Éditorial

Il faut que l'on respire !

0
1208

Depuis l’entrée en reconfinement, j’ai parfois peine à respirer.
Toutes ces restrictions qui nous sont quotidiennement imposées m’oppressent, m’agacent, me contrarient, m’angoissent.
Si je ne conteste aucunement l’utilité des précautions qu’il convient d’observer afin de limiter la circulation et la propagation dans la population de notre cher ami SARS-CoV-2, je m’interroge cependant sur le bien-fondé des règles qui ont été établies quant à notre dérogatoire et trop occasionnelle “libre circulation”.
Notamment concernant la seule sortie journalière possible “dans la limite d’une heure et dans un rayon maximal d’un kilomètre autour du domicile” liée à l’activité physique individuelle.
Visiblement, je suis pas le seul puisque selon un sondage Ifop paru ce jeudi 12 novembre, 60% des Français n’ont pas respecté le confinement décrété par Emmanuel Macron et ont enfreint ces règles.
Principalement pour quelle raison ? La tristesse, l’ennui, la désespérance !
D’où ce besoin prégnant de sortir, se s’oxygéner, de se ressourcer : de s’aérer les poumons comme l’esprit.
Car toujours selon ce sondage, le moral des Français est au plus bas. Ainsi, ils sont 27% à être victimes d’anxiété et 38% de troubles du sommeil.
Par ailleurs, le sentiment de mélancolie (doux euphémisme employé afin d’éviter de lâcher le mot dépression), s’avère présent chez 52% des personnes interrogées.
Bonjour tristesse !
De quoi inviter le législateur à revoir sa copie. Particulièrement dans un territoire (très) rural comme le nôtre, au sujet de la barre d’une heure et du rayon d’un kilomètre dont il est interdit de s’extraire sous peine d’une contravention de 135 euros.
D’ailleurs, j’aimerais que ceux qui ont diligenté cette mesure, depuis leur tour d’ivoire parisienne, m’expliquent en quoi le fait d’aller pédaler, courir ou marcher seul, en forêt ou sur la véloroute, le long du canal de Rhône au Rhin situé au bord de mon paisible et modeste village jurassien de 800 âmes, serait susceptible de me mettre en danger.
De même que quiconque que je serais éventuellement amené à croiser (à une distance de plus de 3 ou 4 mètres, la véloroute étant suffisamment large pour cela), lorsque je m’éloigne d’un rayon de plus d’un kilomètre de mon domicile…
Surtout que n’ayant pas la chance de posséder une forêt privée dans ma propriété, il me faut faire près de 500 mètres pour atteindre le premier bosquet.
Le seul problème, voyez-vous, c’est qu’en courant 20 fois 500 mètres autour du même sentier afin d’atteindre la distance nécessaire des 10 kilomètres à “travailler” pour maintenir un minimum de condition physique et mentale, on a vite l’impression de se retrouver comme un poisson dans son bocal, pour ne pas dire un lion en cage…
Ce qui révolte, exaspère et nourrit encore plus farouchement l’envie de dépassement d’horaire et de distance… pour finalement mieux se dépasser soi-même.
Qui plus est en sachant que pratiquer une activité sportive régulière reste le meilleur moyen de renforcer son système immunitaire.
Voilà pourquoi, je continuerai de courir. Peu importe quand, où, combien de temps et après quoi. L’essentiel est d’avancer.
Il faut que l’on respire ! Et c’est pas rien de l’écrire…