Éditorial

Redevenir heureux

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(Crédit photo : Yves Regaldi)

Afin de partager, ici et maintenant, autre chose que l’inquiétante recrudescence des attaques de forcenés suicidaires, des “déséquilibrés” meurtriers retranchés en forêt, des règlements de comptes mortels entre adolescents, et de toutes ces conflictualités grandissantes auxquelles, dangereusement, anormalement, insidieusement, nous nous habituons peu à peu (conflictualités exacerbées s’expliquant en partie par les 16 mois de restrictions liberticides, d’assignations 12 heures sur 24 à résidence, d’agressions psychologiques à répétition qu’il nous a fallu endurer, et que notre époque risque de nous faire porter pour quelques temps encore), il m’a paru plus réjouissant, plus optimiste, et surtout plus léger voire plus récréatif (le football étant un jeu), d’évoquer dans cet espace de libre expression qui m’est hebdomadairement offert, l’événement sportif majeur de l’année dont l’ouverture s’annonce ce vendredi avec un alléchant Turquie – Italie : le Championnat d’Europe de football 2020.
Voilà donc que la planète foot va se réveiller, des ferveurs populaires vont naître, des nations vont voir leurs habitants se rapprocher, se passionner, s’exalter, vibrer… ensemble !
Les amoureux du beau jeu et du grand spectacle vont pouvoir admirer des confrontations aux styles particulièrement contrastés. Jugez plutôt :
Belgique – Russie, samedi 12. Angleterre – Croatie, dimanche 13. Espagne – Suède, lundi 14. Et surtout, un d’ores et déjà mythique France – Allemagne, programmé mardi 15 à 21 heures.
Les tricolores, favoris car auréolés de leur deuxième étoile, enchaîneront ensuite avec la Hongrie, samedi 19, pour probablement jouer leur qualification en 8e de finale, lors du dernier match de poule contre le Portugal, mercredi 23.
Comme certains joueurs l’ont déclaré en conférence de presse, sur le papier, les Bleus possèdent “la meilleure équipe du monde”.
Des propos rapidement tempérés par Didier Deschamps : “Le danger, c’est sur le papier…”
Effectivement, pour m’essayer depuis peu aux paris sportifs (avec comme principal objectif de dissoudre l’ennui, dans la quête d’émotions effervescentes…), et avoir subi trois pertes consécutives en misant une première fois sur la victoire de Manchester United en finale de Ligue Europa (avec pour résultat une défaite 11 à 10 aux tirs au but face à Villarreal), une deuxième fois sur la victoire de Manchester City en finale de Ligue des champions (défaite 1 à 0 face à Chelsea), ainsi qu’une troisième fois lundi dernier sur la victoire de la France en quart de finale de l’Euro espoir (avec comme tragique issue, une victoire “hold-up” des Pays-Bas arrachée contre le cours du jeu à la 93ème minute), trois équipes pourtant toutes très largement favorites et annoncées imbattables, le principe de réalité m’a rappelé à l’ordre.
On ne le répète jamais assez. A lui seul, un effectif présenté sur le papier, aussi talentueux soit-il, ne suffit pas à remporter un match.
Pour cela il faut posséder d’autres atouts : du liant, de la fluidité, la solidarité indéfectible d’un groupe, un état d’esprit collectif irréprochable, ce sentiment transcendant d’appartenance commune, de farouche volonté sinon de vaincre, d’au moins donner le meilleur de soi-même pour une même cause. Et ce, malgré les divergences individuelles façonnées, édifiées, parfois écorchées, par nos existences plurielles.
Tout ce qui manque à notre pays et à notre époque, pour retrouver, via ce petit supplément d’âme, davantage de quiétude, d’envie (d’avoir envie) et de satisfactions dans notre ordinaire.
Nous donner tous les moyens de vaincre l’adversité pour redevenir heureux. Serons-nous capables de relever ce défi ?