Éditorial

Black thursday

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Voilà que les prévisionnistes sociaux annoncent un véritable ouragan pour ce jeudi 5 décembre.
Un “Black thursday”, cyclone contestataire inédit, auquel plusieurs organisations syndicales et étudiantes appellent à s’agglomérer par le biais d’une grève générale et nationale qui s’annonce pour le moins retentissante.
L’objectif est simple : montrer son opposition au projet de réforme des retraites et plus généralement au “détricotage des acquis sociaux et des services publics” opéré par le gouvernement d’Emmanuel Macron. Ses prédécesseurs avaient pourtant déjà bien ouvert la voie…
D’importantes perturbations sont donc à prévoir dans les transports, écoles, services publics, à l’instar de bon nombre de salariés du privé, comme le commerce, l’industrie ou la grande distribution.
Mais sur le fond, le problème des retraites reste un problème, pour l’heure, insoluble : car il ne s’agit finalement que de retarder l’échéance de l’agonie programmée d’un système devenu depuis longtemps, plus qu’obsolète…
Dernier exemple, le plus récent rapport du Conseil d’Orientation des retraites vient d’estimer que le régime de retraite sera en déficit de 7,9 milliards à 17,2 milliards d’euros en 2025 !
Par ailleurs, si la population mondiale va continuer de croître ces prochaines décennies, elle va surtout vieillir à toute allure, sous l’effet de l’allongement de l’espérance de vie et de la baisse du taux de fécondité.
D’ici à 2050, la part des plus de 65 ans devrait passer de 9,3 % à 15,9 % de la population !
L’Union européenne, elle, devrait stagner autour de 500 millions d’habitants, mais sa population en âge de travailler (les 15-64 ans sont 223 millions aujourd’hui ), fondra de 49 millions d’individus d’ici à 2050, notamment en Allemagne (11 millions), selon la Fondation Robert-Schuman.
Or, aucun dirigeant politique n’a réellement pris la mesure de ces données, du moins aucun n’a eu le courage d’oser mettre en place les réformes indispensables que ces mutations impliquent. Car il faut les financer…
Pourtant, des études et des projections catastrophistes s’alarment régulièrement du “suicide démographique” de l’Europe et de la bombe à venir pour les finances publiques.
Les progressistes du nouveau monde devraient donc considérer sans peine que le retraité de 2020 n’a rien à envier à celui de l’après-guerre, où l’espérance de vie en France frôlait à peine 60 ans. Elle est aujourd’hui de 79,5 ans pour les hommes (dont 63,4 ans en bonne santé), et de 85,4 ans pour les femmes (64,5 ans).
Que l’on prenne le problème dans tous le sens, le fait est indéniable : près de vingt ans de vie supplémentaires nous sont offerts. (Merci qui ?)
Face à cela, une seule question s’impose : combien d’années sommes-nous prêts à “rétribuer” ? Une, deux, cinq, dix ?
Entre ce que l’on voudrait devenir et ce que l’on est, il y a probablement un juste compromis à trouver, de nouvelles conceptions à intégrer, des remises en cause à opérer sur notre raisonnement, une réadaptation à accomplir à notre environnement.
Des métamorphoses indispensables à la survie de chaque être vivant. La prise en compte du “principe de réalité”, en somme.
Parvenir à résoudre son équation existentielle, en quelque sorte. Vaste défi en perspective…