Éditorial

Réappropriation

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Mercredi matin, au PMU, (chez Damien). »Salut Cyril, alors c’était comment tes vacances ? Parce que j’ai lu ton dernier édito, où tu en parlais un peu… »
« C’était… Les courses sur l’hippodrome de Cabourg étaient magnifiques, exaltantes. Pour mon fils et moi, ce fut l’émerveillement, une vraie connexion avec le temple des ondes. J’ai d’ailleurs gagné un peu plus de 350 euros en trouvant le quinté dans le désordre en 7 chevaux. C’est déjà ça.
Sinon, pour tout te dire, j’étais très content de partir mais encore plus de revenir. D’ailleurs dès qu’il a commencé à pleuvoir, le mardi matin, je suis rentré précipitamment « .
« Ah bon, vous n’en avez pas profité plus ? »
« Pourquoi faire plus ? Pour moi, trois ou quatre jours, c’est largement suffisant. Surtout si c’est pour se cogner le froid et la pluie. Et puis, tu sais bien comme je suis, j’aime retrouver mon chez moi, mon chien et mes petites habitudes : le foot, la pêche, etc. ».
« Tu n’aimes pas découvrir d’autres horizons ? »
« C’est-à-dire qu’en trois jours, en ce qui me concerne, j’avais déjà fini de découvrir l’horizon du littoral, aussi magnifique soit-il. Car une fois que tu t’es tapé un apéro avec une douzaine d’huîtres et un restaurant avec terrasse sur l’océan, t’as déjà un peu fait le tour de l’histoire. Sans compter avec cette menace anxiogène du variant delta qui plane partout, ce masque obligatoire dès que l’on quitte la plage, ces files d’attente interminables à chaque commerce, tous ces gens qui piétinent à 30 centimètres les uns des autres en regardant en l’air, les places de stationnement introuvables… Bref, toutes ces lenteurs et restrictions sociales ou sociétales, très peu pour moi ! »
« C’est dommage ».
« Qu’est-ce qui est dommage ? D’avoir le courage et l’audace que préférer vivre la vie que l’on souhaite plutôt que de subir des contraintes dont on peut pourtant s’exonérer, par notre seule volonté ? Car tu sais, mon ami, contrairement à ce que l’on entend souvent comme prétexte de la part de ceux qui surnagent par procuration dans les eaux troubles d’une morne, hasardeuse et insuffisante existence, on a toujours le choix de prendre un autre chemin. D’aller vers le meilleur. Vers un devenir plus heureux. Partout et tout le temps. Il suffit juste d’un peu de conviction et de tempérament ».
Soudainement ses sourcils se froncèrent. La discussion venait d’atteindre le “point Godwin ». La rupture se profilait. Je sentais que j’étais en train de le perdre.
« Et bien, je ne vais pas te déranger plus longtemps. Bonne reprise alors » conclut-il.
Pendant que je le regardais s’éloigner, perplexe, ma réflexion progressait. Des souvenirs refaisaient surface. Je repensais à tous ceux, famille ou amis, qui m’ont déjà avoué avoir subi durant des dizaines d’années des vacances souffrantes, juste car leur conjoint voulait “partir un peu ailleurs”. Et bien pour ma part, je ne reproduirai pas cette erreur de me laisser imposer par qui ou quoi que ce soit, un “ailleurs” qui ne me correspond pas.
Car si partir c’est mourir un peu, revenir c’est assurément renaître, revivre, mieux respirer : se réapproprier.
Les idéaux regagnent leur place, la quiétude et l’habitude se réinstallent.
Ainsi, se poursuit tranquillement, normalement, confortablement, l’itinéraire de notre destinée, au cœur d’un environnement plus familier, plus sécurisant, plus favorable à son accomplissement.
Voilà que se présente une formidable opportunité de colorer le cours de notre vie des tonalités et contrastes que nous aimons. D’oser repartir pour une nouvelle rentrée, une autre histoire, une page blanche.
Bref, presque de tout recommencer. En mieux…