Éditorial

Le sens du pouvoir

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En réalisant ce dossier portant sur les prochaines élections municipales, nous nous sommes rapprochés de certains maires locaux ainsi que de plusieurs responsables de collectivités territoriales afin de recueillir leurs sentiments, leur perception de la situation, à l’aube de cette nouvelle échéance électorale qui les attend.
Sans surprise et conformément à la défection ambiante, nombreux ont été les différents interlocuteurs à nous faire part de leur désintérêt sinon de leur dégoût pour la chose publique en général, et la politique en particulier.
Cela, toujours pour les mêmes raisons : défiance de l’opinion publique, refus de l’engagement, exigence consumériste d’immédiateté, rapport de force permanent, contraintes budgétaires et réglementaires grandissantes, relations toxiques, sentiment d’être méprisé par un pouvoir central devenu aussi technocratique que complexe et trop souvent incompétent ou inefficace…
Malgré cela, il en reste certains qui ont opté pour le choix de s’engager et… de s’exposer.
Un acte de courage politique et d’idéal personnel qu’il convient de saluer.
Notamment dans les villages de moins de 1 000 habitants où la menace du coup de crayon plane sur chaque candidat…
Aussi, peu importe d’où ils sont et à quelle obédience politique ils appartiennent, je souhaite via ces quelques lignes confier mon admiration à ceux qui ont décidé de tenter l’aventure pour la première fois.
Pour tout dire, j’envie cette faculté qu’il leur faudra posséder (sans doute n’ont-ils pas vraiment le choix…) à tolérer l’intolérable. A faire fi d’attitudes foncièrement anormales qui, si j’étais à leur place, me révolteraient profondément et me feraient rapidement perdre patience, jeter l’éponge ou renverser la table…
Cela, qu’il s’agisse de la mauvaise foi, de l’hypocrisie, du comportement négatif de quelques grincheux qui ne sont jamais contents et prétendent toujours tout savoir mieux que les autres (alors qu’ils n’ont pas connaissance des réelles données de la situation, et ne font jamais rien), ou encore des différents services, publics comme privés, qui ne fonctionnent pas concrètement, alors qu’ils le devraient (car il sont payés pour cela, souvent qui plus est par le contribuable).
Bref, il leur faudra souvent faire plus avec moins, fonctionner sans fonctionnaire, inventer, imaginer, envisager, mutualiser…
Que d’atermoiements, que de temps perdu, que d’énergie déployée à solutionner des problèmes qui ne devraient pas exister !
Qu’il est loin le temps où l’instituteur, le prêtre et le maire du village parvenaient tous les trois à faire convenablement office d’assistants sociaux, de conseillers conjugaux ou de psychanalystes. C’était une époque où l’ingratitude de la fonction d’élu s’avérait bien moindre, où chacun remplissait son rôle, sans discuter, avec en perspective la seule satisfaction du devoir accompli. Le sens du pouvoir était tout autre.
Cela dit, bon courage quand même…