Des vœux républicains, teintés de jaune

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De nombreuses personnalités du Jura ont participé aux voeux du préfet.

Richard Vignon, préfet du Jura a adressé ses vœux à de nombreuses personnalités (élus locaux et nationaux, forces de l’ordre, église, entreprises) le 7 janvier. Tour d’horizon des sujets débattus en haut-lieu, largement marqués par le mouvement des gilets jaunes.

Richard Vignon est longuement revenu sur « un quotidien qui a été particulièrement mis à l’épreuve » ces dernières semaines.

« Malgré les actions multiformes et la forte mobilisation, le dialogue engagé et maintenu en permanence avec leurs représentants nous a permis jusqu’ici de gérer au mieux, surtout sans incident majeur cette période difficile et délicate ». Le préfet a cependant posé à nouveau des jalons : « Nous avons tout entendu ces dernières semaines : des idées justes, sensées et tout à fait légitimes, des idées portées par des hommes et des femmes, certes en colère, mais respectueux de la République. Mais malheureusement nous avons aussi entendu du grand n’importe quoi et même parfois des propos à caractère injurieux et haineux. La colère peut se comprendre et peut être entendue, la haine : non ».

“De nombreuses avancées pour 2019 ” pour François Jouvanceau, président de la Capeb 39.

Tolérance et respect

Au lendemain d’un « Acte VIII » marqué par de nouvelles violences (les portes d’un ministère défoncées à Paris entre autres), le préfet mais aussi une majorité d’élus ont appelé au respect et à la tolérance. Marie-Christine Chauvin, sénatrice du Jura (LR) a aussi appelé à « retrouver la sérénité, la paix, la tolérance, et la confiance » pour permettre à l’économie et au commerce de vivre : « Ce sont E-bay, Cdiscount, Amazon qui se frottent les mains » a-t-elle résumé.

Pour Monseigneur Jordy, évêque du Jura, il faut « veiller à la qualité des relations humaines, et réussir à se parler les uns les autres » en dépit des réseaux sociaux et moyens de communication numériques qui déshumanisent notre société. En cela, les gilets jaunes ont illustré ce besoin de rencontre et de convivialité, les ronds-points devenant » les bistrots du 21e siècle » selon l’homme d’église.

Le commerce doit pouvoir repartir souhaite Marie-Christine Chauvin, sénatrice du Jura.

Grand débat national : « formuler ses attentes »

Richard Vignon a rappelé que le grand débat voulu par Emmanuel Macron serait « une opportunité pour chaque français de formuler ses attentes ».

« Au cours de ce mouvement, certains de nos compatriotes ont exposé leurs souffrances du quotidien : pression fiscale, pouvoir d’achat, territoires en souffrance, demande de plus de justice sociale, besoin d’espace d’expression démocratique. Nous avons le devoir de les entendre. Mais pour qu’il soit utile, il convient qu’il se déroule dans un climat apaisé, propice aux échanges et à la réflexion, où doit régner la tolérance et le respect mutuel ».

Danielle Brulebois, député du Jura (LREM) a expliqué que la priorisation des requêtes se ferait sur « ce qui fait le plus d’unanimité ».

Le R.I.C fait débat

Pour le préfet du Jura, « Le recours au référendum peut-être certes élargi, les citoyens peuvent être mieux associés aux décisions, mais attention de ne pas affaiblir la place des représentants de la nation. Attention de ne pas délégitimer la démocratie représentative de notre république ».

Quelques maires se sont d’ailleurs déclarés hostiles au référendum d’initiative citoyenne (R.I.C.) estimant que cela serait la porte ouverte à n’importe quoi : « Pourquoi pas un référendum pour porter le SMIC à 2000 € ? » a interpellé l’un d’eux, voire « le rétablissement de la peine de mort après une période d’attentats » ?

A sujet, Danielle Brulebois observe qu’il serait bénéfique de « redonner la parole au peuple et de l’écouter », la Suisse (et ses nombreuses votations) toute proche pouvant servir d’inspiration.

Economie : « 8,16% de croissance »

Selon Richard Vignon, « il faut avoir conscience de l’incidence économique (des gilets jaunes NDLR) sur nos entreprises et surtout sur nos commerçants dont le chiffre d’affaire a été singulièrement pénalisé au moment des fêtes de Noël. Nous avons mis en place une cellule d’urgence pour faciliter, autant que de besoin, leurs échéances fiscales, sociales ou encore l’octroi de chômage partiel, avec le concours de la DIRECCTE et de la DDFIP ».

Pour le représentant de l’Etat, « sur le plan économique, le Jura continue sa progression, le chiffre d’affaire de 2018 est de plus de 10,5 milliards d’euros, soit 8,16% de croissance, et le taux de chômage à 6,5% est le plus faible de la région Bourgogne Franche-Comté». Pour le secteur du bâtiment, plusieurs avancées préfigurent une bonne année a confié François Jouvanceau, président de la CAPEB 39 : baisse de charges de 6% (en remplacement du fameux CICE-crédit d’impôt compétitivité emploi-), taxation du gazole non routier suspendue, CITE (crédit d’impôt transition énergétique) maintenu en 2019 (avec réintégration des fenêtres au dispositif), etc.

Fusion des strates locales : avec modération ?

Le préfet du Jura a appelé les élus locaux  à « ne pas trop disperser nos forces. A ce propos, je constate avec plaisir que bon nombre de maires de petites communes l’ont compris et ont profité des avantages qu’offrent les fusions de communes, chère à Jacques Pélissard. En 2018 nous sommes passés sous la barre des 500 communes, nous en avons aujourd’hui 494. Ce qui est vrai pour les communes l’est encore plus pour les intercommunalités ». Un souhait à pondérer selon Gérôme Fassenet, président de la communauté de communes Jura Nord regroupant 33 communes : « Si on veut garder une taille humaine, je ne souhaite pas qu’on aille au-delà ». Citant en exemple « de ce qu’il ne faut pas faire » la fusion expéditive des communes de Dampierre et Petit Mercey (en toute fin d’année 2018), il a prôné une « adaptation des réformes nationales à la ruralité » pour maintenir la proximité avec les habitants. Difficile en effet de ne pas se sentir encore plus abandonné, quand les centres de décision s’éloignent…

Sécurité : toujours une priorité

Ce n’est pas une surprise : la sécurité publique demeure la mère des priorités pour la préfecture comme pour l’Etat. Richard Vignon a félicité tous les services de sécurité : « Avec beaucoup d’intelligence et de pédagogie, ils ont réussi à concilier la liberté de manifester avec les exigences de sécurité ».

Une sécurité qui pèse aussi sur les maires « pour assurer la pérennité de la culture et des festivités ». Pour d’autres raisons, de nombreux maires ne savent d’ailleurs toujours pas s’ils se représenteront aux municipales de 2020. A l’image de Serge Lacroix, maire de Moirans en Montagne qui dit « attendre les fusions de la communauté de communes » pour se prononcer, en espérant que la part d’élus expérimentés reste suffisante pour travailler correctement ensemble…

Stephane Hovaere