Diana et Ida, deux femmes, deux familles, deux destins dans la guerre

Le 6 juillet 2018, deux familles, l'une anglaise, la famille Rowden, l'autre française et jurassienne, la famille Janier-Dubry-Poly-Juif, ont participé ensemble au camp de Struthof en Alsace, à une cérémonie émouvante, en la mémoire de Diana Rowden.

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Claude Janier-Dubry, fille de Raoul et Aimée, est intervenue lors de la cérémonie en mémoire de Diana Rowden.

 

 

Depuis 1921, Louis Janier-Dubry exploite une scierie à l’entrée de Clairvaux sur la route de Lons-le-Saunier. Louis et son épouse Anaïs ont 4 enfants, Ida, Edith, Raoul et Armand. Vingt ans plus tard, la scierie fonctionne toujours, le bâtiment principal abrite les foyers des 4 ménages, Janier-Dubry, Poly (Ida) et Juif (Edith). Depuis l’entrée en guerre, la famille est acquise à la Résistance. “Mon père Raoul avait une radio qu’il écoutait clandestinement”, se souvient sa fille Claude, enfant à l’époque. En juillet 1943, sur la demande d’un Clairvalien Paul Guyot, du groupe Gutt Grancher basé à Pont-de-Poitte, la famille Janier-Dubry-Poly-Juif accepte de “planquer” deux agents du S.O.E. (Special Operation Executive), services secrets anglais : l’opérateur radio John Cuthbert Young, appelé “Gabriel” et une jeune femme, officier secrétaire, Diana Hope Rowden, de son nom de Résistante “Paulette“.

Gabriel” est parachuté à Blye le 19 mai 1943 avec John Starr, “Jean-Pierre“, ce dernier étant un excellent opérateur mais qui pratique un français très approximatif. Dans un premier temps, les deux hommes sont cachés avec “Paulette” à Saint-Amour à la Maison Clerc, puis au château d’Andelot-les-Saint-Amour, avant d’être dirigés à Clairvaux à la scierie Janier-Dubry. Les trois agents secrets anglais assurent la liaison avec les autres groupes S.O.E., notamment avec le Canadien Joseph Cauchi “Jean” ou “Pedro” lequel est en lien avec le groupe Gutt Grancher de Pont-de-Poitte.

Retour dans le passé

En novembre 1943, un nommé Albert Maugenet “Benoit” frappe à la porte des Janier-Dubry, porteur d’un mot de passe, d’argent, de documents et surtout d’une lettre personnelle adressée à John Young, de la part de son épouse et dont le mari reconnaît l’écriture. “Le mot de passe, c’était la réponse à cette question : Faites-vous toujours des caisses cloûtées – Et la réponse était “Cela dépend du prix que vous y mettez“, précise Claude Janier-Dubry.

L’homme est alors accueilli chaleureusement et il dit avoir besoin de redescendre à Lons-le-Saunier pour récupérer des valises. Raoul et “Paulette” l’accompagnent en voiture. A Lons-le-Saunier, “Benoit” dit aller à l’hôtel, Raoul et “Paulette” font des courses et remontent à Clairvaux par le tacot. Une heure après leur retour, la scierie est cernée par les Allemands et la Gestapo, guidés par le fameux “Benoit”.  Tous les membres présents de la famille Janier-Dubry, Poly et Juif sont arrêtés, interrogés, la scierie est fouillée de fond en comble. Ils n’ont néanmoins pas trouvé ni le poste radio-émetteur, judicieusement caché dans la sciure, ni les diamants du poste lancés en catastrophe dans le lit du jeune Bernard Juif. Sont embarqués les deux Anglais, John et Diana, ainsi que Ida Poly (c’est elle qui a ouvert à “Benoit” et répondu à la question mot de passe). Raoul réussit à s’enfuir par Cogna ; “Jean” qui arrive de Clairvaux où il a fait des courses, est prévenu par la grand-mère Janier-Dubry alitée, et peut également s’échapper.

Une sombre histoire qui s’est soldée par la déportation et l’exécution de “Gabriel” à Matthausen le 6 septembre 1944, par la déportation, la torture puis l’assassinat de “Paulette” le 6 juillet 1944 au camp pour hommes de  Natzweiler-Struthof. Ida Poly a été quant à elle déportée au camp de travail pour femmes de Ravensbrück puis au camp de Bergen-Belsen. Libérée par l’armée britannique, elle a été rapatriée en France en mai 1945. “Ma tante Ida a connu l’horreur, meurtrie et touchée dans sa chair, elle n’a plus jamais reparlé de cette période. Je me souviens seulement d’une petite allusion“, se remémore Claude Janier-Dubry.

La cérémonie au camp de Struthof le 6 juillet 2018

Diana et Ida, deux femmes, deux familles, deux destins dans la guerre, mais le même idéal, le même courage, la même force“. Pascal Juif s’est exprimé au nom de la famille clairvalienne, lors de la cérémonie qui s’est déroulée en l’honneur de Diana Rowden. au camp de Struthof en Alsace. Les deux familles y sont rassemblées pour partager un instant solennel chargé d’émotion, faisant écho à ce drame du 18 novembre 1943. Gabrielle McDonald-Rothwell, auteure d’une biographie de Diana, a parlé de cette courte vie qui dit-elle, l’a profondément marquée. “La photo de Diana, ce léger sourire sur son visage. Ses yeux racontaient une histoire, comme si elle savait ce qui l’attendait. Il y a une profondeur de connaissance et de vie, comme si elle avait vécu 1000 existences“. Claude Janier-Dubry a remis officiellement au CERD (Centre européen du Résistant déporté) les porte-cigarettes ayant appartenu à Diana. “Nous voudrions dire notre admiration pour tous les membres héroïques de la Résistance, et particulièrement pour la famille Janier-Dubry, qui a abrité Diana dans les semaines précédant sa capture, au péril de leur vie“, s’est exprimé Julie Lambert, petite cousine de Diana Rowden. Pascal Juif a conclu “Nul d’entre nous ne sait ce qu’il aurait fait durant cette période noire de l’histoire commune de nos deux pays. Mais une chose est certaine : nous savons ce que cette génération a fait, ce que les agents du S.O.E. et les Résistants ont fait. Ils ont fait le boulot quoi qu’il leur en coûte. …Pour les générations futures, il faut assurer le devoir de mémoire, et en ces temps de nouveaux troubles, veiller sans relâche”.

Diana Rowden, agent du S.O.E. de son de Résistante “Paulette”, déportée, torturée et assassinée au camp de Struthof le 6 juillet 1944.
John Young, agent du S.O.E., de son nom de Résistant “Gabriel”, déporté au camp de Matthausen et assassiné le 6 septembre 1944.
En ce jour du 18 novembre 1943, la scierie Janier-Dubry a Clairvaux-les-Lacs a été le théâtre d’une tragédie.
Le camp de concentration de Natzweiler-Struthof était un camp pour hommes. Quatre femmes résistantes, dont Diana Rowden, y ont néanmoins trouvé la mort.