SMUR 2 : des centaines de jurassiens condamnés à mort ?

Suite au plan de réorganisation présenté par l’ARS (Agence Régionale de Santé), les urgentistes tirent de nouveau le signal d’alarme et appellent à une grande manifestation le 5 avril.

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"Population en danger" : seule une nouvelle manifestation, plus massive, pourrait sauver le SMUR 2.

D’un côté 40 vies par an sauvées par le SMUR 2 (et des centaines de blessés ou de malades), sur un immense secteur allant de Poligny à Saint-Amour et de Doucier à Louhans. Près de 230 communes sur les 494 que compte le Jura… De l’autre la suppression à court terme de ce service public, envisagée par l’ARS de Bourgogne Franche-Comté pour des raisons budgétaires. Celle-ci a détaillé à l’occasion du comité médical d’établissement (CME) du 15 mars un plan de réorganisation où va se jouer la vie du SMUR 2. Explications.

L’hélicoptère, remède universel ?

L’ARS assure que le « point d’appui central de cette organisation » tiendra dans un « recours systématique à la régulation par le centre 15 de Besançon, en particulier pour favoriser un engagement maximal des moyens héliportés ». But espéré de la manœuvre : éviter au SMUR 2 de Lons d’assurer le transport de patients vers les centres hospitaliers de la région (Besançon, mais aussi Dijon ou Bourg), lorsque leur état le nécessite : des « transports secondaires » où l’hélicoptère prendrait systématiquement le relais du SMUR 2. Problème : selon Eric Loupiac, délégué de l’AMUF 39 (association des médecins urgentistes) : « L’hiver, nous avons vu que cette solution n’est pas envisageable. L’hélicoptère capable de se poser par temps de brouillard ou de mauvaise condition de visibilité n’existe pas encore. Des jumelles de vision nocturne permettent seulement d’améliorer la vision de nuit par bonne visibilité. En outre elles ne règlent pas le problème du vent ». Ni des capacités de l’hélicoptère, qui peut lui aussi être mobilisé sur d’autres interventions…

L’ambulance parfois aussi rapide que l’hélicoptère

Selon l’intersyndicale AMUF-CGT-FO, le plan de réorganisation héliporté reviendrait aussi à déshabiller Pierre pour habiller Paul : « L’hélicoptère avait été mis en place de façon prioritaire pour le Haut Doubs qui ne pouvait être secouru par la route, notamment le plateau de Maiche. Nous ne pouvons cautionner la mise en place d’un système qui priverait le plateau de Maiche de son seul moyen de secours ». Dernier point évoqué : l’aspect budgétaire, puisqu’il faut faire des économies. Un hélicoptère coûte selon Yves Duffait, urgentiste Jura sud, environ 3 millions € par an (soit le coût d’au moins trois équipages SMUR). Et contrairement à une idée reçue, il n’est pas forcément plus véloce qu’une ambulance selon les secteurs : une heure environ pour faire l’aller-retour Besançon-Lons, alors que le SMUR parti de Lons peut arriver au CHU en une heure environ, soit le même temps…

Un appel à une manifestation massive

Mais le plus important réside dans ce qui n’est pas dit : dans son communiqué, l’ARS n’évoque à aucun moment le financement du 2e équipage de SMUR, qui fonctionne déjà « à crédit » depuis de  nombreux mois. Un silence assourdissant pour les urgentistes, qui signifie en clair un arrêt de mort à court terme. Et la mort certaine de centaines de jurassiens pendant les années à venir. Voire « des assassinats » en puissance comme le soulignent des survivants sauvés par ce SMUR 2. Seule solution pour se faire entendre selon l’intersyndicale : une manifestation devant le siège régional de l’ARS. L’AMUF-CGT- FO appelle donc « à un déplacement en masse de tous le 5 avril devant l’ARS de Dijon », en particulier des élus et de la population. En cas d’échec, les urgentistes en grève depuis plus de 3 mois ont prévenu : la mort dans l’âme, 14 médecins sur 17 seraient prêts à une démission collective qui –si elle arrive- risquerait de faire sombrer le SMUR, mais aussi les urgences …voire de mettre en sérieuse difficulté l’hôpital de Lons tout entier. Au-delà du destin du SMUR 2, c’est donc l’avenir de l’hôpital de Lons qui est en jeu.

A suivre : manifestation devant l’ARS de Dijon (2 Place des Savoirs) le vendredi 5 avril à 15 h.

Contact et infos (transport, “dress code”) : Facebook “Du blanc pour sauver des vies”.

Les urgentistes demandent seulement qu’on “les laisse travailler” (archive).

Plus de SMUR à Champagnole, et moins à Lons

L’ARS avance par ailleurs  « un rééquilibrage des secteurs d’intervention des SMUR de Lons-le- Saunier et Champagnole, où sera maintenue une équipe SMUR H24. A défaut, un trop grand nombre de communes du nord-est du département se situeraient à plus de 30 minutes d’un SMUR ». L’intersyndicale AMUF-CGT-FO « ne s’oppose pas à ce rééquilibrage à condition que la deuxième ligne du SMUR de Lons Le Saunier soit pérennisée avec son financement ». Elle ajoute que « seul le critère de proximité en terme de temps de route doit décider de la répartition des territoires d’intervention entre les 2 SMUR de Lons le Saunier et de Champagnole».