Éditorial

Un été français

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Jamais deux sans trois.
Nous voilà donc tout juste sortis de ce qui devrait être (normalement, “si tout se passe comme prévu”), notre dernier confinement. Ainsi, peut-on légitimement envisager l’arrivée très prochaine de jours meilleurs.
Une fin de printemps au cours de laquelle nous retrouverions progressivement le sens de l’essentiel, la proximité, l’indistanciation. Peut-on aller jusqu’à ambitionner l’insouciance ?
Car depuis plusieurs années déjà, notre quotidien est en proie à un certain nombre de problématiques : injustice sociale, violence banalisée, radicalités et séparatismes de toutes sortes, inefficience de l’État et de ses services…
De ce fait, nous nous retrouvons assaillis par ces agressions répétées contre ce que nous sommes, (via les valeurs, les préceptes que nous portons et qui nous construisent), et les défaillances de plus en plus flagrantes d’un système fréquemment déficient, arrivé au terme de son cycle, mais qu’il nous faut pourtant sagement accepter de nourrir, en bon petit soldat citoyen-contribuable.
Pour encore combien de temps ? Visiblement plus très longtemps. Et c’est heureux.
Le problème, c’est que chaque jour qui passe, traîne avec lui toute une kyrielle de souffrances inutiles.
Parmi les quelques courriers que je reçois chaque semaine, la missive d’un lecteur m’ayant sincèrement relaté son désarroi m’a particulièrement touché.
Il s’agit d’une lettre d’un père de famille franc-comtois d’une bonne cinquantaine d’années, bénéficiant pourtant d’un certain confort matériel et financier, mais souffrant horriblement de la solitude qui le ronge et d’une “véritable sensation d’emprisonnement” qui le sclérose.
“J’aimerais simplement, comme je le faisais souvent les samedis matins, aller boire un café sur une terrasse du centre-ville, fumer une cigarette et sourire à la vie en regardant passer les gens, prendre l’apéro avec un copain croisé au détour du marché. Me laisser porter par le hasard des rencontres. Exister tout simplement” m’écrit-il.
Retrouver un peu de contemplation, de rêverie, d’imprévus, saisir le bonheur, le plaisir lorsqu’il se présente, il est vrai que tout cela nous manque tellement.
“Je suis souvent réveillé vers 3 heures du matin par des oppressions dans le thorax, avec beaucoup de mal à respirer. Alors, j’ai envie de me lever et d’aller hurler mon mal-être, mon anxiété d’être enfermé dans mon grand appartement vide, seul, devant cette maudite télévision qui nous montre des images affolantes. Je voudrais crier mon envie de liberté. Mais comme je ne peux pas le faire, je vous demande de relayer la souffrance des millions de gens qui vivent la même chose que moi”, poursuit-il.
Forcément ému par cet appel au secours poignant, j’ai immédiatement entrepris de me documenter vers plusieurs soignants, lesquels m’ont tous confirmé que ces cas “borderline” sont devenus monnaie courante. “De marginaux, ils sont passés à fréquents, voire très fréquents” témoignent-ils.
Voilà donc le vrai danger qui nous guette tous : la solitude, le repli individualiste, l’enfermement sur soi-même. Spirale tempétueuse qui engendre bien souvent un cyclone de névroses obsessionnelles et de débordements préjudiciables.
Alors évidemment, il nous faudra du temps. Beaucoup de temps mais surtout du courage et du travail pour parvenir à panser nos plaies. Pour retrouver cette sociabilité, s’extirper de l’isolement qui nous conforte, croit-on nous rassure (sans risque, sans changement), mais au final nous rend esclaves d’une mécanique nuisible.
Avec les beaux jours qui se profilent, peut-on présumer nos lendemains accoucher d’un nouvel été français ?
Indispensable régénérescence, si l’on souhaite éviter de dangereusement prolonger notre glissade sur la pente déclinante, de millions d’individus à bout de souffle et d’espérance…