont-ils été à nous asséner que le « sentiment d’insécurité » n’était que l’illusoire produit de nos névroses ou de nos angoisses existentielles de ruraux privilégiés ?
Heureusement que l’on ne juge pas les fous… Sauf peut-être bientôt via les urnes ?