Éditorial

La tentation du moins pire

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Evidemment, comme tout un chacun, ou presque, lorsque cette fameuse mesure de “confinement territorialisé”, prenant effet du vendredi soir 18 heures, au lundi matin 6 heures à Nice et sur le littoral avoisinant, fut annoncée lundi soir, mon premier réflexe a été de bondir de mon fauteuil. A l’instar de nombreux Français, j’ai pensé qu’il s’agissait là d’une énième mesurette balbutiante.
Que comme il ne sait plus comment faire pour enrayer efficacement la flambée épidémique, le gouvernement tâtonne, applique d’inédites théories, initie des rafistolages de restrictions supplémentaires, plus ou moins hasardeuses, expérimentales, en attendant plus belle la courbe…
Ainsi, pour limiter cette progression qui semble inéluctable, on tente de colmater les brèches, on sacrifie les plages horaires de temps libre, les loisirs, les rencontres, le plaisir, les “contacts festifs mais non-productifs” comme les qualifie notre Président de la République, (à qui faudrait-il probablement rappeler que parfois l’amour peut engendrer des naissances… ce qui est donc productif pour le pays). Bref.
J’étais une fois de plus assez remonté, pour ne pas dire indigné, contre cette décision apparaissant incohérente, puisque les transports en commun ou les écoles (notamment les cantines) continuent allègrement de brasser les populations, de multiplier les interactions, et de générer chaque jour de nouvelles contaminations.
Puis, une fois le journal télévisé du soir passé, histoire de me détendre un peu et d’oublier quelques instants ce contexte malaisant, je décidai de m’amuser un peu sur le jeu vidéo Fortnite auquel j’aime parfois m’adonner à quelques parties jouées en réseau avec deux ou trois amis habituels.
Parmi ceux-ci figure Evan. Un lycéen atypique habitant en Haute-Savoie.
Je ne l’ai jamais vu, jamais rencontré. Mais ce que je sais, c’est que c’est un jeune homme que j’apprécie beaucoup pour les valeurs qu’il possède, pour sa désarmante maturité, pour sa surprenante et talentueuse profondeur d’âme. Échanger avec lui me donne espoir en l’avenir de la jeunesse.
Par ce canal virtuel, nous évoquons nos quotidiens, nous nous enrichissons mutuellement de la perception sociétale de l’autre, nous alimentons nos réflexions, en essayant de trouver des éléments de réponses à nos questions existentielles. Parfois avec succès.
Or, en lui parlant ce lundi soir, c’est avec stupéfaction que je n’ai pas reconnu sa voix.
Ne l’ayant pas vu connecté depuis plus de 10 jours, je sentis alors rapidement que quelque chose clochait.
Et pour cause, Evan m’expliqua qu’il était confiné depuis plusieurs jours dans sa chambre, car positif à la Covid-19, très probablement via le “variant britannique” et qu’il était très fatigué au point d’avoir beaucoup de mal à descendre les escaliers de sa chambre.
“Et encore, là ça fait 5 jours, ça va mieux, je respire un peu mieux…” soufflait-il, courageusement optimiste.
Mais je l’entendais souvent tousser… Je le sentais pris, parasité, abimé par ce virus. Ce qui me faisait terriblement mal pour lui. Cependant, je n’ai pas voulu lui communiquer mon inquiétude, et j’ai continué à jouer comme si de rien n’était…
En allant me coucher, je repensais à lui.
Si un jeune homme de 18 ans, ceinture marron de judo, en pleine condition physique et mentale, peut être à ce point diminué. Qu’en sera-t-il si cette saloperie venait à me toucher ? Et si je la transmettais à mes proches ?
Finalement, j’en suis venu à la conclusion que même si certaines mesures sont indéniablement incohérentes, que beaucoup d’entre elles peuvent sembler liberticides et sont effectivement particulièrement pénibles à endurer, qui plus est à l’approche du printemps, sachons raison, prudence et tempérance garder.
Car rappelons-nous que pour se protéger le plus efficacement possible, pour le moment, tant que l’immunité collective n’est pas atteinte, mis à part rester chez soi et restreindre ses contacts physiques, on n’a pas (encore) trouvé mieux…