Édito

Le (bon) sens des priorités

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On connaissait l’aversion de quelques grincheux pour le chant du coq, les meuglements des vaches ou les cloches des églises…
Mais voilà que l’un d’entre eux vient de décrocher la palme des acariâtres, en parvenant à faire supprimer de son entourage… la sirène des pompiers !
En effet, un riverain du centre-ville de Limoges, s’est plaint du passage régulier des véhicules de pompiers dans sa rue, et du bruit de leurs sirènes.
Et bien figurez-vous qu’après un courrier au service départemental d’incendie et de secours (SDIS), le revêche énergumène a obtenu gain de cause : les pompiers de la région ont reçu la consigne de changer d’itinéraire.
Ça y est, je vous devine déjà sourire en croyant que vous êtes en train de rêver, soudainement projeté dans un monde (utopique) parallèle, que c’est une blague ou un tardif poisson de mai de ma part… Que nenni !
Pour faire dévier les secours, l’irascible a mentionné dans sa missive qu’il est tout bonnement “insupportable” que les pompiers empruntent régulièrement sa rue, “dont la largeur des voies ne permet pas aux automobiles de se décaler lorsqu’elles sont bloquées au feu rouge”.
“Par conséquent, la sirène se déclenche et dure tant que les voitures et cars n’ont pas passé le feu”, précise cet individu sur un célèbre réseau social.
Selon lui, “un autre itinéraire via deux rues adjacentes permettrait aux véhicules de secours de rattraper le même boulevard en évitant le feu tricolore”.
Il n’en fallait pas plus pour que le commandement, probablement très embarrassé par cette requête procédurière, ne transmette la consigne à ces hommes de privilégier ce nouvel itinéraire.
Ce que le syndicat Force Ouvrière des pompiers de la Haute-Vienne évidemment dénonce, mais sans réel pouvoir d’agir sur cet état de fait aussi ubuesque que désolant.
Sur les ondes de France Bleu le représentant du syndicat Nicolas Corneloup a avoué que ses collègues et lui trouvent cela pour le moins “un peu hallucinant”.
Notamment le fait que le commandement donne raison à une requête si grotesque.
“Donc maintenant, chacun peut écrire au SDIS en proposant qu’on ne passe plus par telle rue ou telle rue parce que nos sirènes font du bruit”, a ironisé le syndicaliste. Rappelant à cette occasion la vocation première des hommes du feu :
“Notre but, c’est de transporter nos victimes le plus rapidement possible aux urgences. On ne fait pas ça pour embêter les gens”.
Espérons que cela ne soit pas un jour prochain, le cas de notre plaignant.
Lequel risquerait alors d’apprendre à ses dépens, la notion du (bon) sens des priorités…