Éditorial

Un été français

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Le début d’un été inédit, où il était devenu dangereux de se côtoyer, s’annonçait.
Issu officiellement d’une mutation animale (mais plus officieusement d’un mystérieux laboratoire voisin), un grain de sable, devenu viral, était brusquement venu gripper la belle machine à consommer. Le système s’était enrayé.
Alors, l’économie, le pouvoir d’achat, les indices boursiers s’étaient effondrés.
A l’aube de ce nouvel exercice saisonnier, c’est sur ce point précis que se cristallisaient les principales préoccupations des dirigeants du monde entier, tandis que le bouleversement climatique poursuivait indubitablement son œuvre et que le prétendu nouveau monde ressemblait décidément de plus à plus à l’ancien, en pire…
Lent mais immuable déclinisme auquel il allait bien falloir répondre. Vraisemblablement par des remèdes plus radicaux, peut-être plus clivants mais assurément plus efficaces. Ce n’était qu’une question de temps.
C’était une grande première. L’enthousiasme des “grandes vacances” (pour ceux qui avaient encore le luxe de pouvoir s’en offrir) se trouvait entravé par cette crainte permanente de la contamination. La distanciation physique (plus que jamais sociale) amoindrissait les rencontres potentielles. Les habituelles passions brûlantes et éphémères n’allaient pouvoir se réaliser, comme il en était coutume à cette frivole époque de l’année.
Exit les grandes sagas estivales en huit épisodes, L’Année des méduses, L’Été meurtrier…
Solitude affective et propagation anxiogène étaient au programme de l’écran noir de nos nuits blanches et caniculaires.
Cependant, par endroits, la fête de la musique s’était déroulée normalement, inconsciemment, déraisonnablement. Et ce, alors que le virus circulait encore activement. Sans honte, sans gêne, sans obstacle, sans la moindre once de culpabilité. Décidément, tous n’étaient pas logés à la même enseigne de l’exigence, de l’ambition ou de la responsabilisation individuelle et collective.
Une évidente fragmentation sociétale s’accélérait. Certains pays déconfinaient quand d’autres optaient pour le chemin inverse. Dans les deux hémisphères du globe, on marchait sur la tête. Une seule chose semblait commune : aux quatre coins de la planète, les deuils se multipliaient dans l’indifférence la plus totale. Ou presque.
Qu’importe, les rires des enfants résonnaient de nouveau dans les cours d’écoles de l’Hexagone, les terrasses retrouvaient leurs aficionados et le second tour des élections municipales avait enfin livré son verdict tant attendu.
Mais les jours les plus longs avaient beau se lever sur des paysages idylliques, la campagne verdoyante avait beau sembler paisible et prometteuse, les rivières avaient beau retrouver une relative limpidité, il fallait être aveugle pour ne pas s’en apercevoir.
Un tragique constat de circonstance s’imposait : la décadence était en marche…