Lons : des SDF à mieux aider

Jacques Pélissard, maire de Lons-le-Saunier, a décidé d’agir pour limiter la mendicité au cœur même de la ville. Car la générosité des lédoniens creuse, selon les services sociaux, la tombe des marginaux…

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La police intervient parfois devant le théâtre pour dialoguer et calmer certaines ardeurs.

Ils font partie du paysage ou presque : un groupe de 10, 12 voire 20 SDF ne passe pourtant pas inaperçu aux abords du théâtre. Naviguant entre le café du Strasbourg, les allées des tilleuls, la rue des arcades (et parfois le parc des bains), ils ne sont en général « pas méchants », de l’aveu même du premier édile de Lons. Mais leur présence permanente, à année faite, dérange les professionnels du quartier et les riverains, alcool et addictions aidant. Une réunion réunissant l’ensemble des services concernés (CCAS, forces de l’ordre, CSAPA, etc.) a eu lieu le 2 octobre, afin d’ébaucher des solutions à un problème aussi récurrent que délicat à traiter. La ville espère mettre un peu d’ordre dans ce périmètre qui englobe aussi l’office du tourisme et ses visiteurs, le magasin Spar (point de ravitaillement en alcool entre autres), le CNFPT (centre national de la fonction publique territoriale), etc. « Des jeunes en formation au CNFPT ont été révulsés par ce qu’ils rencontrent, et des touristes ont émis des remarques à l’office du tourisme donnant une mauvaise image de la ville » relate Jacques Pélissard, qui a constaté par ailleurs «certaines manches agressives (accompagnées de menaces ou d’injures) de personnes alcoolisées, des chiens non tenus en laisse, etc. ». Face à cette situation qui semble empirer depuis cet été, un panel d’actions ont été lancées.

« N’encouragez pas les addictions »

Dans une brochure largement distribuée en boite à lettres, Jacques Pélissard se fend d’un édito clair : « Ne donnez pas d’argent…/…orientez ces personnes vers les associations et les services compétents. En faisant cela, vous leur rendrez bien plus service qu’en leur glissant une pièce, qui elle servira à conforter leur exclusion sociale, en leur permettant d’acheter de l’alcool ou de la drogue. N’encouragez pas la marginalité ». Eric Mourez, directeur du pôle social et du CCAS (Centre communal d’action sociale) enfonce le clou : « Donner de l’argent constitue un geste morbide », avant de confier, par exemple, avoir rencontré « une jeune femme avec un chien récoltant 50 €/jour ». Avec en complément des aides sociales éventuelles, pourquoi en effet sortir de la rue ?

Vers des sanctions efficaces ?

Du côté de la police nationale, on confie une certaine impuissance. « Impossible de mettre une contravention (35 €) pour consommation d’alcool sur la voie publique ou ivresse, puisque ces personnes sont insolvables ». Tout au plus peut-on les conduire en cellule de dégrisement dans les cas extrêmes explique une fonctionnaire de police. Jacques Pélissard envisage donc de frapper là où cela fait mal : « confisquer ou vider le contenu des boissons alcoolisées en vertu d’un arrêté municipal ». Par ailleurs, la domiciliation au CCAS (qui permet de demander les minimas sociaux, et qui est utilisée par 200 personnes au total) pourrait être liée au respect de l’espace public espère Jacques Pélissard, qui demande également au Conseil départemental (financeur du RSA entre autres) de lier celles-ci au respect des règles de vie publique.

« A Lons, on peut manger à sa faim »

Au-delà du volet répressif, tout un panel de réponses sociales existent depuis longtemps à Lons rappelle Jacques Pélissard : logement (accueil de jour et de nuit), repas, santé, travail, etc. (lire nos prochaines éditions). « A Lons, on peut manger à sa faim » renchérit Eric Mourez, dont l’objectif principal consiste « à sortir ces personnes de la rue », une rue synonyme de polytoxicomanies…et bien souvent de voie sans issue à terme mortifère.