Pourquoi un troisième confinement sera(it) dramatique

Après l’embellie de l’été, le deuxième confinement mis en place de fin octobre à mi-décembre a mis un coup d’arrêt à la reprise de l’économie régionale. Du fait de restrictions moins strictes qu’au printemps et de la réouverture des commerces «non essentiels» fin novembre, le niveau de l’activité était inférieur de 11,4% en novembre et de 7,7% en décembre, par rapport à son niveau de l'année passée. Ce qui laisse augurer qu'un troisième confinement sera(it) littéralement dévastateur...

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La deuxième vague de l’épidémie et le reconfinement de la population du 31 octobre au 15 décembre ont mis fin au rebond de l’activité économique enregistré durant l’été.
Néanmoins les acteurs économiques, avec l’expérience du premier confinement, semblent s’être mieux adaptés. La généralisation du télétravail et la mise en place de protocoles sanitaires rodés combinées à l’ouverture des écoles ont permis de limiter la contraction de l’économie.
Ainsi, en Bourgogne-Franche-Comté, au mois de novembre la baisse d’activité se limiterait à « seulement » 11,4% par rapport au niveau d’avant-crise, contre -30% en avril.

Les effets visibles du ralentissement de l’activité économique.

La perte d’activité régionale serait proche de celle de la France métropolitaine (-12,3%).
La réouverture des commerces «non essentiels» fin novembre a permis à l’activité économique de repartir légèrement. Sa contraction se réduirait ainsi en décembre à 7,7%, un niveau toujours proche du niveau national (-8,2%).
Le secteur des services marchands explique pour deux tiers la perte d’activité de décembre dans la région.
Cette perte de 5,1% est néanmoins plus limitée qu’en novembre où la baisse d’activité était comparable à celle du mois de mai. Du fait de la prolongation de la fermeture des restaurants et des salles de spectacle notamment, les secteurs de l’hébergement-restauration et des autres activités services sont les plus impactés.
Après un décrochage en novembre, tous les autres secteurs retrouvent en décembre un niveau d’activité relativement proche de celui de décembre 2019.
Enfin l’agriculture, épargnée par ce deuxième confinement, maintient son activité.

Le volume d’heures rémunérées en octobre dans l’hébergement-restauration est nettement inférieur à l’année précédente

Le niveau d’activité peut également être estimé à partir du volume de travail rémunéré, qui correspond à la durée pour laquelle un salarié est rémunéré sur un mois.
En octobre, en Bourgogne-Franche-Comté comme en France, ce volume est inférieur de 5% à celui d’octobre 2019. Les heures rémunérées reculent peu en Haute-Saône et en Côte-d’Or (-3% et -4%), mais le Territoire de Belfort accuse une plus forte baisse (-6%). Dans l’hébergement-restauration, très touché par la crise, le volume d’heures payées est largement inférieur à l’année précédente, mais la situation est meilleure dans la région qu’en moyenne nationale (-16% contre -25%).
Dans ce secteur, la baisse est plus contenue en Haute-Saône et dans l’Yonne (-10% et -13%), mais très marquée en Côte-d’Or et dans le Jura (-20% et -19%) !

Net rebond de l’emploi privé

Au troisième trimestre, l’emploi salarié en Bourgogne-Franche-Comté rebondit de 1,5%, soit 14 100 créations d’emploi, après le fort recul au premier semestre.
Il reste toutefois fin septembre au-dessous de son niveau d’avant-crise, 15 500 emplois de moins par rapport à fin 2019. Ce rebond concerne à la fois l’emploi privé et public. Il est cependant, plus marqué dans le secteur privé avec +1,7%, soit près de 12 000 créations nettes d’emplois, contre +1% dans le public.
Au niveau national, l’emploi suit la même tendance à la hausse. Si l’emploi privé augmente à un rythme similaire, l’emploi public progresse plus rapidement en France (+1,5%) que dans la région.

L’emploi privé rebondit.

 

Mais le chômage augmente toujours…

Mais le chômage repart à la hausse…

Sur le trimestre, en Bourgogne-Franche-Comté, le taux de chômage au sens du BIT s’établit à 7,8%, soit 0,7 point au-dessus de son niveau d’avant la crise sanitaire, au quatrième trimestre 2019.
Après deux trimestres de baisse du chômage en trompe-l’œil, le troisième trimestre 2020 marque un retour à la normale concernant les comportements de recherche et enregistre, de ce fait, un fort rebond du chômage.
Sa hausse par rapport à fin 2019 ou sur un an (+0,4 point) témoigne bien d’une nette dégradation du marché du travail.
Après cinq années de baisse, le chômage augmente donc. Il retrouve sa valeur de début 2018, tant au niveau régional que national…

Le Jura et la Côte-d’or moins touchés

Avec 10,4%, le Territoire de Belfort est le seul département de la région où le taux de chômage est plus élevé qu’au niveau national : 9,0%.
Le taux de chômage reste à l’inverse particulièrement bas dans le Jura et en Côte-d’Or où il s’élève respectivement à 6,5% et 6,9%. Un moindre mal.
Les autres départements se situent autour de la moyenne régionale allant de 7,5% dans la Nièvre à 8,6% dans le Doubs.

Le spectre d’une troisième vague dévastatrice

En compilant l’ensemble de ces indicateurs et de ces données économiques, il est aisé de percevoir qu’une troisième vague serait littéralement dévastatrice tant sur le plan sanitaire, que sur le plan économique mais surtout psychologique !
Aussi, les quelques mois nous restant à patienter pour retrouver « la vie d’avant » seront bien longs. Il faudra garder le bon cap et s’apprêter à traverser encore quelques turbulentes eaux troubles, faisant contre mauvaise fortune bon cœur, en prenant conscience que c’est dans la tempête et non sur une mer d’huile, que l’on reconnait un bon marin.
Cela dit, théoriquement, au vu des projections et des statistiques, le bout du tunnel devrait être franchi en fin d’été voire en début d’automne. En même temps que les 55 à 60 % d’immunité collective de la population devraient être atteints.
Alors, les masques tomberont.

Pour en savoir plus :
«La fin d’année 2020 reste sous le signe de la crise sanitaire», Insee Note de conjoncture, décembre 2020.
«Au 3e trimestre 2020, un rebond de l’emploi salarié qui ne suffit pas à effacer les effets du premier confinement», Insee Flash Bourgogne-Franche-Comté n°114, janvier 2021.
«Au 3e trimestre 2020, le taux de chômage rebondit fortement», Insee Flash Bourgogne-Franche-Comté n°115, janvier 2021.