Éditorial

Offuscation

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Dans le sillage des conditions révoltantes de son interpellation, ayant regrettablement provoqué le décès de George Floyd aux États-Unis, mais alors qu’elle n’a véritablement aucun rapport avec les pratiques dont usent (et parfois abusent) les forces de l’ordre de l’autre côté de l’Atlantique, une farouche et formelle haine “anti-flic” commence depuis quelques jours à monter en France.
Haine tout aussi condamnable que certains comportements déviants sur le racisme ou la violence injustifiée, puisque basée sur un rejet de l’autre, une négation de sa personne, et une catégorisation de sa fonction.
Voilà le prêt-à-penser pris à son propre piège.
Ainsi, tous ceux qui, il y a peu de temps encore, défilaient afin de rendre hommage à nos forces de l’ordre, louant leur courage et leur bravoure, alors que les attentats frappaient de plein fouet le sol de l’Hexagone, se retrouvent aujourd’hui à défiler contre eux…
Les plus radicaux en arrivent même à siffler, insulter de “vendus” les policiers “non-blancs” voire à leur cracher dessus ! Une situation ubuesque et schizophrénique, où la victimisation ne s’entend, ne se perçoit et ne se communique que d’un côté de la lorgnette.
Par exemple, comment ne pas s’offusquer que des consignes aient été données afin que le non-respect de l’état d’urgence sanitaire et du confinement ne soit pas sanctionné de la même façon en fonction des religions, des quartiers et des couleurs de peau ?
Il s’agit bien là d’une ségrégation (issue de dérives communautaristes). Mais celle-ci est autorisée…
Idem pour l’élection de « Miss Black France », organisée avec le soutien du Cran (Conseil représentatif des associations noires). D’où les blanches sont exclues…
Et que dire des quotas instaurés par l’administration via la “discrimination positive” ?
Un état de fait auquel, lorsqu’on le soulève, on s’entend souvent répondre le fameux : “Oui mais là, c’est pas pareil…”
Voilà où le bât blesse.
Un racisme serait-il finalement plus acceptable qu’un autre ? Un extrême serait-il plus fréquentable que son homologue de l’autre bord ? A qui profitent tous ces antagonismes ? La cristallisation de ces stratégies discordantes employées avec succès afin que la société se fragmente toujours un peu plus ?
Pour en revenir au factuel, toujours sans aucun parallèle avec les méthodes d’arrestations particulièrement musclées employées aux États-Unis, où la police fonctionne de manière totalement différente (notamment plus arbitraire) qu’en France, rappelons qu’il y a dans notre pays, entre 15.000 et 20.000 policiers blessés chaque année dans l’exercice de leur fonction, dont plusieurs milliers très gravement. Lesquels passeront le restant de leurs jours en fauteuil roulant et lourdement handicapés. Or, personne n’en parle, ni ne s’en émeut.
Il faudrait aussi demander à ceux qui s’insurgent contre les violences policières, comment doit s’y prendre un “soldat de la loi”, lorsqu’un véhicule refuse d’obtempérer (lui fonce dessus) ou comment appréhender, sans un minimum de moyens coercitifs, un individu récalcitrant qui refuse d’être interpellé ? Généralement, s’il prend la fuite, ce n’est pas sans raison !
En définitive, comme toujours en terme de dilemmes sociétaux, on en revient à ce même principe d’une infime minorité qui, par ses agissements déviants, pose problème à tout le monde, surtout à son groupe d’appartenance…
S’il est incontestable de lutter contre les racismes et les dérapages policiers menant à des violences, il est tout aussi dangereux de nourrir cette généralisation construite sur la base de comportements individuels très marginaux.
“Pas d’amalgame” qu’ils disaient…