Éditorial

Sur le grill

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edito

Est-elle la première d’une longue liste de responsables politiques, à devoir venir s’expliquer devant les magistrats de la Cour de justice de la République ? Toujours est-il que l’ancienne ministre de la Santé, Agnès Buzyn, a été mise en examen vendredi dernier pour « mise en danger de la vie d’autrui » et placée sous le statut de témoin assisté pour “abstention volontaire de combattre un sinistre” pendant la crise du Covid-19. Une grande première dans l’histoire de notre République !
De quoi faire pâlir certains de ses proches, ou moins proches (mais tous politiciens professionnels), lesquels se sont empressés de faire connaître leur indignation quant à cette décision de justice inédite, qui dirait-on, les inquiète quelque peu… Solidarité corporatiste quand tu nous tiens.
A l’image de Sacha Houlié, député LREM de la Vienne, pour qui “Cette décision crée un précédent dangereux”. “Est-ce que l’on reprochera aux députés d’avoir voté l’état d’urgence sanitaire ? Est-ce que l’on reprochera aux députés de créer une obligation vaccinale ?”. Et de conclure laconiquement, comme pour se dédouaner par anticipation :
« J’observe que ceux qui ont porté plainte, ce sont les mêmes que ceux qui aujourd’hui ne veulent pas se faire vacciner et rejettent le pass sanitaire ».
Même angoisse partagée sur Twitter, par la présidente déléguée de LREM Aurore Bergé : « Si demain un ministre peut être mis en examen pour ce qu’il n’aurait pas fait, pas assez fait, ou mal fait, alors qui qualifie le “mal” fait ? Quand ? Sur quels critères d’appréciation ? Qui est habilité à le dire ? »
Dans le même ton, la députée LREM de Haute-Vienne Sophie Beaudouin-Hubière lui emboîte le pas, se contentant de (se) faire remarquer elle aussi sur Twitter : « Judiciarisation inquiétante de la société française et de la vie politique ».
Enfin, le président de la mission d’information de l’Assemblée nationale sur l’impact, la gestion et les conséquences de l’épidémie de Covid-19 et député La République En Marche de la Loire Julien Borowczyk reconnaît, pour sa part, du bout des lèvres : « On a malheureusement appris avec ce virus que ce qu’on disait le matin n’était pas forcément la vérité du soir. »
Sauf que ce que tous ces braves gens semblent occulter, c’est que lorsque l’on est ministre, et que l’on bénéficie du salaire et de tous les avantages qui vont avec, on se doit de rendre compte de son action aux contribuables que l’on ponctionne pour payer son salaire… de ministre !
Il devrait en être de même pour tous ceux occupant des postes-clé, et dont les décisions contradictoires et/ou précipitées ont impacté, pour ne pas dire malencontreusement entravé, la vie de la population du pays. Et ce, qu’il s’agisse du port du masque (devenu soudainement obligatoire, alors qu’ils le prétendaient inutile quelques semaines auparavant), de confinement ou de couvre-feu par exemple… Avec à l’issue, les désastres psychologiques que l’on sait.
Ainsi, le temps où les élites pouvaient mépriser ouvertement le peuple et se cacher derrière leur petit doigt pour s’absoudre de leur amateurisme semble enfin révolu. A ce sujet, n’oublions pas, quelques jours seulement après sa défaite dans la course à la mairie de Paris, les propos révoltants que l’ex-ministre de la Santé tenait dans Le Monde :
« Quand j’ai quitté le ministère, je pleurais parce que je savais que la vague du tsunami était devant nous ». « Depuis le début, je ne pensais qu’à une seule chose : au coronavirus. On aurait dû tout arrêter, c’était une mascarade ».
Et bien, bonne nouvelle : la mascarade est terminée !
La fin du « quoi qu’il en coûte » annonce que l’heure des comptes, plus exactement l’heure de rendre des comptes, a sonné…
Au suivant !