Éditorial

"Oui, mais..."

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A l’heure où j’écris ces lignes, rien n’a commencé. Tout reste à faire.
A l’inverse de quelques mentalités dominantes, aucun bulletin de vote n’a encore touché le fond d’aucune urne, tout est possible. Même le pire, surtout le pire. Notamment dans les plus importantes villes de France. Ces agglomérations que l’on valorise pompeusement en les désignant “métropoles”.
Toutefois ce qui est sûr, c’est que le soir de ce dimanche 15 mars aura été, comme à son habitude, le théâtre d’une comédie tragi-comique qui n’a que trop duré.
Sur les plateaux de télévision, se seront bousculés les leaders d’opinion. Nous aurons alors eu droit à la sempiternelle cacophonie politicienne, aux improbables chahuts, aux grandes promesses déclarées la main sur le cœur :
“Les électeurs nous ont envoyé un signal fort. Nous entendons leur souffrance et leur désespérance mais…”
Seulement voilà, tout est dans le “mais”.
Dans ce fameux “Oui, mais…” qui en réalité, masque une négation. Qui traduit, cette hermétique certitude de détenir l’unique vérité possible face à la décadente sinistrose qui ronge la pyramide sociétale depuis sa base, mais commence aujourd’hui à grignoter l’édifice brinquebalant, en s’immisçant au dessus de la ligne de flottaison des classes moyennes.
Ce méprisant “Oui, mais…” qui trahit l’incapacité de l’oligarchie technocratique à remettre en question son système de pensée incohérent, inefficient, contre-productif, où trop d’échelons et d’organismes superflus (d’intouchables États dans l’État) raisonnent, décident, jugent, sans aucun contrepouvoir, quant au devenir (c’estàdire à la rentabilité) d’un service public…
Ainsi, comme toujours, chacun tentera de persuader l’autre qu’il a raison. Même si, comme depuis près de quarante ans, les résultats escomptés ne sont pas au rendez-vous. Et ce, sans que cela ne pose le moindre problème de conscience à quiconque !
Il serait bon que les professionnels de l’enfumage comprennent que si le citoyen-électeur-consommateur déployait comme eux, davantage d’énergie à tenter de masquer ses manquements qu’à effectuer sa tâche et remplir convenablement son rôle, ils ne seraient déjà plus là depuis longtemps !
Alors, il leur faudrait aussi cinq jours par semaine, enfiler des habits rêches et partir à l’aube, s’éreinter, sept, huit voire neuf heures semblant parfois interminables, sur un chantier ou sous les néons fluorés d’une usine. Se résigner, fatigué d’une nuit trop courte, à avaler trop rapidement un café trop chaud, pour aller vite trouver sa place dans le trafic, parmi tous ces gars “qui fument des clopes et qui roulent au diesel”.
Ont-ils conscience que la chance qu’ils possèdent risque d’être la dernière ?
Heureusement, les temps changent…