Des champagnolais sur le toit du monde

Un trio de passionnés s’est approché de l’Everest. Un trek de 140 km pour atteindre 5380 mètres d’altitude et vivre une expérience unique au monde. Retour sur cette aventure humaine et sportive.

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Le trio au pied de sa majesté Everest (camp de base, à 5380m).

L’Everest, le toit du monde, la Mecque de tous les passionnés de montagne. Parmi eux, Cyril Boivin, agent général d’assurance à Champagnole, Julien Vuillemin, gérant dans un centre équestre à Crotenay, et Damien Cooper fonctionnaire à Mulhouse.
Les 3 mousquetaires ont entrepris fin 2018 un pari un peu fou : gravir durant 140 km les pentes du plus haut sommet du monde au Népal jusqu’au camp de base, soit  5380 mètres d’altitude. Cyril Boivin précise : « Nous n’avons pas tenté l’ascension (jusqu’à 8 848 m N.D.L.R), car seuls 60% des alpinistes le réussissent avec une lourde et coûteuse infrastructure (expédition de 3 mois, oxygène, permis délivré par les autorités coûtant près de 30.000 €, etc.). Les 40% restants y restent ou courent de graves dangers (amputations, etc.) ».
La (très) haute montagne dévore chaque année son tribu de chair, et s’y frotter demeure un exploit. S’en approcher aussi, comme l’ont ressenti les 3 compères : « Au dessus de 4.600 mètres, il y a 60% d’oxygène en moins. Au lieu d’être à 40 pulsations/minutes, j’étais à 105 pulsations/ minute au repos » retrace avec intensité Cyril Boivin. Les mouvements fatiguent, chaque effort est multiplié par trois : ainsi les 400 mètres de dénivelé journalier (avec des sacs de 15 à 17 kg, sans l’aide de sherpas) comptaient pour 1.200 mètres environ.

Des gens aux lèvres toutes bleues

Le froid a aussi été un ennemi insidieux, puisque la nuit les hommes ont dormi dans des « lodges » (certes pourvus de la 4G et du Wimax, développement touristique aidant !), mais dépourvus de chauffage. « La température était comprise entre 0 et -8° C, alors que la journée elle pouvait monter jusqu’à + 20° C » explique le champagnolais, d’où des longues nuits difficiles à gérer (le trek journalier se terminant vers 14h, les soirées étaient longues…). Malgré tout, ils s’accrochent aux sentiers parfois escarpés et le 8ème jour ils atteignent le camp de base à 5380m après 9h de marche et 24 km non-stop: « Tant d’émotions. Des pleurs pour le trio, une fatigue extrême, un corps chahuté par l’altitude. Une expérience unique à vivre ». Les amoureux de la montagne ne s’attardent toutefois pas, pour éviter le redouté Mal Aigu des Montagnes (MAM), un mal parfois très grave, dont le seul remède consiste à redescendre… Damien Cooper a cependant eu des difficultés à respirer la nuit (spasmes) et Cyril Boivin des maux de tête, tandis que Julien Vuillemin a connu l’ivresse des sommets (au sens propre), titubant tel un homme hébété. « Nous avons croisé au camp de base des gens très mal, comme cette mannequin aux lèvres toutes bleues, tandis qu’un hélico redescendait dans la vallée le corps d’un alpiniste décédé ». Le problème explique Cyril Boivin, c’est que « Le camp de base de l’Everest est vendu sur catalogue, et certains s’y attaquent sans avoir pratiqué la randonnée ou le trek avant », cela même si la majorité reste des passionnés de montagne, comme eux.

Un saut à plus de 5000 m pour oublier le mal des montagnes et l’extrême fatigue.

Une pollution abominable

Pour ceux qui aimeraient tenter l’aventure, le champagnolais explique qu’elle est à la portée de tous, avec un minimum d’entrainement (plusieurs mois) pour « avoir la caisse » : « Il ne s’agit pas d’alpinisme, les sentiers sont en général bien praticables et nous avons dépensé environ 2000 €/personne pour les 3 semaines d’expédition ». Après cette « première » pour eux de la haute-altitude, les 3 compères ont fait un peu de tourisme au Népal, avec une surprise de taille à la clé : « Nous avons découvert deux Népal très différents. L’un des montagnes, et l’autre de la ville. Côté montagne, ce pays est absolument fabuleux. Je le recommande aux amoureux de grands espaces et de marche. Côté ville, c’est plus mitigé, ce pays baigne dans une misère incommensurable. La pollution rend l’air irrespirable. Mêlé à la chaleur, c’est tout simplement étouffant (des feux brûlent un peu partout). L’eau n’est pas potable et les rivières (où ne subsistent plus un seul poisson) s’avèrent très polluées ».

Prochain défi en Patagonie

Une brume constante de fumée et de pollution empêche de voir toute montagne en plaine, alors qu’on se sent tout petit, plus haut, au pied de somptueux paysages composés de sommets de plus de 7000 mètres ». Malgré tout, les jurassiens ont été touchés par l’accueil de la population : une famille qui leur a offert l’hospitalité les a traités comme des proches, à tel point que les trekkeurs souhaitent désormais les aider. « Leur jeune fille de 14 ans n’a aucune chance de réaliser son rêve et devenir médecin : les études coûtent là bas une fortune. Nous aimerions qu’elle puisse –avec l’aide de clubs de charité- venir en France pour avoir cette chance. De plus, en général les gens côtoyés ont tous été d’une richesse humaine incroyable ». Prochain défi pour le trio au grand cœur : traverser une partie du Chili et de la Patagonie en 2020 en autonomie complète, et fouler un des plus grands glaciers au monde, le Perito Moreno (Argentine). De quoi vivre encore d’autres moments forts et inoubliables.