Éditorial

Dommages psychosociaux

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La crise sanitaire déclenchée par la Covid-19 ne touche pas seulement ceux que le virus contamine. Elle impacte également, de manière beaucoup plus sournoise, tous ceux qui se retrouvent démunis, au carrefour des messages contradictoires, des dysfonctionnements plus ou moins avoués, et des multiples mesures incohérentes initiées ou imposées par les différentes autorités.
On note d’ailleurs globalement, même si ce n’est pas nouveau, un mal-être grandissant au travail.
Particulièrement dans les domaines de la grande distribution, des transports, de la propreté, des métiers pénibles, ainsi qu’au cœur des services publics, notamment ceux liés à la santé et à la sécurité.
Sur ce point, le site gouvernemental officiel travail-emploi.gouv.fr est pourtant formel :
Aux termes de la loi, « l’employeur doit prendre les mesures nécessaires pour assurer la sécurité et la santé physique et mentale des travailleurs. Ces mesures comprennent des actions de prévention des risques professionnels, des actions d’information et de formation, la mise en place d’une organisation et de moyens adaptés » et il doit veiller à « l’adaptation de ces mesures pour tenir compte du changement des circonstances et tendre à l’amélioration des situations existantes ».
Le télétravail, quand il est possible, semble donc avoir encore de beaux jours devant lui…
Sans compter qu’avec ce climat de plus en plus anxiogène, ajouté à la luminosité décroissante des mornes journées automnales qui se profilent, ainsi qu’au traditionnel “coup de fatigue” des vacances de Toussaint, pour tout le monde ou presque, l’angoisse d’une potentielle contamination (par un éventuel porteur asymptomatique), reste de mise quotidiennement.
Rien de bien étonnant donc qu’ils soient de plus en plus nombreux à développer divers troubles anxio-dépressifs depuis la fin de l’été et l’annonce d’une “deuxième vague” : peur, colère, tristesse, découragement, irritabilité, isolement, difficultés à avancer…
Or on le sait, le stress fragilise les défenses immunitaires et rend ainsi l’individu qui en est victime, plus vulnérable aux risques d’atteinte à sa santé.
Contrairement à ce que certains voudraient tant nous faire croire, la solution n’est donc pas de rester terré dans sa caverne (en langage technocratique cela donne “réduire le plus possible ses interactions sociales”) jusqu’à ce que ce maudit virus veuille bien disparaître de la surface de la planète (ce qui n’est pas encore pour demain), mais plutôt lorsque c’est possible, de sortir, d’accomplir sa vie sociale justement. C’est-à-dire tout en respectant les gestes barrière et les règles de distanciation, de s’aérer l’esprit, de s’oxygéner l’organisme et par conséquent, de renforcer son système immunitaire.
Malheureusement, tout cela n’est pas chose aisée, lorsque les activités associatives, culturelles, sportives sont considérablement restreintes et quand la buvette du stade municipal, où l’on avait pris l’habitude de se réunir pour parler de tout et de rien, mais où l’on était ensemble et c’était bien là l’essentiel, reste fermée en plein dimanche après-midi…
Nous voilà donc privés de tous ces moments d’exaltation, de joie, de bienveillance gratuite, ces sourires que l’on nous vole, que l’on nous masque, chaque jour davantage.
Des dommages difficilement quantifiables pour le moment. Mais une facture astronomique de coûts psychologiques qu’il va rester à honorer durant des années, pour tous ceux qui sont à l’origine de ces conséquents préjudices…